Coulibaly Vamara

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  • SOURCE: Linfodrome

Bonne et heureuse année à toutes et à tous !

Rideau sur 2018, dans quelques heures. Bonjour 2019. L’année qui s’achève a été pleine en émotions, riche en symboles, tant la pesanteur des évènements qui l’ont marquée était lourde. Décès en cascade au Front populaire ivoirien (Fpi), libération de quelque 800 prisonniers de la crise post-électorale de 2010, fracture entre Alassane Ouattara et son allié Henri Konan Bédié, élections locales ensanglantées, rapport incendiaire des ambassadeurs de l’Union européenne sur la gouvernance d’Alassane Ouattara auront été les faits saillants de l’année 2018.

Les Ivoiriens sortent d’une année difficile dans un pays confus. Un pays aux problèmes politiques trop compliqués où les intérêts personnels des acteurs politiques se contrefichent de l’éthique… Un pays qui semble avoir perdu son âme démocratique, avec la naissance du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), auquel son président, Alassane Ouattara, veut faire intégrer de gré ou de force des Ivoiriens. Les enjeux et les symboles sont colossaux, d’où l’esprit de ruse et de duperie qui anime les uns et les autres.

Dans cette affaire du Rhdp unifié, l’attitude de certains responsables politiques incarne la duperie et l’escroquerie. Ce qui a fait dire à Adama Bictogo (Rhdp) qu’il «ne sera plus possible, au soir du 26 janvier 2019, de s’appeler Konan, le lundi, Diabaté, le mardi et Beugré, le mercredi… Des gens font de petits calculs ». Avant tout, saluons la mémoire de ces hauts dignitaires politiques proches de Laurent Gbagbo, issus du Front populaire ivoirien (Fpi), qui ont été rappelés à Dieu, dans des circonstances plus ou moins ténébreuses. Telle une malédiction lancée du ciel, la mort s’est abattue sur de hauts dignitaires du parti fondé par Laurent Gbagbo. C’est le célèbre animateur de radio, Pol Dokui, qui ouvre la série noire. Il est décédé en exil à Cotonou, au Bénin le 6 juin 2018.

Cinq morts en deux mois, et non des moindres, dans la même formation politique, le Fpi. Le 29 août 2018, Firmin Kouakou, ancien directeur général du Fonds de régulation du café-cacao (Frc), casse la pipe. Suivront, le Samedi 8 septembre 2018, l’ancien ministre de la Santé de Laurent Gbagbo, Professeur Abouo N’Dori, Marcel Gossio, ex-DG du Port autonome, dimanche 21 octobre 2018, qui succombe à une attaque cardiaque. Bis repetita ! Abou Drahamane Sangaré, vice-président et président par intérim de l’aile dite dure du Fpi, meurt le samedi 3 novembre 2018.

Le dernier de cette série noire qui frappe le Fpi est l’ancien ministre Zacharie Séry Bailly, décédé le dimanche 2 décembre 2018. Que leurs âmes reposent en paix. Du fait d’une rupture brutale entre Henri Konan Bédié et son ex-allié, Alassane Ouattara, avec des conséquences imprévisibles sur la paix et la stabilité du pays, ce sont des Ivoiriens anxieux et affolés qui s’apprêtent à ouvrir la porte de l’année 2019…Que nous réservent les jours, semaines et mois à venir, s’interrogent les Ivoiriens et amis de la Côte d’Ivoire. Néanmoins, un retour sur le chemin parcouru par la Côte d’Ivoire en 2018, en particulier sur le segment touchant la reconsolidation de la cohésion nationale et la réconciliation, oblige à reconnaître que le régime a posé des actes importantissimes.

Le plus emblématique a été l’ordonnance d’amnistie prise par le chef de l’État, Alassane Ouattara, le 06 août 2018, à la surprise générale. Cette amnistie, qui touche 800 exilés et «prisonniers politiques», a vu la libération de Simone Ehivet Gbagbo, Lida Kouassi Moïse, Assoa Adou, Tcheidé Jean-Gervais et bien d’autres, en particulier des Gbagbo ou rien (« GOR ») poursuivis ou condamnés pour des infractions en lien avec la crise post-électorale de 2010 ou des infractions contre la sûreté́ de l’État commises après le 21 mai 2011, à l’exclusion des personnes en procès devant une juridiction pénale internationale, ainsi que de militaires et membres de groupes armés. L’amnistie éteint l’action publique, efface toutes les condamnations prononcées et met fin à toutes les peines principales et complémentaires. Cette mesure a eu une résonance telle qu’après sa sortie de prison, Simone Gbagbo a reçu, à sa résidence, des centaines d’Ivoiriens venus lui dire «yako». C’est dire que le chef de l’État a été au rendez-vous d’une grande attente de son peuple.

