Sénégal 2e tour de la présidentielle: Wade sanctionné pour servir d'exemple


Macky Sall qui a politiquement grandi à l'ombre d'Abdoulaye Wade, a donné une véritable leçon à son mentor: il faut savoir quitter la scène politique, lorsqu'on a fini de jouer sa partition
Pour s'être obstiné à briguer un troisième mandat jugé anticonstitutionnel, Abdoulaye Wade s'est vu infliger par son peuple une mémorable défaite qui sonne comme un avertissement à tous ces dirigeants africains qui refusent l'alternance.

En appelant le dimanche 25 mars au soir son adversaire, pour le féliciter de sa victoire, alors que le dépouillement des bulletins continuait, le président sénégalais Abdoulaye Wade a indiscutablement posé un acte élégant qui sera gravé dans les annales de la démocratie sénégalaise. Mais en réalité, l'homme avait-il d'autre choix, que de s'engouffrer dans cette ultime voie qui lui permettait encore de sortir de la scène politique avec un tantinet d'honneur ?

En politicien averti, le désormais ancien président qui s'était jusqu'au dernier moment accroché au pouvoir comme moule au rocher, a surpris tout le monde par une reconnaissance précoce de sa défaite. Le vieux président qui s'était engagé dans un bras de fer avec toute son opposition, avait remporté une première victoire, lorsque la Cour constitutionnelle avait validé en janvier dernier son dossier de candidature au grand dam de ses adversaires. Mais en dehors de cette haute juridiction, l'ultime juge restait le peuple sénégalais, et c'est bien ce dernier qui a tranché en dernier ressort, c'est-à-dire au deuxième tour de la présidentielle du 25 mars.

Au premier tour déjà, l'avertissement était clair pour le président sortant qui n'a pu recueillir que 34,81% des suffrages. C'est un vote-sanction que les Sénégalais ont fait contre Wade, tiraillé entre une dévolution monarchique du pouvoir à son fils Karim, comme l'ont fait avant lui Gnassingbé Eyadéma au Togo et Omar Bongo Ondimba au Gabon, et une prorogation ad vitam aeternam de son pouvoir. En attendant les résultats définitifs, ce qui a tout l'air d'un camouflet pour Abdoulaye Wade, devait servir de leçon à d'autres dirigeants du continent, qui seraient tentés par l'aventure de la confiscation du pouvoir. L'autre message que le Sénégal a envoyé aux autres Etats africains, c'est la nécessité d'une alternance politique. En contraignant Wade à prendre une retraite bien méritée, malgré son souhait de se voir accorder trois années de plus pour achever les chantiers qu'il a entamés, le peuple sénégalais a voulu signifier au président sortant, que l'Etat est une continuité et que sa construction est une œuvre de longue haleine qui se poursuit au-delà de deux mandats traditionnels. Nombre de dirigeants africains continuent en effet de croire qu'après eux, la vie de leur pays s'arrêtera. C'est cette erreur de penser que l'art de gouverner un pays, est l'apanage d'une catégorie de citoyens, qui pousse ces dirigeants à refuser toute alternance politique. Malick Sall que Wade se plait à appeler son « apprenti », pour avoir longtemps fait ses armes à ses côtés, poursuivra les grands chantiers : routes, ponts, aéroport et autres, ouverts par son prédécesseur et mentor politique. Après douze années à la tête du Sénégal, celui que ses concitoyens surnomment « le pape du sopi » (changement en wolof), laisse de nombreux actifs dont notamment la remise à neuf de la voirie de Dakar, sans oublier d'importantes infrastructures, comme le nouvel aéroport international en construction qui font la fierté de l'ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française, (AOF).

Au chapitre des passifs, en dehors de l'inflation galopante, les Sénégalais pointent surtout du doigt le « Mémorial de la Renaissance africaine », ce gigantesque monument qui surplombe la corniche de Dakar, aura coûté quelque 4 milliards de Fcfa au contribuable. La beauté de l'oeuvre d'art qui en impose par son envergure, ne lui a cependant pas épargné les critiques les plus vives, en ces temps de disette financière. En effet, pour nombre de Sénégalais, ce « cadeau » de leur président à l'occasion du cinquantenaire des indépendances, est un véritable gouffre financier. Par contre, l'autre passif que Wade a su heureusement éviter de justesse à son peuple, c'est de n'avoir pas été le fossoyeur de la démocratie sénégalaise, jusque- là cité en exemple sur le continent.

Charles d'Almeida

Charles d’Almeida

|

  • SOURCE: L'inter
Previous ◁ | ▷ Next
Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte