Putsch manqué au Faso - Ecoutes téléphoniques: Guillaume Soro, Gbagbo et le Fpi cités à la barre, ce qui a été dit sur Ouattara, Kafando, Ham Bak, ‘’Photocopie’’…


Le général Djibrill Bassolé insiste pour que les débats soient orientés autour des actes de culpabilité dans le putsch et non des écoutes alléguées.

Du nouveau dans l’affaire des écoutes téléphoniques en lien avec le putsch manqué de septembre 2014 au Burkina Faso. Le lundi 7 janvier 2019, au 3ème round de sa déposition à la barre du Tribunal militaire du Faso, siégeant à la salle des banquets de Ouaga, le général de gendarmerie Djibrill Bassolé et l’accusation se sont livrés à un exercice de révélations sur cette affaire.

A l’entame de l’audience du jour, peu après le quitus du juge-président, Seydou Ouédraogo, pour le top départ de la confrontation parquet-accusé, le ministère public ouvre le bal. Dans sa tentative de coincer le prévenu, le procureur assesseur Mamadou Traoré entame la lecture des retranscriptions des supports audio allégués. Ceux-ci sont censés prouver l’implication de l’ex-chef de la diplomatie du pays des hommes intègres dans le coup de force avorté de 2014.

Gbagbo et le Fpi dans le dossier. Des passages des pièces incriminées lues pendant plus de deux heures font ressortir, pour la première fois, le nom de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, et son parti, le Front populaire ivoirien (Fpi). En effet, la pièce n° 10 présentée comme étant la copie de la retranscription de la communication interceptée entre Djibrill Bassolé et un anonyme dont l’identité n’a pas été dévoilée, fait cas des barrages érigés en ville et des contrôles effectuées par des militaires et des partisans du régime de la Transition. Les présumés auteurs de ces barricades sont accusés de s’inspirer des pratiques de propagande et d’instrumentalisation des masses des partisans de l’ex-président Gbagbo, notamment les jeunes patriotes. « Toutes les voies sont fermées. On dit que c’est le vieux président (l’ex-chef de la Transition, Michel Kafando, ndlr), qui a fait ça. Le vieux-là se comporte comme Gbagbo. C’est la même méthode du Fpi. Lui, il est Fpi », lit le procureur militaire. Dans la salle d’audience, les éclats de rire se font immédiatement entendre. Ce qui courrouce le président de la Cour, qui va rappeler tout le monde à l’ordre.

De nouveaux officiels ivoiriens cités. Quand l’accusation reprend la parole, ce sera cette fois, pour lire des pièces dans lesquelles d’autres officiels ivoiriens sont cités. Ces derniers ne sont, certes, pas accusés d’être impliqués dans le coup. Mais, considérés plutôt comme étant ceux qui l’ont fait foirer. Et ce, pour avoir empêché le président ivoirien, Alassane Ouattara, désigné sous le nom de code de ‘’Grand chef’’ d’agir pour son aboutissement. Leurs noms se retrouvent dans les pièces n° 3 et 5 qui seraient les communications interceptées entre Guillaume Soro, chef du Parlement ivoirien et l’accusé. Il s’agit de l’actuel ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, du ministre des Affaires présidentielles, Téné Birahima Ouattara et de l’homme d’affaires Pierre Fackoury. « Je vais à Daloa. Le grand chef m’a retiré le dossier. Hamed Bakayoko est allé chercher Fakoury pour financer Roch (actuel président du Faso, ndlr). Hamed a mis la pression dans mon dos pour que le président reçoive les Roch. Ado (Alassane Ouattara, ndlr) m’a mis sur le carreau », relève le procureur. « Photocopie (Ibrahim Ouattara, cadet du président Ouattara, ndlr) était allé voir Roch pour financer sa campagne. Moi, je ne croyais pas que l’élection allait avoir lieu. Tous les processus d’exclusion ont entraîné des situations de chaos », met en lumière le parquet lors de la lecture des pièces incriminées.

