Financement de la filière cacao : Quand l'affaire Saf Cacao plombe la filière

• Vers une réduction des prêts bancaires de 1 000 milliards de Fcfa
La campagne cacaoyère risque d'être compromise

La liquidation du négoce Saf Cacao, prononcée le 18 juillet 2018 par le tribunal de Sassandra, pour défaut de paiement, continue de faire des vagues, tant dans le secteur bancaire que dans la chaîne de commercialisation de la filière cacao. C'est le Conseil du café-cacao (Ccc) qui avait déposé une plainte au nom de l'Etat de Côte d'Ivoire, qui réclamait à la société 72 milliards de Fcfa, souligne l'hebdomadaire Jeune Afrique dans sa parution N°3009 du 9 au 15 septembre 2018.

Quant aux créances dues aux douze banques avec lesquelles Saf Cacao collabore, elles s'élèvent à environ 160 milliards de Fcfa. De fait, ces institutions financières qui souhaitent recouvrer cette dette n'admettent pas la décision de justice. Par conséquent, elles en ont fait appel. Réuni en son audience du 22 août 2018 pour statuer sur le recours introduit pas les banques, le tribunal de première instance de Daloa a prononcé le renvoi de l'affaire au mois d'octobre prochain.

Les requérants, qui espéraient une suspension de la décision de liquidation préalablement prononcée, ont, une fois de plus, été déçus. Un patron de banque a confié à Jeune Afrique que pendant que le jugement est renvoyé en octobre, la procédure de liquidation suit son cours puisqu'elle est « exécutoire ». « Nous voulons un plan de redressement, car Saf Cacao nous a montré sa bonne foi », a noté ce dernier.

A relire: Après sa liquidation : Les actifs de Saf Cacao mis en vente

De l'avis des spécialistes du monde de la finance, il n'y a que le redressement de l’entreprise qui puisse permettre aux banques de recouvrer leurs créances. Ce d'autant plus que les actifs de Saf Cacao, estimés à 60 milliards de Fcfa, ne peuvent couvrir la dette, encore moins le stock de 60 000 tonnes de fèves de cacao (75 milliards de Fcfa) qui risquent d'être dévalué du fait d'une détérioration de la qualité.

JA informe que tous les établissements bancaires d'Abidjan mettent en garde contre les conséquences en matière de financement de la liquidation de l'entreprise. Notant que les banques pourraient se montrer plus réticentes à octroyer des prêts, non seulement aux acteurs de la filière, mais aussi à l'ensemble de l'économie ivoirienne et même à l’État. L'hebdomadaire panafricain mentionne les estimations de l'Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d'Ivoire (Apbef-Ci), qui révèlent que les crédits pourraient être réduits de plus de 1 000 milliards de Fcfa en 2019 si les banques ne parviennent pas à recouvrer leurs créances.

La Lettre du Continent (publication N°783 du 5 septembre 2018), qui s'intéresse également à la question, constate avec regret que le tribunal ait prononcé une liquidation là où habituellement les sociétés en difficulté sont mises sous administration provisoire, puis placées en redressement judiciaire. Selon le périodique, Saf Cacao serait victime du désaccord entre Bédié et Ouattara sur le parti unifié, puisque c'est le président du Pdci-Rda qui aurait sollicité « d'Alassane Ouattara qu'il favorise le sauvetage de l'entreprise ». « Le refus du Pdci d'intégrer le Rhdp a cependant dissuadé les autorités ivoiriennes de gérer l'avenir de la société », croit savoir la LC.

 

Elysée LATH

 

 

Elysée Lath

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  • SOURCE: L'inter
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