S’il a été en phase avec les Ivoiriens, pour ce qui est de l’amnistie, il s’est, en revanche, brouillé avec Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-rda), à propos du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix ( Rhdp). Suite à un tête-à-tête entre les deux hommes, mercredi 8 août 2018, au domicile du chef de l’État, le Pdci a annoncé qu’il se retire du processus de mise en place d'un Parti unifié dénommé Rhdp. Il y avait, depuis plusieurs mois, un silence entre les deux hommes sur fond de tension politique liée à la création de ce parti. HKB veut un Rhdp sous la forme d’un groupement. Alassane Ouattara, lui, veut un Rhdp qui tue et avale les autres formations, y compris la plus historique, le Pdci-Rda fondé par Houphouët-Boigny.

Sacrilège, crie-t-on au Pdci. HKB, qui fait confiance à son jugement et sa perception des choses, ne se laisse pas marcher sur les pieds. Il revient alors à la charge et officialise le divorce, voire la rupture, avec son allié. « Pour notre part, nous n’irons pas à la création d’un autre parti en dehors du Pdci-Rda. Nous sommes et nous demeurons dans le Pdci-Rda. Tout le reste ne nous concerne pas. L’Assemblée générale constitutive annoncée, pour lundi, d’un parti unifié ne concerne pas le Pdci-Rda ». Dans cette dynamique, il lance l’idée d’une plate-forme politico-sociale, qui brasse large. Il est rejoint aujourd’hui par Guillaume Soro, président de l’assemblée nationale et Laurent Gbagbo, selon ses propres révélations.

Les leaders politiques les plus significatifs du pays, Pascal Affi N’Guessan, Mamadou Koulibaly, Aka Ahizi, Françis Wodié, Anakay Kobena et autres Danièle Boni Claverie sont séduits par l’idée de Bédié. On voit aujourd’hui que deux blocs, dans la perspective des élections de 2020, sont en train de se composer…Et cela s’est vérifié lors des élections locales, qui ont été ensanglantées et endeuillées. Là aussi, la Commission électorale indépendante (Cei) a étalé, au grand jour, tout le mal que l’on pense d’elle. Alassane Ouattara, Amadou Gon Coulibaly ou encore Mabri Toikeusse ont beau démentir avoir versé 100 millions de Fcfa aux candidats indépendants et leaders politiques pour rejoindre le Rhdp, il reste que beaucoup d’Ivoiriens sont convaincus du contraire… L’annulation du congrès ex-extraordinaire du Pdci et du bureau politique de ce parti par le tribunal d’Abidjan n’a en rien entamé la détermination du «Sphinx de Daoukro».

Aujourd’hui, en dépit des opérations de rafistolage menées par «des gens qui ne veulent pas perdre leurs postes», selon Bédié, la crise entre Alassane Ouattara et le président du Pdci-rda a atteint le stade de non-retour. Au point où plusieurs cadres issus du Pdci-rda dont un ministre, en l’occurrence Thiery Tanoh, ont été limogés. Même si quelques consciences annoncent que cette aventure du Rhdp portée à bout de bras par Alassane Ouattara va finir dans le mur, le chef de l’État, lui, y croit fermement. A la veille de 2019 et au regard de ces faits bien alarmants, ce sont des Ivoiriens affolés, angoissés et anxieux, tétanisés par la peur du lendemain qui entrent dans cette nouvelle année.

Mais, la peur du lendemain n’est pas seulement liée à la crise entre Bédié et Ouattara. Le pays, il faut le dire, donne de l’insomnie, tant les inégalités se sont accrues entre les riches et les pauvres. Le chômage, endémique reste l’un des grands fléaux qui affecte les Ivoiriens, en particulier les jeunes diplômés. Depuis l’éclatement de la crise entre le Rhdp et le Pdci le phénomène du «si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi» a pris une ampleur sans précédent en Côte d’Ivoire. Le concept noble et essentiel du vivre ensemble a été relégué à l'état de rébus. L'insulte, l'amalgame, les insinuations douteuses et la rhétorique fumeuse ont remplacé la pensée de paix qui caractérisait les habitants du pays d’Houphouët-Boigny.

L’enrichissement dans la facilité de l'immédiateté est perceptible partout. La bonne gouvernance est un vœu pieux, les attributions de marchés de gré à gré étant toujours de mise, insuffisance de politique sociale. Et, le rapport très acide rendu public cette année par les ambassadeurs de l’Union européenne accrédités en Côte d’Ivoire, qui a mis les autorités en boule, est là pour nous dire que ce pays n’est pas encore sorti des sentiers battus. La notion du respect du bien commun a été évacuée et remplacée par la corruption endémique.

C’est le lieu, pour nous, de féliciter la Cour suprême pour les décisions courageuses qu’elle a rendues au moment où une partie des Ivoiriens qui pensent, à tort ou à raison, qu’elle est aux ordres du régime, lui ont retiré sa confiance. Que cette nouvelle année vous apporte santé et bonheur, épanouissement personnel et professionnel! Et que, grâce à vous, 2019 soit une grande et belle année pour les publications du Groupe Olympe. Bonne et heureuse année 2019 à toutes et à tous.

 

 COULIBALY Vamara

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