Anikpo Daniel (Méga-économiste) à propos de l'ÉCO: « ...des forces occultes ne veulent pas qu'il y ait une monnaie indépendante... »

Ce qu'il propose
Anikpo Daniel (Méga-économiste) à propos de l'ÉCO: « ...des forces occultes ne veulent pas qu'il y ait une monnaie indépendante... »
« Je propose que pour l'heure, nous ayons des monnaies nationales ». (Ph : Linfodrome)

Ancien leader du parti africain pour la renaissance ivoirienne de Paris, le ministre Anikpo Daniel est l'auteur d'un livre d'économie dont le titre est : Un nouveau modèle économique, la Méga-économie. Depuis un certain nombre d'année, il travaille à mettre en place les procédures pour l'industrialisation de la Côte d'Ivoire. Linfodrome l'a rencontré pour recueillir sa réaction sur la future monnaie de la Cedeao dénommée l'ECO.

Quel est le mécanisme de mise en place d'une monnaie ?

Pour créer un nouveau modèle économique, il faut avoir maîtrisé la question de la monnaie pour ce modèle.

Concernant le mécanisme de mise en place d'une monnaie, c'est un mécanisme général. Pour créer une monnaie, il faut avoir une Banque centrale, un État souverain qui dispose d'un budget pour son peuple et un programme prévisionnel de développement. C'est en fonction de tout cela qu'on crée la quantité de monnaie qu'il faut pour lancer l'économie.

S'agissant de la Côte d'Ivoire et la Cedeao dont la monnaie est déjà en vie, il s'agit d'une question de stratégie de développement.

S'agissant singulièrement de la Cedeao, peut-on dire que la procédure de mise en place de l'ÉCO a-t-elle été respectée ? De votre avis, cette monnaie peut-elle être disponible en 2020 ?

Il s'agit d'une procédure de remplacement d'une monnaie. On fait le passif de l'ancienne monnaie et on voit comment orienter la monnaie. Pour ce qui concerne l'ÉCO, je me rappelle lorsque j'étais ministre, en réunion au Mali en 2000, toujours pour la même question de création de monnaie, nous avions arrêté les dispositions pour que les pays de la zone Cfa commencent à régler les questions de convergence et que les pays anglophones se préparent pour nous rejoindre en 2005. On s'était donné 5 ans pour que la nouvelle monnaie soit créée. Je suis parti du Gouvernement, et aujourd'hui nous sommes en 2020. Je peux dire, en tirant les leçons de cette disposition, que ce n'est pas aujourd'hui que la nouvelle monnaie a commencé. Mais, il y a toujours des forces occultes qui ne veulent pas qu'il y ait une monnaie indépendante des pays francophones. Et, ce sont ces forces occultes qui n'agissent pas à visage découvert, mais qui sont aux commandes, soit en Europe ou en Côte d'Ivoire, qui font qu'on n'a jamais de monnaie.

Un pays qui n'a pas de monnaie souveraine ne peut pas concevoir une politique indépendante de développement dans l'intérêt de son peuple.

L'ÉCO n'est-il pas un Franc cfa bis ?

J'ai écris à des journaux pour attirer l'attention de tous ceux qui auront à décider sur le Franc cfa, en particulier les présidents qui devaient se réunir à Abuja, au Nigeria, sur le fait qu'il ne faut pas qu'ils nous reproduisent un Franc cfa bis. Parce que quand je lis le rapport des ministres, beaucoup d'éléments montrent que c'est le nom seulement qui va changer.

Qu'est-ce qui vous motive à dire que c'est un Franc cfa bis ?

Le premier indice est qu'ils allaient cibler sur la maîtrise de l'inflation. Mais, c'est la clé du Franc cfa ! L'élément qui fait que les pays africains ne peuvent pas s'industrialiser, c'est le fait qu'on fait une politique de lutte contre l'inflation au détriment d'une lutte pour le développement. C'est la clé du Franc cfa. Qu'une monnaie ait une parité fixe ou une parité flexible, ça dépend de la politique économique. Mais, se donner comme objectif économique de lutter contre l'inflation pour un pays sous-développé, je trouve que c'est grave parce que c'est la monnaie seule qui permet de guider notre politique macro-économique.

