Lutte contre la vie chère

Pourquoi c'est si difficile pour le gouvernement


12/06/2012
Même les denrées de consommation courante sont devenues hors de prix
La lutte contre la vie chère semble une équation difficile pour le gouvernement. Et, les consommateurs ivoiriens ne peuvent que le constater parce qu'achetant à leur corps défendant des produits de première nécessité (comme le riz, le sucre, la viande et l'huile) à des prix souvent élevés. Cela alors qu'en mars 2012, le gouvernement a accentué son engagement à réduire les prix.

Des réunions ont été faites avec tous les acteurs y compris les commerçants. Des accords ont même été signés avec ces derniers. Le corps préfectoral et les collectivités territoriales ont même été instruits par le Premier ministre Ahoussou Jeannot à lutter contre l'inflation généralisée observée sur les marchés. Dans cette dynamique, le commerçant qui spéculait sur les prix des produits de grande consommation devait être signalé. Malheureusement, plusieurs semaines après cette mobilisation gouvernementale appréciée par les populations, les retombées tardent à venir. Le commerçant n'est pas inquiété. Nous avons investi dans plusieurs milieux pour en connaître des raisons. Et, les quelques unes que nous avons pu noter paraissent essentielles. Selon nos investigations, le système économique choisi par la Côte d'Ivoire y est pour quelque chose. Ayant opté pour un libéralisme économique depuis son existence, l’État ivoirien ne sait comment manœuvrer pour imposer un libéralisme économique contrôlé aux premiers acteurs du monde économique. Aussi, face à des commerçants spéculateurs, il hausse parfois le ton mais ne se donne pas les moyens d'aller au-delà. Parce que aller au-delà supposerait que l’État est prêt à faire des faveurs en encourageant les commerçants à rentrer dans cette logique. Il devra assurer les subventions des produits de première nécessité, notamment le riz, le savon, l'huile, etc. Dans cette foulée, le gouvernement doit réduire les impôts dans plusieurs domaines de sorte à agir sur le pouvoir des commerçants. C'est en somme un ensemble de mesures permettant à l’État de contrôler véritablement le marché. Outre cela, il faut compter aussi avec la non conformité des prix sur les marchés liée aux sites des commerçants. Cette réalité n'est pas à négliger du moment où d'une commune à une autre, le prix d'une marchandise évolue sur les marchés à cause du coût du transport du conteneur du port au site du commerçant. Tant que rien de concret n'est prévu pour cela, le gouvernement donne l'occasion aux commerçants éloignés des ports de faire des spéculations injustifiées. Une autre raison qui nous a semblé importante et qui pourrait expliquer les difficultés du gouvernement à faire appliquer des prix réduits, c'est l'insuffisance des moyens à la disposition du ministère du Commerce pour contrôler les prix. Avec les seuls salaires, leur engagement et leur bonne foi à faire respecter les prix, les agents dudit ministère chargés des contrôles ne peuvent régler tous les problèmes de cherté s'ils sont sans moyens.

La part des associations de consommateurs

Que ce soit à Abidjan ou à l'intérieur du pays, ce personnel doit être non seulement motivé mais aussi avoir les moyens logistiques, matériels et financiers adéquats à sa disposition pour mener ce combat. Parce qu'il faut traverser des marchés, mener des enquêtes sur les réseaux de fraude, identifier les commerçants indisciplinés, etc. En fait, mettre l'agent dans les dispositions idoines pour ne pas qu'il succombe à un commerçant corrompu pris en flagrant délit. Contrairement à ce que le commun des mortels pourrait croire, les contrôleurs des prix constituent un maillon essentiel du programme de lutte contre la vie chère en Côte d'Ivoire. Les tracasseries routières et administratives sont parfois revenues dans les causeries des commerçants comme étant des frais supplémentaires qu'ils sont obligés de répercuter sur les prix de vente. Cela signifie que si le gouvernement veut réussir sa lutte contre la vie chère, il doit nécessairement lutter contre les faux frais sur les routes et dans son administration. Autre chose que nous avons constaté, c'est qu'il n’y a véritablement pas d'associations de consommateurs en Côte d'Ivoire. En tout cas, celles qui se présentent comme telles n'ont pas encore actionné la pression nécessaire sur les deux camps : les commerçants et l’État. Elles se laissent aller au vent. Par conséquent, elles ne peuvent mobiliser les consommateurs ivoiriens. Ce, alors que le combat contre la cherté de la vie devrait être leur combat. Le fait aussi qu'il n'existe pas de Code des consommateurs pour défendre les intérêts de ceux-ci n'est pas intéressant pour l’État. Dans tous les cas, pour le moment, la lutte contre la vie chère n'est pas la priorité des priorités. Le gouvernement ivoirien a déjà trop de soucis avec l'insécurité grandissante, notamment la recrudescence des attaques à l'Ouest du pays.

Hermance K-N

Hermance K-N

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  • SOURCE: Soir info

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