Williamsvile : Les révélations sur les derniers instants de Bouba, avant son enlèvement


Traoré Aboubakar Sidick dit Bouba, garçonnet de 4 ans, a été enlevé au domicile de ses parents, à Williamsville, le samedi 24 février 2018. Pour être livré en pâture, le même jour, à un satanique sacrifice, dans une broussaille, à Angré-Djorobité. Crime au nom de quoi ? Certains justifient le crime par une quête de richesse, quand d'autres parlent plutôt d'une course au pouvoir.

Une bien lugubre affaire, qui interpelle plus d'un. Et chacun veut savoir les motivations réelles d'un tel crime. En tout cas, pourquoi, comment et qui sont ceux, en dehors de Sagno Étienne, l'exécuteur présumé, qui se cachent derrière une telle atrocité ?

A ces préoccupations, nous tentons de trouver des réponses. Et cela nous amène à investiguer. Ainsi, le jeudi 1er mars 2018, après la levée du corps, nous rencontrons une jeune dame, dans ce quartier de Williamsville, où toutes les conversations ne sont focalisées que sur le crime commis sur le petit garçon.

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Une jeune dame, pas encore toute proche de boucler ses 20 ans, à qui nous attribuons les initiales S.S.M. Si nous la rencontrons, ce n'est pas par le fait du hasard. Elle a partagé, le samedi 24 février 2018, les derniers instants sur terre, du petit garçon.

Avant Bouba, le bijoutier passe un bon moment avec un bébé. Selon notre interlocutrice, ce jour-là, après qu'elle a fait vacciner son bébé, Sagno Étienne alias Papiss, qui deviendra l'un des acteurs clés de cette macabre affaire, lui prend son môme. Pour dit-il, le calmer. Elle ne s'en inquiète pas, parce qu'elle connaît ce jeune bijoutier dont l'atelier est contigu à son lieu de commerce à elle.

Avec l'enfant, on voit Sagno Étienne qui s'éloigne. Et ce, jusqu'à son domicile situé vers le marché de Williamsville. Une fois là, il s'enferme avec l'enfant dans sa piaule. Mais comme le gosse, qui a le corps qui chauffe, n'arrête pas de pleurer, il ressort avec lui de son réduit, et le ramène à sa maman. On le verra plus tard,  ce môme est un sacré veinard. Il est environ 13h.

 Les instants d'après, on revoit Sagno, que les gosses du quartier appellent affectueusement, « Tonton bonjour », avec en sa possession, un jus de fruit. Ce sachet de jus, il le remet à Bouba, à qui il chuchote quelque chose à l'oreille. Qu'a-t-il dit exactement à l'enfant? On ne le sait pas. Entre-temps, le garçonnet qui donnait dos à la nourrice S.S.M., se retourne et lui fait un sourire. C'était le dernier sourire de Bouba. Après quoi, on voit le petit enfant cheminer au côté de Sagno Étienne. Où vont-ils ? Personne ne se pose cette question. Pourquoi se poserait-on d'ailleurs cette question ? Le bijoutier est connu de tous comme un gentil jeune homme. Mieux, il est comme un membre de la famille Traoré dont est issu Bouba.

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Une famille qui lui a accordé l'hospitalité. De fait, selon plusieurs sources, le bijoutier à qui la porte des Traoré lui est ouverte, partage des fois le repas de ces derniers. On apprend même que voulant se convertir à la religion musulmane, c'est au chef de famille qu'il s'adresse, pour le guider dans la réalisation de son vœu. Donc, comment douter d'une telle personne, quand on la voit s'éloigner avec un enfant de cette famille ? Il n'y a pas vraiment de raison.

Et pourtant ! On aurait dû, avec la suite des événements. En effet, aux environs de 14h, la mère de Bouba, également nourrice, cherche son petit garçon. Elle s'adresse à notre interlocutrice, qui indique avoir vu à l'instant Bouba, au côté de quelqu'un, un homme dont elle ne se souvient plus, exactement.

Notre jeune interlocutrice poursuit pour dire que plus tard, dans la soirée, revenue d'une cérémonie, elle se rappelle de ce que c'est effectivement avec « Tonton bonjour », qu'elle a vu l'enfant. Comme elle, d'autres personnes confirment également avoir aperçu le bijoutier flanqué du petit Bouba.

Mais, on va beau chercher les deux. En vain. Même au domicile de Papiss, situé à des centaines des mètres de son lieu de travail, au bas de l'immeuble abritant le domicile des Traoré, ils n'y sont point. Et jusque tard dans la soirée, toujours pas de traces d'eux.

Et voilà que l'on revoit le lendemain dimanche, au quartier, Sagno Étienne. Mais sans le gosse. La police est saisie et l'homme est interpellé. Il nie avoir été en contact avec Bouba la veille. Il ne s'arrête pas là. Il demande à ce qu'on fasse venir la jeune dame S.S.M. Et que celle-ci, selon lui, pourra témoigner de sa probité morale. Lui qui se présente comme un homme qui ne peut nullement se permettre l'enlèvement d'un enfant.

Et il s'appuie sur un élément pour réfuter l'accusation d'enlèvement. Cet élément-là, est que lui Papiss a fait balader l'enfant de S.S.M., avant de le lui ramener tranquillement. En clair, s'il voulait enlever un enfant, il l'aurait fait avec ce gosse. En tout cas, très sûr de son affaire, il insiste et envoie quelqu'un appeler la jeune dame nourrice.

Dans son entendement, cette dernière devrait le présenter comme quelqu'un de propre, en confirmant qu'il a bien fait balader son gosse à elle, avant de le ramener. Mais à la question de savoir s'il a obtenu de la nourrice, la permission d'aller promener le bébé, l'homme confus, répond par la négative.

Des témoignages qui vont perdre le bijoutier. D'autres témoins indiquent, eux aussi, avoir aperçu Sagno Étienne, en compagnie du petit Bouba. Et à divers endroits d'ailleurs, ce samedi-là. Une autre source viendra quasiment le clouer au pilori. Cette source-là note que, par deux fois au moins déjà, le bijoutier a été accusé d'avoir tenté de faire des sacrifices humains.

D'ailleurs, des plaintes contre lui, dans ce sens, sont enregistrées à la police. Notamment celle de son ex-conjointe qui l'a convoqué pour lui avoir fait une proposition indécente. A savoir sacrifier leur enfant, contre la somme de cinq millions de F Cfa. Refus catégorique de sa femme qui le quittera simplement.

Des témoignages sérieusement accablants contre Sagno Étienne, qui va toit de même nier tout en bloc son implication dans la disparition du garçonnet. Personne ne le croit et il est gardé à vue. Des aveux révoltants. Mais voilà que plus tard, sans qu'on n'y comprenne grand- chose, l'accusé va faire des aveux dans les locaux du commissariat de police du 11ème arrondissement. En indiquant que, c'est bel et bien lui qui a enlevé Bouba. Et de conduire les policiers à Angré-Djorobité, dans la commune de Cocody.

Sur les lieux, dans une broussaille, il livre la terrible scène de la mise à mort du môme. Il explique donc qu'il demande au naïf enfant, de passer devant lui, afin que lui, le suive. