Augmentation annoncée du prix du cacao: Des producteurs saluent avec réserve la décision de Ouattara


10/08/2019
Augmentation annoncée du prix du cacao: Des producteurs saluent avec réserve la décision de Ouattara
A l'instar de Kanga Koffi (au centre), des producteurs de café-cacao attendent une remontée des cours.

Lors de son adresse (qui a pris la forme d'une interview) à la Nation le 6 août 2019, veille de la commémoration du 59e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, le président de la République Alassane Ouattara a annoncé une augmentation du prix du kilogramme de cacao aux planteurs pour la campagne à venir. Ce nouveau prix devrait être connu le 1er octobre, date de l'ouverture officielle de la campagne cacaoyère 2019-2020. Le chef de l’État a évoqué le prix de 1000 fcfa auquel il veut «qu'on revienne».

 

Dans un échange téléphonique hier jeudi 8 août 2019, des responsables d'organisations de producteurs de café-cacao ont donné leurs points de vue sur cette annonce du président de la République. Le Président du conseil d'administration (Pca) de l'Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d'Ivoire (Anaproci), Kanga Koffi a salué la mesure qui, espère-t-il, prendra effectivement forme le 1er octobre prochain. Pour lui, passer de 750 fcfa à 1000 fcfa le kg bord-champ, comme l'a laissé entendre le chef de l’État, est un bond qualitatif. Cependant, dira Kanga Koffi, ce prix ne satisfait pas complètement les producteurs qui, eux, espèrent atteindre la barre de 1500 fcfa le kg «Les facteurs de production nous reviennent très chers. En plus, nos plantations sont vieillissantes de sorte que le rendement en est affecté. A cela, il faut ajouter la dégradation des sols avec le phénomène de changements climatiques. Donc une fois qu'on déduit les frais de production, le planteur n'a plus rien. C'est pourquoi nous disons que 1500 fcfa peut aider les planteurs à vivre décemment», a-t-il commenté. Quoique, pour l'heure, ils veulent bien se contenter des 1000 fcfa si cela devrait être effectif.

Autre préoccupation, le Pca de l'Anaproci soutient que l'autre bataille à laquelle il va falloir faire face, si tant est que le gouvernement se souci des producteurs et est engagé dans un processus pour lui assurer une rémunération plus juste de son travail, ce sera de faire en sorte que le prix bord-champ garanti qui sera déterminé soit respecté, même dans les zones les plus reculées.

Le président du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d'Ivoire (Synap-Ci), Koné Moussa a aussi commenté l'annonce du chef de l’État. «Fixer le prix du kilo à 1000 fcfa serait une bonne nouvelle. Mais, j'accueille cette information avec beaucoup de réserve. Un citoyen lambda peut voir à travers cette annonce, un gouvernement qui pense aux producteurs. Mais pour nous qui sommes dans le secteur, nous restons méfiants, sceptiques et attendons de voir d'abord avant de croire. Parce qu'il ne faut pas oublier que nous sommes à l'orée de 2020 avec les élections présidentielles à venir», a estimé Koné Moussa, soulignant qu'une telle déclaration peut s'avérer être un «discours de campagne électorale». Raison pour laquelle il attend le 1er octobre 2019 avant d'y croire.

Elysée LATH

 

Encadré : Pourquoi les prix garantis bord-champ ne sont jamais respectés

C'est bien souvent que le gouvernement arrête des prix garantis bord-champ des produits agricoles d'exportation tels que le cacao, l'anacarde ou encore le coton, qui malheureusement ne sont pas respectés par les acheteurs sur le terrain. Qu'est-ce qui pourrait expliquer que ces derniers foulent au pied des décisions sorties d'un conseil des ministres ? Kanga Koffi, président de l'Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d'Ivoire (Anaproci), en tant qu'homme de terrain, pense qu'il y a plusieurs paramètres qui entrent en ligne de compte.

Un premier élément qui, selon lui, constitue l'une des raisons du non respect des prix bord-champ : c'est la négligence, et parfois même le double jeu des contrôleurs commis par le Conseil du café-cacao (Ccc) pour s'assurer que les exportateurs achètent le cacao au prix fixé par le gouvernement. Il explique en effet que ces derniers ne font pas le travail auquel ils sont affectés, ou se rendent complices des acheteurs véreux.

Un deuxième facteur qu'il faut regarder également de près, concerne les exportateurs mêmes. Notre source avance que ces derniers, parfois ne reversent pas aux intermédiaires la marge qui leur revient de droit. De sorte que ces derniers répercutent leurs manques à gagner sur les «pauvres planteurs». «Parfois, les intermédiaires nous disent qu'au lieu de 80 fcfa que les exportateurs doivent leurs reverser, c'est plutôt 50 fcfa qu'ils perçoivent. Du coup, eux, pour rattraper ce gap, achètent le produit à un prix en deçà de celui fixé par le gouvernement. Et puisqu'il n'y a pas d'agent contrôleur pour les contraindre à jouer franc jeu, ils font ce qu'ils veulent», a regretté le Pca de l'Anaproci.

Le troisième élément non moins important qu'il convient de relever qui constitue une entrave au bon fonctionnement du système de commercialisation du cacao, ce sont les rackets que subissent les acheteurs de la part des forces de sécurité. «Le racket continue d'exister dans les zones les plus reculées», a dévoilé M. Kanga. Selon les informations avancées par le Pca de l'Anaproci, des barrages illégaux sont érigés, notamment sur les tronçons routiers reliant les zones de productions aux villes portuaires que sont San Pedro et Abidjan pour rançonner les camions qui transportent le cacao. «Tous ces facteurs jouent énormément sur le prix d'achat aux producteurs», a-t-il relevé.

E. L.

 

Elysée Lath

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  • SOURCE: L'inter
Pétition LIBAN (2)

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