Vos propositions ?

Une monnaie efficace ne peut se créer que dans deux conditions. La première condition, il faut être un État souverain, avoir une Banque centrale, un budget unique.

Dans le monde, nous avons deux hypothèses de monnaies fédérales. La mauvaise monnaie fédérale, c'est l'Euro. C'est une monnaie qui a une seule Banque centrale. Mais chaque pays est indépendant. C'est une cacophonie qui ne peut jamais sortir les européens de la léthargie, de l'impuissance monétaire et financière. C'est un exemple à ne pas suivre. Malheureusement, d'après ce qu'on est en train de nous dire, c'est ce mauvais exemple qu'ils veulent que l'Afrique suive, sans tirer les leçons. Pas seulement la leçon de la politique, mais la leçon théorique. Parce que l'économie ne conçoit pas qu'une monnaie soit gérée dans un cadre où il n'y a pas de souveraineté. Parce que la monnaie, elle-même, est une souveraineté.

Le meilleur cas, c'est le cas américain, le dollars, une monnaie fédérale. Aux États-unis, les initiatives monétaires échappent aux 52 États. L'initiative monétaire relève de l'État fédéral. Dans ce cas, la monnaie joue son rôle. La monnaie américaine ne peut pas être refusée à Dallas et être acceptée à Washington.

Quand je regarde le cas de la Cedeao, elle a des États indépendants et ils décident qu'ils vont créer une monnaie fédérale. Mais, la monnaie fédérale ne peut pas aller avec des États indépendants ! Ça sera une cacophonie à la manière de l'Union européenne.

Pourquoi ?

Parce que le différentiel de développement entre les États est tellement large et grand que ce que nous allons décider en Côte d'Ivoire n'ira pas avec le Niger ou le Nigeria. Donc, nous allons nous retrouver devant des problèmes complexes. C'est la raison pour laquelle je propose que pour l'heure, nous devons avoir des monnaies nationales. Parce que les monnaies fédérales, sans les conditions qu'il faut (on n'a pas une Banque centrale fédérale, on n'a pas un État fédéral, on n'a pas une même monnaie). Tous ces problèmes, on ne peut pas les résoudre et on va encore sacrifier les populations. Donc, faisons la coopération entre les États africains. Accélérons la coopération et l'industrialisation des pays africains. L'unité de l'Afrique doit être basée sur son développement.

Les réserves à la Banque française.

La Chine est puissante parce qu'elle a la plus importante réserve d'or pour couvrir sa monnaie. C'est la valeur des réserves qui fait la force des économies. Une économie ne peut pas fonctionner comme en Côte d'Ivoire où pendant 60 années, on s'endette pour faire l'économie. Une entreprise qui se crée et qui doit s'endetter chaque jour, elle va disparaître !

On n'a pas besoin de parler de nos réserves à la Banque française. La Banque française est une banque qui fait la politique de la France, les intérêts de la France et des citoyens français. Nous ne pouvons pas laisser notre argent dans les mains des autres pour qu'ils fassent leur politique à eux, sous prétexte qu'ils défendent notre monnaie.

L'ÉCO sera là bientôt. Qu'est-ce que vous proposez pour que cette monnaie soit profitable à l'ensemble des populations ?

Si on fait un vrai changement de monnaie et qu'on voit ceux qui savent gérer l'économie, il y a trois grands avantages. On peut industrialiser notre pays. L'économie ivoirienne deviendra une économie entre les mains des Ivoiriens. Les populations seront heureuses. Si nous avons notre monnaie, on ne peut pas faire comme le Franc cfa l'a fait jusqu'aujourd'hui, c'est-à-dire financer que 25 % de notre capacité de production.

Irène BATH

 

Irene Bath

|

  • SOURCE: Linfodrome
Previous ◁ | ▷ Next
 

Videodrome

Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte