Etudiants étrangers : après la circulaire, le combat continue !


31/05/2012
Baki Youssoufou, président de la Confédération étudiante (Millerand)
Un décret passé inaperçu a augmenté les conditions de ressources pour obtenir un titre de séjour en France. Les étudiants étrangers réclament son annulation.

Baki Youssoufou est président de la Confédération étudiante, l'une des associations qui s'est mobilisée pour le retrait de la circulaire Guéant, dont l'abrogation a été confirmée jeudi 31 mai par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Interview.

Vous avez milité pendant un an pour l'abrogation de la circulaire du 31 mai. C'est chose faite. Mais pour vous, le combat continue.

- Oui, nous demandons maintenant le retrait du décret du 6 septembre 2011, contre lequel nous nous sommes également battus toute l'année, et qui est passé beaucoup plus inaperçu que la circulaire Guéant [avec ce décret, qui a augmenté de 30% le niveau de ressources exigé des étudiants étrangers pour la délivrance d’une carte de séjour, ceux-ci doivent désormais justifier 615 euros de revenus par mois contre 430 auparavant, NDLR].

Quand nous avons été reçus mercredi 30 mai au ministère de l'Intérieur avec les autres associations étudiantes, on nous a annoncé l'ouverture de discussions plus larges sur l'accueil des étudiants étrangers en France, qui devraient commencer cet été. Nous avons fait savoir que notre priorité absolue était le retrait du décret. Nous pensons l'obtenir avant septembre, sinon, on sera dans la rue !

Vous estimez que ce décret est encore "plus grave" que la circulaire, qui concernait essentiellement des étudiants très diplômés, de niveau Master 2.

- Concernant la circulaire, c'est l'absurdité du geste qui faisait la popularité du combat. Mais le décret, lui, touche tous les étudiants. Et quand on sait que la majorité des étudiants étrangers vient du continent africain, on comprend facilement le problème posé par une augmentation du niveau de ressources. Nous demandons un retour aux 430 euros mensuels maximum exigés précédemment.

Quelles sont les conséquences de ce décret pour les étudiants concernés ?

- Comme leur titre de séjour n'est pas renouvelé, beaucoup d'étudiants ont peur de se faire arrêter et expulser s'ils sortent de chez eux. Résultat, ils ne vont plus à la fac et ratent leurs examens. Et après, logiquement, ils ne peuvent plus prouver à la préfecture qu'ils ont réussi leur année… J'ai reçu aujourd'hui un mail d'un doctorant indien qui avait trouvé un emploi en France, et qui, à cause de toutes ces tracasseries administratives, a préféré rentrer chez lui. Ce que nous avons vécu cette année est ahurissant !

Vous réclamez également un éclaircissement de la procédure de renouvellement du titre de séjour étudiant, que vous jugez arbitraire.

- Oui, il n'est pas normal qu'un étudiant doive recommencer chaque année toute la procédure de demande de son titre de séjour, en rapportant à chaque fois l'intégralité des documents. Nous réclamons que le titre devienne pluriannuel pour couvrir la durée des études.

Ou que la procédure soit allégée, et que l'étudiant n'ait à produire chaque année que la preuve de sa réussite aux examens. Nos interlocuteurs au ministère de l'Intérieur étaient d'accord avec nous : il n'y a pas d'égalité de traitement des étudiants étrangers partout en France. Un dossier peut être traité en deux mois dans une grande ville et en neuf mois dans une petite, ou l'inverse… Le préfet ne demande pas les mêmes pièces à Paris ou à Lyon, sans que l'on sache pourquoi.

On a vu certains services demander à chaque nouveau rendez-vous de nouveaux documents. Si la personne au premier guichet, derrière sa vitre, décide que vous n'avez pas tout ce qu'il faut, vous repartez chez vous avec un autre rendez-vous trois mois plus tard… Et quand vous vous appelez Mamadou Coulibaly et que vous venez du Mali, vous ne pouvez pas faire un scandale, sinon l'étape suivante, c'est la police !

En un an, vous avez été témoins d'une multitude d'exigences administratives absurdes...

- On a vu des étudiants à qui l'on demandait tout à coup de prouver leur assiduité à la fac, alors qu'en France, la présence en cours magistral est facultative ! Certains étudiants se voient donc obligés d'aller demander des attestations de présence à leurs professeurs, ce qui met tout le monde dans une situation aberrante.

Concernant la justification des ressources, officiellement l'étudiant doit fournir un contrat de travail, des fiches de paie, ou un engagement des parents ou de quelqu'un vivant en France qui assure que l'étudiant dispose bien de la somme exigée. A la préfecture de Paris, un agent a demandé à une étudiante de présenter un relevé d'identité bancaire daté du jour de l'entretien, pour prouver qu'elle avait précisément la somme exigée sur son compte. Cela ne figure nulle part dans les textes. Lire la suite sur le nouvelobservateur.com

1 | 2

 

Videodrome