Attaques contre l'huile de palme

Guy Alain Gauze (expert des matières premières): «Ce sont des stigmatisations sans fondement»


12/06/2013
L'ancien ministre de l'agriculture, Guy Alain Gauze prend une part active au forum sur l'huile de palme, qui a lieu à Abidjan (Ph : Diomcelest)
A la faveur du premier congrès africain de l'huile de palme qui se tient depuis lundi 10 juin dernier à Abidjan, nous avons rencontré l'ancien ministre de l'agriculture, Guy Alain Emmanuel Gauze. Dans cet entretien, l'expert explique les attaques récurrentes contre l'huile de palme.

Quel est l’intérêt d’un tel forum aujourd’hui?

Moi j’ai été sollicité ex-qualité parce que j’ai assumé des responsabilités importantes dans le secteur des matières premières du commerce extérieur de la Cote d’Ivoire, d’une part et je suis toujours dans le secteur des commodity a l’international puisque j’apporte mon expertise. Dans le cas d’espèce, ce congrès vient à point nommé, parce qu’il faut le placer dans son contexte historique et dégager une perspective historique. Vous aurez constaté que depuis quelque temps, l’huile de palme fait l’objet de stigmatisation à travers le monde, singulièrement dans les pays occidentaux. Stigmatisation dans ses dimensions productions, du fait de ses impacts supposés sur les écosystèmes, les écotypes d’environnement. Donc cela met en exergue la sensibilité écologique et environnementale de l’huile de palme.

Dans ses dimensions nutritionnelles et santé publique, l’huile de palme est tout aussi stigmatisé au motif que sa consommation serait à l’ origine de certaines pathologiques graves, maladie cardiovasculaire entre autres, mais tout cela n’est pas prouvé. Ce matin encore des scientifiques assermentés développaient des thèses contraires, tant à ses affirmations qui sont superficielles.

En traversant certaines régions de la Côte d’Ivoire, on aperçoit des collines entières occupées par des Palmiers à l’huile. Est-ce vrai de dire que le palmier à l’huile participe à la déforestation?

Mon point de vue en tant que praticien, docteur agricole, l’huile de palme, le palmier à l’huile à l’instar de toutes les spéculations agricoles, a une sensibilité écologique environnementale. Lorsque vous voulez faire du cacao, vous êtes obligé de coloniser des massifs forestiers, qu’ils soient primaires ou pas. Si vous voulez faire de l’anacarde, vous êtes obligé de coloniser des espaces appropriés. Donc toutes les spéculations agricoles et même les spéculations minières, ont une sensibilité écologique. Seulement, la production de la culture de l’huile de palme, ne conduit pas à une déforestation systématique. En Côte d’Ivoire, ce sont des espaces déjà emblavés, cultivés, dégradés qui sont utilisés.

Rarement nous avons vu des plantations de palmier à l’huile s’installer dans les tourbières, dans les forêts primaires, parce qu’en Côte d’Ivoire, les forêts primaires relèvent des espaces classés protégés. Certainement qu’ailleurs sur d’autres continents, notamment en Asie du Sud-est, il y a eu des espaces qui ont été décapés, où la déforestation a été prononcée. Et c’est ce qui justifierait cette attaque ciblée sur l’huile de palme, mais dans une approche globale générique, on fait des amalgames. En Côte d’Ivoire, je suis du secteur, cette stigmatisation dans sa dimension écologique environnementale n’a pas sa raison d’être.

Comment comptez-vous contrer ces campagnes qui de temps en temps s’apaisent et se ravivent?

Oui, c’est normal, Nous sommes dans la globalisation, la modernisation, nous sommes aujourd’hui dans un monde planétaire où le commerce est libéralisé dans tous les sens. Et c’est la compétition qui s’installe.

L’huile de palme à l’instar des autres huiles, à la même structure physique. Elles ont pratiquement les mêmes structures moléculaires, c’est-a-dire du point de vue chimique, l’huile de palme, l’huile de Soja, l’huile de tournesol, ce sont les mêmes structures moléculaires. Sauf que l’huile de palme est l’oléagineuse la plus demandée dans le monde. Il y a une espèce de croissance exponentielle d’huile de palme qui a été observée dans ces dix, quinze, vingt dernières années. Et c’est l’huile la plus demandée dans le monde.

Donc nous, nous considérons que les attaques de stigmatisation sous les trois angles que j’ai énoncés tanttôt, elles sont tout simplement marketing. Il faut apporter une réponse appropriée, avec des arguments techniques, comme le font les scientifiques, du point de vue de la valeur nutritionnelle de l’huile de palme, du point de vue du moindre risque pathologique de l’huile de palme. Et apporter également des réponses appropriées, en indiquant que l’huile de palme n’est pas la seule spéculation agricole qui suscite la colonisation massif forestier des forêts primaires.

Toutes les spéculations agricoles le font en quelques portions. Et indiquer qu’en Afrique, la déforestation systématique n’est pas le fait de plantation de palmier à l’huile. Ça c’est le deuxième angle. Le troisième angle qui est d'ordre social, c’est que l’huile de palme, pour nous Africains est un facteur de socialisation en terme de production. Parce que lorsque, les plantations sont insérées dans des zones de production, en accord avec les populations, les plus values générées par ses plantations sont redistribuées dans le cadre des coopératives agricoles.

Nous avons une loi coopérative agricole en Cote d’Ivoire qui date de 1993, qui permet de fédérer les populations dans des zones de production. Et de plus en plus ces coopératives agricoles intègrent les petits exploitants agricoles du secteur du palmier à l’huile. Et nous attendons à la faveur de ce congrès faire en sorte que dans la dimension écologique et environnementale d’une part, dans la dimension santé publique, sanitaire et nutritionnelle, et enfin la dimension sociale, les réponses appropriées soient apportées à tous les détracteurs de l’huile de palme. Mais vous savez par ailleurs que depuis 2009, la Banque Mondiale avait mis un moratoire sur ses financements dans les nouvelles plantations de palmier à l’huile. Il vient de lever ce moratoire.

Donc nous allons saluer le retour de la Banque mondiale dans le secteur du palmier a l’huile en Afrique. Mais la Banque mondiale revient dans le secteur avec une démarche nouvelle, moi j’appelle démarche évolutive qui prend en compte tous les aspects du développement durable, c’est-à-dire la dimension écologique, environnementale, la dimension sociale, la dimension économique, la dimension sanitaire. Mais tous ces éléments énoncés par la Banque mondiale dans son nouveau cadre et la nouvelle stratégie de la SFI, pour les engagements nouveaux dans le secteur du palmier à l’huile, on se l’est approprié, nous producteurs africains.

Donc nous ne sommes pas dans une position antinomique avec la Banque mondiale, c’est déjà une première réponse. Et nous saluons le retour de la Banque mondiale dans la filière, parce que le retour dans le secteur va entraîner massivement le retour du secteur privé. Parce que comme vous le savez, ce ne sont pas aujourd’hui le gouvernement qui finance les plantations. Ce sont des actes privés étrangers comme nationaux. Nous avons ça et là, des éléments, des atouts pour apporter des réponses appropriées à toute cette stigmatisation de l’huile de palme dans les angles que j’ai énoncés tout à l’heure.

Propos recueillis par Bertrand GUEU

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de linfodrome.com, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

Bertrand Gueu

|

  • SOURCE: L'inter

1 | 2

 

Videodrome