Putsch raté au Togo: un rapport sur des allégations de torture fait polémique


22/02/2012
La Commission nationale des droits de l'Homme (CNDH) du Togo a remis officiellement mercredi au gouvernement un rapport sur des allégations de torture qui fait actuellement l'objet d'une polémique.

Le rapport avait été commandé par les autorités après des affirmations de la plupart des inculpés dans le procès du coup d'Etat déjoué de 2009, disant lors de leur jugement en septembre 2011, avoir été torturés par l'Agence nationale de renseignements (ANR).

La CNDH avait été mandatée en septembre par le ministre togolais de la Justice pour ouvrir une enquête "impartiale".

Dimanche, le gouvernement publiait sur son site internet un rapport présenté comme émanant de la CNDH, rejetant l'accusation de torture.

"Il n'a pas été intentionnellement infligé des douleurs, souffrances aiguës physiques et mentales à certaines des personnes interpellées et détenues dans le cadre de l'enquête ouverte pour tentative d'atteinte à la sûreté de l'Etat en avril 2009 (..) L'accusation de torture doit donc être rejetée", souligne ce rapport.

Mais lundi, la CNDH rendait public sur son site internet un autre rapport qualifié d'"authentique" et déclarait que "le gouvernement (avait) fait publier un rapport travesti, obtenu sur menaces".

Dans son propre document, la CNDH "constate qu'il a été commis sur les détenus, des actes de violences physique et morale à caractère inhumain et dégradant".

Mercredi, c'est ce rapport qu'une délégation de la CNDH est venue remettre au Premier ministre Gilbert Houngbo, qui l'a reçue lors d'une audience à huis clos.

Le chef du gouvernement n'a fait aucune déclaration à la presse.

"Le rapport que la CNDH a adopté en plénière le 15 février dernier est celui publié sur le site de la Commission. C'est ce rapport qui est le notre, et nous venons le remettre officiellement à M. Houngbo", a expliqué à des journalistes Me Koffi Sylvain Mensah Attoh, membre de la CNDH.

"On ne saurait en ce moment précis dire de qui provient le rapport publié par le gouvernement. Notre démarche vise à clarifier la position de la Commission", a-t-il ajouté.

Lundi soir, le gouvernement a nié avoir menacé la CNDH.

"Le gouvernement dément catégoriquement ces allégations de menaces et précise qu'il n'a reçu de la CNDH qu'un seul rapport paraphé et signé par son président. Et c'est ce rapport qu'il a rendu public en toute transparence", a-t-il souligné dans un communiqué.

Le président de la CNDH, Koffi Kounté, se trouverait à Paris depuis quelques jours et certains se demandent à Lomé s'il y aurait trouvé refuge.

"M. Kounté est actuellement à Paris. Mais je ne sais pas s'il s'est réfugié à Paris. C'est sa famille qui m'a annoncé qu'il est actuellement à Paris", a déclaré à l'AFP une source à la CNDH ayant requis l'anonymat.

L'Union européenne (UE) a fait part dans un communiqué mardi soir de sa "vive préoccupation" et dit souhaiter "rapidement" des "clarifications".

Des partis d'opposition ont également demandé au gouvernement de faire la lumière sur ce dossier.

Au total 33 militaires et civils ont été jugés en septembre 2011 par la Cour suprême pour le putsch manqué de 2009. Un demi-frère du président togolais Faure Gnassingbé, Kpatcha Gnassingbé, considéré comme le cerveau de l'opération, a été condamné à 20 ans de prison pour "complot contre la sûreté de l'Etat".

Par SLATE AFRIQUE

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