Mali/Offensive dans le Nord

La France siffle la fin de la récréation


Des soldats maliens en pleine opération de ratissage à Konna après avoir repris la localité aux islamistes
C'est sûrement l'offensive de trop, celle menée le 10 janvier dernier par les Jihadistes du Nord Mali sur la localité de Konna. La France qui mesure la gravité de la situation a décidé d'agir avant qu'il ne soit tard.

Que de tergiversations autour d'une opération pour laquelle tout le monde, Onu, UE, UA, Cedeao, s'était pourtant mis d'accord! Il a fallu que les groupes islamiques qui se sont rendu maîtres du Nord Mali franchissent la ligne de démarcation, pour que les uns et les autres comprennent qu'il est temps d'intervenir.

En s'emparant jeudi de Konna, les islamistes avaient dans leur viseur Sévaré, situé à 70 kilomètres au sud. Cette localité est un site stratégique important du fait qu'elle dispose d'un aéroport capable d'accueillir de gros porteurs. C'est en effet là que les forces qui doivent reconquérir le Nord Mali devaient établir l'une de leurs bases. S'ils réussissaient à s'emparer de Sévaré, c'est une véritable «autoroute» que les jihadistes allaient ainsi s'offrir pour foncer droit sur Bamako.

L'armée malienne qui a tenté de contrer l'offensive a vite déchanté. Dioncounda Traoré le président par intérim du Mali n'avait dès lors qu'un dernier recours: la France. L'ex-puissance coloniale qui avait prépositionné des troupes depuis plusieurs mois au Burkina Faso voisin, a réagi positivement. Quelques heures après, des Mirages F1 et 2000, des bombardiers Rafales ainsi que des hélicoptères de combat entrent aussitôt en action.

L'opération baptisée «Serval» du nom de ce petit fauve d'Afrique aux poils tachetés de noir, encore appelé chat-tigre, stoppe net l'avancé des combattants d'Al Qaida au Maghreb Islamique, (Aqmi), du Mouvement pour l'unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest, (Mujao), d'Ansar Dine (défenseurs de la foi) et autres partisans de ce vaste mouvement islamiste encore appelé le «Fascisme vert». Ces affrontements jugés très violents par une source française, ont fait de très nombreuses victimes. Une bonne centaine d'intégristes ont perdu la vie tout comme de nombreux militaires maliens engagés au sol. Côté français, on signale la mort d'un pilote d'hélicoptère.

François Hollande qui s'est exprimé le vendredi 11 janvier, a déclaré que «le Mali fait face à une agression d'éléments terroristes venant du Nord dont le monde entier sait la brutalité et le fanatisme». Le président français qui n'a pas fixé un délai pour cette intervention a laissé entendre qu'elle durera le temps qu'il faudra.

Le début de la reconquête du Nord?

Hier dimanche, au troisième jour de l'engagement des forces françaises, les intenses bombardements se sont poursuivis et vont continuer, a affirmé Jean- Yves Le Drian le ministre français de la Défense. Les raids de l'aviation française se poursuivent hors de Konna et laissent naturellement penser que la France est bien décidée à siffler la fin de la «récréation» pour les groupes rebelles qui ont installé leur sanctuaire dans le septentrion malien. Mais pour cette reconquête du Nord, la France qui a décidé de ne pas engager des fantassins dans les combats, laisse plutôt l'initiative des hostilités au sol aux forces africaines notamment celles de la CEDEAO.

La Misma, la Mission de soutien au Mali n'existe en réalité pour le moment que sur le papier. Certes, les pays contributeurs à cette force que sont le Burkina, le Niger, le Sénégal, le Nigeria, le Togo et le Bénin, avaient promis de réunir quelque 3.300 hommes pour la reconquête du Nord Mali. Cette force est-elle prête au moment où elle doit être déployée sur le théâtre des opérations? C'est la grande question. Visiblement, cette attaque surprise des jihadistes a précipité le déploiement de la Misma sur le terrain.

Or il était prévu le regroupement des différents contingents et leur entraînement avant d'aller affronter les jihadistes dans cet «enfer des dunes». A en croire une source proche de l'Elysée, les combattants islamistes sont loin d'être des soudards dont on pouvait se débarrasser facilement. Ils seraient bien entraînés, bien équipés avec des armes sophistiquées puisées très certainement de l'arsenal de Kadhafi. Le Tchad, la Mauritanie et surtout l'Algérie dont les soldats sont plus familiers de cet environnement hostile, se font pour le moment prier pour envoyer des troupes. L'Afrique du Sud dont le président s'est entretenu avec son homologue français, pourrait participer aux opérations. En dehors des pays africains, les Etats Unis et la Grande-Bretagne ont promis de soutenir l'action de la France.

Hier dimanche, le premier avion britannique a décollé avec du matériel. Pendant que se déroule ce qui semble être le début de la reconquête du nord, le président Dioncounda Traoré poursuivait son offensive diplomatique. Hier il était à Alger, pour supplier Abdel Aziz Boutéflika de soutenir plus concrètement cette opération, en dehors du simple «soutien sans équivoque» qu'il lui a exprimé. Au plan politique, l'Etat d'urgence a été décrété au Mali où toutes les manifestations de rue sont interdites. Cette mesure vise à mettre un terme à cette vague de marches et de contre-marches organisées par les partisans de l'ex- junte et les anti-putschistes. La tournure prise par les événements a visiblement pris de court le capitaine Amadou Sanogo qui avait déposé en mars 2012, le président Amadou Toumani Touré.

Du coup, l'officier putschiste qui jusque-là rongeait son frein d'aller libérer le nord, est devenu moins loquace. Sa seule déclaration depuis le début des hostilités, est plutôt un satisfecit au «rôle capital» que joue la France aux côtés de l'armée malienne. Curieux tout de même de la part de ce trublion qui rêvait d'être le Charles De Gaulle des bords du Djoliba qui va libérer le Nord- Mali sans l'ingérence d'aucune force extérieure.

Les forces françaises qui ont compris que l'heure n'est plus aux discours, ne vont pas attendre la réunion au sommet de la Cedeao prévue à Abidjan le 19 janvier prochain. Elles poursuivaient hier sans répit les bombardements des sites stratégiques des islamistes notamment à Gao et Tombouctou. Des casernes et dépôts d'armes seraient particulièrement visés. C'est après avoir réduit à néant la démentielle puissance de feu des islamistes, que le combat aérien va céder la place au corps à corps dans les dunes.

Charles d'Almeida

Charles d’Almeida

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  • SOURCE: L'inter
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