En route pour la Côte d’Ivoire: 8 tonnes de cocaïne saisies en Bolivie

4 suspects interpellés à Abidjan
09/02/2016
(Photo d'archives pour illustrer l'article)
C’est une saisie record que les autorités boliviennes ont réalisé le 14 janvier dernier.

Ce jour-là, exploitant des renseignements, la police bolivienne parvient à localiser avec précision 80 tonnes de sulfate de baryum naturel (barytine), un produit utilisé pour le forage des puits de pétrole. La cargaison se trouvait dans quatre conteneurs, dont trois dans la ville de Yacuiba, à la frontière avec l’Argentine, et un dans la ville de Santa Cruz. Rapidement, l’un des camions transportant la barytine est intercepté et des échantillons du produit sont envoyés au laboratoire pour analyse. L’analyse approfondie par chromatographie gazeuse, dont les résultats seront connus le 16 janvier, révèle que le sulfate de baryum est contaminé à la cocaïne. En clair, les 80 tonnes de barytine dissimulaient 8 tonnes de cocaïne. Dès lors, les trois autres camions seront interceptés à leur tour par la force spéciale bolivienne de lutte contre la drogue. Dans leurs investigations, les agents découvrent que la cargaison suspecte appartient à la société Tafotexbol, une entreprise officiellement spécialisée dans la commercialisation et l'exportation de produits minéraux et des produits biologiques, laquelle s’apprêtait à l’exporter vers la Côte d’Ivoire. Dans le cadre de saisie baptisée ‘’Opération Tafotex’’ la Force spéciale bolivienne de lutte contre la drogue note dans son rapport qu’aucune exportation de cette société vers la Côte d’Ivoire n’avait été officiellement enregistrée, avant la saisie du 14 janvier 2016. Et l’itinéraire que devait emprunter le produit, de la ville de Santa Cruz à la ville frontalière de Yacuiba en passant par l’Argentine et l’Uruguay où la cargaison devait être embarquée pour le port d’Abidjan, en rajoutait au caractère suspect de la transaction. Sans oublier le coût de l’exportation qui a aussi éveillé les soupçons des services boliviens.

La traque des suspects et leurs complices

Un suspect, Marco Antonio Arámbulo Peñarrieta, est arrêté le même jour. Ses complices, Nieves Rojas Tellez (propriétaire de l'entreprise), Wilsedo Machado Medrando, Juan Carlos Zeballos et Conrado Ruiz Botero, étaient en fuite et activement recherchés par les services boliviens, au moment où leur rapport parvenait aux autorités ivoiriennes par le biais des services internationaux de coopération en matière de lutte contre la drogue. Aussitôt le dossier transmis, les Douanes ivoiriennes se saisissent de l’affaire pour retrouver l’entreprise destinataire de la cargaison suspecte. En effet, le rapport des services boliviens mentionne que les 80 tonnes de sulfate de baryum naturel sont destinés à l’entreprise Abidjan Import Prestation et Services. Les investigations conduites par le commandant de la Subdivision de lutte contre les stupéfiants ne tarderont pas à porter leurs fruits. Le commandant Gaha Léhi et ses hommes, en plus de localiser l’entreprise citée dans ce trafic, interpellent quatre individus, dont le premier responsable de la société. Selon nos sources, les suspects reconnaissent être liés à la société qui existe bel et bien quelque part à Abidjan, mais nient être mêlés à un quelconque trafic de cocaïne. En début de semaine dernière, ils ont été mis à la disposition du procureur et répondront devant les tribunaux dans les jours à venir, pour permettre de faire toute la lumière sur cette cargaison de 8 tonnes cocaïne que les experts ivoiriens évaluent entre 80 et 100 milliards F Cfa.

Sortir des chemins de la drogue

Aujourd’hui, le principal souci des autorités douanières, avec à leur tête le fraîchement promu général Issa Coulibaly, est d’isoler la Côte d’Ivoire des différents chemins qu’emprunte la drogue (cocaïne) exclusivement produite en Amérique latine. A eux seuls, le Pérou, la Colombie et la Bolivie produisent plus de 1000 tonnes de cocaïne par an, dont le quart est à destination de l'Europe. Au cours des dernières décennies, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante où transite la cocaïne venue d’Amérique latine par les voies maritimes et aériennes, avant d’être écoulée en Europe et en Asie. Selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (l’Onudc), 18 tonnes de cocaïne auraient transité par l’Afrique de l’Ouest en 2010. Les chiffres, selon les experts, sont en constante augmentation au fil des ans. Si des pays comme la Guinée Bissau, la Gambie, le Sénégal, le Mali et les pays maghrébins sont régulièrement cités, cette dernière saisie opérée en Bolivie démontre que la Côte d’Ivoire n’échappe pas à ce fléau. Et c’est en renforçant la présence de ses experts dans les réseaux internationaux de lutte contre la drogue que la Côte d’Ivoire entend tirer profit de la stratégie qu’adoptent de plus en plus la France et certains pays européens. Celle qui consiste à effectuer les saisies au plus près des pays qui produisent la cocaïne, pour constituer une sorte de bouclier protégeant leurs territoires...

Hippolyte OULAÏ

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