Sommet de l'UA/Election du président de la Commission

L'Afrique sauve la face, mais les clivages demeurent


Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, la nouvelle présidente de la Commission , doit se garder d'accomplir sa mission en faveur du camp anglophone qui l'a soutenue à Addis-Abeba, encore moins au profit de son ex- mari Jacob Zuma
Le 19e sommet de l'Union africaine s'est achevé lundi 16 juillet 2012 par l'élection de Mme Nkosazana Dlamini- Zuma, la nouvelle présidente de la Commission. Il y a donc eu plus de peur que de mal, de voir l’organisation continentale échouer une deuxième fois dans la recherche de celui qui va présider aux destinées de sa Commission. Mais à Addis-Abeba, il s'est aussi agi de sauver les apparences, car l’unanimité qui s'est faite autour de la candidate sud-africaine n'aurait été que de façade, car obtenue au forceps.

Dans la soirée du dimanche 15 juillet dernier, lorsque la « fumée blanche » est enfin apparue après quatre tours de scrutin, adversaires et partisans de Mme Zuma, la présidente élue de la Commission de l'Union africaine, se sont tous félicité de l'heureuse issue de cette confrontation entre les anglophones d'une part et les francophones de l'autre. Les présidents ivoirien, Alassane Ouattara, gabonais, Ali Bongo Ondimba et sénégalais Macky Sall, les plus fermes soutiens de Jean Ping, ont tous congratulé l'élue et salué « la victoire de la démocratie ». Mais y a t-il eu vraiment un jeu démocratique au palais des congrès d'Addis-Abeba ce dimanche soir ? 24 heures après la fin des travaux de ce 19e sommet, le seul son discordant est venu du Kenya qui assure la vice-présidence de l'Union. Son vice-ministre des Affaires étrangères, Richard Onyonka ne s'est pas embarrassé de fioritures pour fustiger l'atmosphère qui a entouré le scrutin, notamment « les méthodes et le style de l'Afrique du Sud ». « Ils avaient le droit de présenter un candidat(...),mais il y a eu trop d'intimidation, de torsion de bras et de menaces » a t-il déploré. Concernant justement ces « méthodes » auxquelles la puissance sud-africaine aurait eu recours, elles ont déjà été décriées à la veille de la deuxième réunion du Groupe de contact à Cotonou, en avril dernier, par la présidence de la République gabonaise qui avait formellement démenti des informations parues dans la presse sud-africaine relatives à un prétendu retrait de son candidat Jean Ping, le président sortant de la Commission au profit de Mme Zuma. Dans une lettre au vitriol, le Gabon avait dénoncé lesdites pratiques. Mais dans la capitale éthiopienne, la campagne aura été, à en croire un diplomate occidental, « très dure et offensive ». L'on aurait même évoqué un troisième homme pour départager les deux camps au cas où aucun des deux candidats n'obtiendrait la majorité des deux tiers requise pour être élu à la tête de la Commission. Mais visiblement la légendaire sagesse africaine a prévalu, les francophones appuyés par le Nigeria l'autre puissance africaine, ont préféré baisser pavillon pour « sauver l'unité africaine », comme l'a vivement souhaité le président en exercice de l'UA, le Béninois Thomas Yayi Boni dans son discours d'ouverture du sommet. Mais pourquoi l'Afrique du Sud voulait tant ce poste ? Beaucoup s'interrogent. Est-ce à des fins hégémoniques ? En effet, ces derniers mois, la puissance africaine a clairement affiché son désaccord avec le reste du continent, sur plusieurs dossiers notamment les crises libyenne et ivoirienne. Jacob Zuma et son prédécesseur Thabo Mbeki ont sévèrement critiqué l'attentisme de l'UA, surtout de Jean Ping, face au sort réservé aux dirigeants de ces deux pays africains, en l'occurrence Mouammar Khadafi et Laurent Gbagbo. Jacob Zuma le président sud-africain qui se veut le porte-étendard des souverainistes tout comme l'ougandais Yoweri Museveni et l'ancien président ghanéen John Jerry Rawlings, a à cœur de redonner à l'organisation panafricaine son entière indépendance dans la gestion des crises auxquelles elle est confrontée. Le bloc anglophone taxe en effet à tort ou à raison les francophones de recevoir des ordres de Paris ou des autres capitales occidentales, sur les questions purement africaines. Mme Nkosazana Dlamini- Zuma, qui présidera désormais l'union, a promis d'exercer librement sa mission, c'est-à-dire ni en faveur du bloc anglophone, ni en faveur du groupe francophone, encore moins pourrait-on espérer, au profit de son ex- mari, Jacob Zuma, le président sud-africain et son principal soutien. « Wait and see », attendons de voir à l'oeuvre, la première femme et le premier anglophone à présider la Commission.

Charles d'Almeida

Charles d’Almeida

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  • SOURCE: L'inter
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