Félix D. Bony

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  • SOURCE: Linfodrome

A la Haye !

Il n'y a l'ombre d'aucun doute. C'est l'événement majeur de la semaine. Au-delà de la frontière ivoirienne, c'est toute l'Afrique, voire tout le monde entier qui a les yeux tournés et les oreilles tendues vers la Cour pénale internationale (Cpi). A la Haye ! Tous à la Haye ! Pour connaître de la suite du procès des plus célèbres pensionnaires du pénitencier de Scheweningen. Les ex-dirigeants ivoiriens, plus exactement l'ex-président, Laurent Gbagbo, et son dernier ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, ancien leader de la ''Galaxie patriotique'' en Côte d'Ivoire.

L'ex-tenant du pouvoir ivoirien et son poulain retrouve le box des accusés, ce lundi 1er octobre 2018, dans un état d'esprit bien différent des sentiments qui ont du les animer durant les longues journées d'audiences et les moins interminables de détention qu'ils ont vécu.

Le procès de Laurent Gbagbo et Blé Goudé reprend, non plus pour continuer à auditionner la centaines d'autres témoins non encore entendus – témoins du reste des mis en cause -, mais pour une audience dite d'acquittement. C'est-à-dire, un face-à-face anticipée entre les avocats des mis en cause et le Bureau procureur, Fatou Bensouda pour jauger de la nécessité ou non de poursuivre ce procès après plus de deux années d'audition des témoins à charge présentés par l'Accusation.

A la demande des équipes de Défense des deux prévenus, jugeant insuffisantes les preuves contre les ex-dirigeants ivoiriens pour continuer leur procès en cours, la chambre de première instance de la CPI a accordé, le 4 juin 2018, le droit de demander l’acquittement de leurs clients.

Le juge-président de la Chambre devant laquelle ils comparaissent, l'Italien Cuno Tarfusser, a accédé à cette requête, qui ouvre une nouvelle épisode de l'un de ces procès les plus suivis par l'opinion africaine.

Pour Laurent Gbagbo Charles Blé Goudé et leurs partisans, jamais ils n'auront été si près d'un espoir de sortir de la prison. Dans le camp des ex-tenants du pouvoir, on croise les doigts. On multiplie les prières et les invocations pour qu'il en soi ainsi. Que les porte des murailles de la Haye s'ouvrent et que les pensionnaires partis d'Abidjan commencent à nouveau à humer l'air frais de la liberté.

Certains pour la plupart que ce sera le dénouement du procès en faveur de leurs leaders, c'est la grande mobilisation déjà, en Côte d'Ivoire comme en Europe, sur la Haye. Un milliers de personnes annoncées. Tous voulant être des témoins d'une probables et plus que jamais possible libération du fondateur du Front populaire ivoirien (Fpi). L'opposant historique d'Houphouët-Boigny, parvenu au pouvoir et déchu par la suite.

Dans l'euphorie pour certains et la méditation pour d'autres, ils sont des millions d'Ivoiriens et d'Africains qui suivront la suite des débats depuis la Haye. Pendant toute cette semaine, les causeries ne tourneront autour de ce procès et de ces péripéties nouvelles. Un bien vrai sujet polarisant, alors que devraient battre leur plein les campagnes pour les prochaines élections locales.

D'ailleurs, certains candidats n'en sont pas dupes. On en a entendu qui ne manquent plus de faire un clin d’œil au gros pensionnaire de la Haye. Comme pour tenter de séduire les partisans de l'ex-régime.

Il est clair, bien de ces prétendants aux sièges des municipalités et région n'hésiteront pas à revoir les axes de leurs discours. Qui, pour tirer profit d'une éventuelle libération ou non de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, dont la reprise du procès prévu pour durer jusqu'au vendredi 06 octobre prochain, va peser sur ces campagnes électorales. Nul doute que le verdict des juges de la Cpi attendu probablement avant le scrutin fixé au 13 octobre suivant, fera sujet de campagne. Cette campagne rythmée, elle-même par les adversités au sein de la même famille des Houphouëtistes autrefois unis contre les prisonniers de la Haye.

Tandis que l'espoir galvanise les partisans de l'ex-régime déchu, en effet, dans les rangs du pouvoir actuel, ce n'est pas la joie. La bonne entente a foutu le camp. Cette belle entente qui a permis de venir à bout, quand ils en avaient eu besoin, de l'adversaire commun chassé loin du pouvoir.

Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) bat de l'aile. Quoique transformée en parti unifié au pouvoir, l'ex-coalition politique n'est plus que l'ombre d'elle-même. Amputée d'un gros morceaux qu'est le Pdci-Rda d'Henri Konan Bédié et recomposées avec des morceaux de partis politiques légalement reconnus, mais dont la légitimité reste malgré tout à prouver.

Le débat politique ivoirien a changé de paradigme. Il ne s'arrête plus au schéma classique entre pouvoir et opposition qui se combattent. Désormais, il s'anime plutôt en interne, entre des ex-alliés qui se livrent batailles. Paradoxe ! Un combat fratricide qu'observe aux aguets l'opposition, elle-même, en mal de son unité.

Réconciliation ! Tout le monde en parle. Mais, personne ne semble en appréhender les actes qui y conduise. Ni au Fpi où Affi N'guessan et Abou Drahamane Sangaré se disputent la légitimité, ni au Rhdp où Alassane Ouattara et Bédié ne se parlent plus, encore moins entre pouvoir et opposition. Une atmosphère purulente, à 24 mois des prochaines joutes présidentielles. Comme si les années perdues après la crise post-électorales de 2011 n'ont servi à rien. Situation quasi-identique. Avec un pouvoir fort face à une opposition aux abois. A la recherche d'une nouvelle trouvaille pour rebondir.

Dans la foulée, l'idée d'une autre plate-forme est envisagée, voire lancée. Comme en 2005, on entrevoit la naissance d'une nouvelle coalition. Une fois encore entre des bords opposés au rapprochement jamais imaginé. Comme c'était le cas entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattata, les pires ennemis d'hier. Mais, l'un des plus illustres de ces acteurs ivoiriens ne disait-il pas que la politique est l'art de l'impossible ! Impossible n'est pas politique, dira un autre. Les faits en témoignent. A l'image de la libération, le 06 août 2018, de l'ex-Première dame Simone Gbagbo, par une décision d'amnistie d'Alassane Ouattara, président de la République.

Une libération pourra-t-elle en appeler un autre ? Là aussi, rien n'est impossible. Sauf que cette fois-ci, ça se passe à la Haye. Et ici, seuls les juges tranchent ! Apparemment ! C'est ce que le monde entier aura à jauger cette semaines. A vos critiques !

 

Félix D.BONY

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