19e sommet de l'Union africaine

19e sommet de l'Union Africaine: Le summum des crises


Entre Mme Nkosazana Dlamini- Zuma, l'ex- épouse de Jacob Zuma, candidate du bloc anglophone et le Gabonais Jean Ping, le président sortant de la Commission, le combat a encore été épique comme en janvier dernier.
Le 19e sommet de l'Union africaine s'est ouvert hier dimanche 15 juillet à Addis-Abeba en Ethiopie. Vu les nombreux problèmes qu'elle doit régler, on peut dire que cette rencontre au sommet, est celle de toutes les crises.

Le choix même de la capitale éthiopienne pour abriter ce sommet est consécutif à une divergence d'opinion sur la participation de l'un des chefs d'Etat du continent, en l'occurrence le soudanais Omar el-Bechir, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Joyce Banda, la présidente du Malawi qui était initialement l'hôte de ce 19e sommet, ne voulait pas du président soudanais à Lilongwe pour cette rencontre. Devant l'avis contraire de ses pairs, elle a préféré la délocalisation de la réunion à Addis-Abeba, tout en refusant bien entendu d'y participer. La présidente malawite n'est certainement pas le seul dirigeant africain à ne pas souhaiter s'afficher avec l'encombrant maître de Khartoum, d'autres sans doute n'effectueront pas le déplacement pour la même raison. Mais, cela n'a pas empêché l'intéressé d'être parmi les tous premiers chefs d'Etat à fouler le sol de la capitale éthiopienne. Si pour une question de souveraineté, les dirigeants africains n'ont pas voulu obtempérer à la décision de la CPI, raison pour laquelle ils ont fait bloc autour de leur homologue soudanais, ils ont par contre beaucoup peiné à afficher la même cohésion autour d'un autre homme, Jean Ping, le président sortant de la commission de l'UA. En janvier 2012, dans la même capitale éthiopienne, les mêmes dirigeants africains n'ont pas réussi à départager le Gabonais et la candidate sud-africaine, Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne chef de la diplomatie de son pays et actuelle ministre de l'Intérieur. Les deux réunions du groupe de contact à Cotonou sous l'égide du président en exercice de l'Union, le béninois Thomas Yayi Boni, ont aussi échoué à concilier les positions sur la question. Ouvrant les travaux hier dimanche, il a exhorté ses pairs à l'unité, car pour le président béninois, l'élection du président de la commission, est un test de l'organisation « à unifier » le continent. En effet, ce sont deux blocs antagonistes, francophones contre anglophones, qui sont derrière ces deux candidats. Si les dirigeants africains ont tant peiné à s'entendre sur le choix d'un homme pour diriger la commission de l'Union, ce n'est pas sur les autres sujets plus brûlants qu'ils vont trouver le consensus. Finalement, c'est de justesse au quatrième tour de scrutin, que la candidate sud-africaine l'a emporté sur Jean Ping par 37 voix contre 34. Parmi les autres sujets qui urgent, il y a le Mali, les deux Soudan, la Guinée- Bissau et la RDC, notamment le Nord Kivu, à l'Est du pays, en proie à une rébellion tenace. Sur cette dernière situation, l'UA s'est dite prête, dès l'entame du sommet dimanche, à lever une force de paix régionale pour affronter les rebelles du M23. Sur la mise en place d'une telle force, bien des questions restent en suspens. Mais l'une d'elle est de savoir ce que ces soldats de la paix africains feront de mieux que les 17.000 éléments que compte la force onusienne de la Monusco positionnée depuis 1999 dans la zone. L'autre nœud gordien que les chefs d'Etat de l'Organisation tenteront de défaire, est la situation malienne. Faut-il espérer quelque chose de ce sommet concernant cette crise malienne aux multiples contours ? Pas vraiment. A l'ouverture des travaux, tout en adressant un gentil satisfecit à la Cedeao pour ses efforts, le sommet lui a demandé de fournir plus de détails sur la force qu'elle souhaiterait envoyer au Mali. Or, on le sait, l'UA n'a fait que reprendre à son compte les conditions posées à sa requête par le conseil de sécurité de l'ONU, comme préalable à l'autorisation de l'usage de la force au Mali. Concernant le cas soudanais, la présence des deux protagonistes à Addis, le sud-soudanais Salva Kiir et le soudanais Omar el-Bechir est de bon augure pour le début de vraies négociations de paix. Certes, la spectaculaire poignée de main échangée par les deux hommes devant les caméras, ne signifie nullement la fin du conflit. La Guinée- Bissau sera peut-être la situation la plus facile à gérer, car les chefs d'Etat ne feront qu'entériner la solution trouvée par la Cedeao, qui est une sorte de « gentleman agreement » entre les putschistes et la classe politique de ce petit pays. Ne pouvant pas aborder, le temps d'un sommet de 48 heures, la multitude de problèmes qui assaillent le continent, des sujets pourtant préoccupants risquent de figurer au chapitre des divers. La question de Boko haram en est un. La secte islamiste qui terrorise le nord du Nigeria et dont les principales cibles sont les chrétiens et tous les symboles de l'Etat fédéral, est beaucoup plus perçue comme une affaire interne au géant de l'Afrique. Tout au plus, le sommet adressera une motion d'encouragement au président Goodluck Jonathan pour ses efforts pour venir à bout de ses « talibans » locaux. Même les questions cruciales comme le développement du continent, la sécheresse et son corollaire de famine et d'exode des populations, risquent d'être ajournées à un prochain sommet, faute de temps suffisant pour les aborder.

Charles d'Almeida

Charles d’Almeida

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  • SOURCE: L'inter
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