Grosse colère. Celles-ci ont fait bondir le mis en cause de son siège. « Guillaume Soro vous a-t-il dit que c’est lui qui a tenu ces propos ? Les écoutes sont manipulées pour m’abattre politiquement. Ces écoutes sont illégales, falsifiées. Elles ont été fabriquées et imposées dans le dossier aux seules fins de m’accabler, m’accuser et me présenter devant cette Cour », riposte l’unique général de la maréchaussée du Faso, avant de démonter les accusations d’intelligence avec l’étranger en lien avec des conversations téléphoniques qu’il aurait eues avec M. Soro. Sur ce point, l’ex-représentant spécial de l’Onu et de l’Union africaine au Darfour fait remarquer qu’aucun témoignage et aucune autre pièce ne font cas de sa participation aux faits mis à sa charge. A savoir la trahison, l’attentat à la sureté de l’Etat, le complot et le meurtre. « Aucun co-accusé n’a relevé ici ma complicité dans le coup. Dans la lecture des Pv (procès verbaux, ndlr, Monsieur le procureur, vous avez raison. Mais, l'énigme demeure. Il ne s'est pas agi pour le juge d'ordonner une interception téléphonique. Il s'agit de bandes-audio trouvées de je ne sais quelle manière. Le juge reçoit des éléments sous scellé. Soit le juge et ses Opj (Officiers de police judiciaires, ndlr) l'ont fait fuiter ou ils l'ont puisé sur Internet. Comment un élément aussi capital, attestant de ma culpabilité, peut se retrouver dans la rue ? Même la copie détenue par le juge vient d'Internet », se désole Djibrill Bassolé. Puis, d’informer qu’il a été mis aux arrêts le 29 septembre 2014. De cette date à sa comparution à la barre, hier, il soutient avoir eu trois auditions avec le juge d'instruction. « J'ai été reçu par le juge d'instruction le 06 novembre 2014. Aucune allusion à une quelconque écoute ne m'a été signifiée. Une semaine après, des écoutes présumées entre Soro Guillaume et moi sont largement diffusées dans les médias. Comment ces écoutes censées être judiciaires, se sont retrouvées partout, y compris dans la rue ? Des personnalités ici se promenaient même de pays en pays, de capitales en capitales pour les faire écouter à des Chefs d'État », déballe le prévenu, soulignant que c'est finalement le 08 décembre 2014 que le juge l'informe d'avoir reçu de la gendarmerie, sous scellé, des enregistrements allégués. « Là, nous avons contesté l'origine et la régularité de ces écoutes. Nous avons constaté par exemple que les enregistrements n'avaient pas été réalisés par des services burkinabè. Les intitulés des sujets étaient en anglais avec code Bassolé to Soro ou Bassolé to Damila », attaque le prévenu, avant de mentionner que la gamme de fréquence de 100 à 3750 hertz surpasse le standard international technique de GSM mobile. « L'expert allemand sollicité par le juge d'instruction, relève, en effet, qu'il était en droit de penser qu'il s'agissait de la bande originale de 250 à 3500 hertz. Autrement dit, la bande expertisée a été prise sur Internet. Donc, le juge n'a pas produit un enregistrement technique original. La bande à expertiser, n'est venue que sur Internet », apprécie l’officier de gendarmerie, repris par le parquet. « Dans votre lecture, vous n'avez pas relevé les phrases, les mots avec toute la rigueur. L'expert les a mis entre griffes. Ce que vous relevez, ce sont ses hypothèses et non sa conclusion. Vous n'avez pris que ce qui vous arrange. Sinon, l'expert allemand saisi par le juge conclut pour dire que les analyses acoustiques de la pièce 2211 (Soro to Bassolé) n'ont produit ni indice ni trace de trucage par montage », objecte le procureur Traoré, soulignant, par ailleurs, que lors de l'interrogatoire de première comparution en novembre 2014 suite à l'inculpation en date du 06 octobre 2014 (pièce I13), le juge ne pouvait pas présenter à l'accusé les éléments à charge du dossier. « Il ne peut même pas vous poser de questions. C'est pourquoi, le juge n'a évoqué ces éléments-audio que lors de l'interrogatoire de décembre 2014 », clarifie-t-il sans convaincre Djibrill Bassolé qui rejette cette version en ces termes : « Les Opj m'ont dit que j'étais interrogé dans le cadre d'une commission rogatoire. Cela revient à dire que déjà, dès la première audition, c'est l'instruction qui a commencée. Les gendarmes ont agi sur commission rogatoire. Il aurait été indiqué que ces éléments-audio aient été portés à ma connaissance. A partir du moment où la gendarmerie agissait sous commission rogatoire, c'est que le juge avait les enregistrements en question dont on ne sait pas comment ils ont été faits, balancés sur les réseaux sociaux et versés dans le dossier ».

Echanges houleux prévenu-parquet. Poursuivant, le général Bassolé expose que la lecture, pendant deux heures des retranscriptions des bandes sonores, n'était qu'un « exercice inutile » et que le parquet devrait seulement chercher à mettre en exergue les actes matériels de sa participation au putsch manqué. Et non s'accrocher à de fausses écoutes. « C'est parce que le dossier est vide que vous passez tout le temps à faire ces lectures fastidieuses. De tout ce qui a été lu, est-ce qu'il y'a des faits qui m'accablent ? C'est non !», fait-il observer. « Ce sont des éléments douteux qui fondent mon accusation. Les écoutes sont fabriquées, instrumentalisées », maintient l’ex-sécurocrate du Faso qui ne cache pas sa volonté de voir le parquet sortir du dossier des écoutes alléguées. D’où des accrochages à plusieurs reprises entre les deux parties. « Quand on dit le procès Bassolé, on dit le procès des écoutes. Vous devez dire d'où sont venues ces écoutes, qui les a enregistrées ? Comment ont-elles été versées dans le dossier ? Si on ne le dit pas, alors, discutons de ce que j'ai posé comme acte au lieu de vous accrocher à des écoutes fabriquées », insiste-t-il. «Les pièces des écoutes sont dans le dossier. Libre à vous de ne pas répondre aux questions. Mais, vous ne pouvez pas amener le ministère public dans un schéma que vous préférez », se fâche, et hausse le ton, le procureur principal Alioune Zanré. Qui prend le relais aujourd'hui, mardi 08 janvier 2019, pour ''cuisiner'' le second principal présumé cerveau du putsch manqué.

TRAORE Tié, Envoyé spécial à Ouaga

TRAORE Tié

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  • SOURCE: L'inter
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