Lutte contre le tabagisme : La Côte d'Ivoire dépense 27 milliards Fcfa par an

Ce que Lacina Tall (Pca Rotca-Ci ), propose
17/06/2019
Lutte contre le tabagisme : La Côte d'Ivoire dépense 27 milliards Fcfa par an
Tall Lacina demande de revoir le mode de vente de cigarettes au détail en Côte d'Ivoire comme cela se fait dans les pays développés. (Ph : DR)

Lacina Tall, président du comité universitaire Unesco-Côte d’Ivoire pour la lutte contre la drogue et les autres pandémies dénonce d'importantes dépenses réalisées par an pour la lutte contre le tabagisme en Côte d'Ivoire. Président du conseil d'administration du Réseau des Ong actives contre le Tabac en Côte d’Ivoire, Réseau des Ong actives pour le contrôle du tabac en Côte d’Ivoire (Rotca-Ci), voilà ce qu'il propose.

Quelle est la situation du tabagisme en Côte d’Ivoire ?

La prévalence du tabagisme en Côte d’Ivoire, selon les dernières statistiques, est de l’ordre de 14%. Ce fléau est à la base de 9 111 cas de décès et 26% des maladies non transmissibles (cancer, obésité, hypertension artérielle etc.) sont causées par le tabac.

En tant qu’Organisation de la société civile, nous jouons notre rôle d’acteurs citoyens à travers la sensibilisation des populations sur les méfaits d’un certain nombre de fléaux dont le tabagisme. Et de façon générale, sur la toxicomanie, principalement la lutte contre la drogue et leurs conséquences sur la santé des populations. Nos campagnes de sensibilisation ciblent principalement les jeunes dont l'âge tourne autour de 35 ans et qui représentent 60 % de la population totale.

Qu'en est-il de la taxation des produits du tabac au niveau régional et singulièrement en Côte d'Ivoire ?

Au niveau de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), la Directive du 22 décembre 2017 portant harmonisation des législations des États membres fondateurs des Droits d’accises sur les produits de tabac, prévoit un taux minimum de 50% et un taux maximum de 150%. La transposition de cette Directive dans les lois nationales devra s’achever à fin 2019. Nous pensons que d’ici la fin de l’année, le Gouvernement ivoirien mettra effectivement en œuvre cette Directive. Cette norme communautaire, faut-il le rappeler, a été adoptée depuis décembre 2017. Nous avions deux ans pour la mettre en œuvre. Si nous avons raté 2017 et 2018, nous avons espoir qu’elle va transparaître dans l’annexe fiscale 2020 actuellement en préparation.

Au vue de cette situation, peut-on dire que les choses coincent en Côte d'Ivoire ?

En la matière, la première réaction, c’est de s'interroger si nos autorités ivoiriennes sont conscientes des engagements qu’elles prennent. Si oui, il y a lieu de se demander pourquoi elles n’appliquent pas les décisions qu’elles prennent. Notamment, les Directives et autres traités. On peut citer par exemple la Convention de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) sur la lutte anti-tabac. Dans le même temps, on se dit que l’État étant une continuité, même si les personnes changent, nous avons aujourd’hui des cadres bien formés dans notre administration qui sont très au fait de ces Directives et traités. Ce qui bloque fondamentalement la transposition de cette Directive sur les produits de tabac, pour répondre à votre question, nous accusons l’industrie du tabac d'ingérence dans les prises de décisions. Après la crise suite aux augmentations de taxes proposées dans l’annexe fiscale 2018, le gouvernement consulte désormais le secteur privé dans le cadre d’un comité de concertation composé de représentants du patronat et de l’État. Pour être plus direct, il faut savoir que c’est à ce niveau que les choses sont souvent bloquées.

Que préconisez-vous pour appuyer la lutte anti-tabac en Côte d'Ivoire et diminuer les charges de santé causées par le tabagisme?

Il faudrait que la Côte d’Ivoire revoie son modèle de taxation. Avec la Convention de l’Oms sur la lutte anti-tabac, c’est la conjugaison du mode de taxation Ad-valorem et la taxation spécifique qui est recommandée. Aussi, la Directive de l’Uemoa, citée précédemment, recommande un taux minimum de 50%. En Côte d’Ivoire, nous sommes à 44%. Il faut une taxation forte sur les produits de tabac pour lutter contre le tabagisme. Il faut également revoir le mode de vente de cigarettes au détail comme ça se passe dans les pays développés. Les produits de tabac y sont soumis à une taxation forte. Bref, il y a un certain nombre de mesures cumulatives qu’il faut mettre en œuvre, notamment la taxation qui va permettre à l’État d'obtenir des ressources conséquentes pour lutter contre le tabagisme dont les charges sont évaluées à 27 milliards de Fcfa par an pour l’État de Côte d’Ivoire.

Irène BATH

 

Irene Bath

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  • SOURCE: Linfodrome

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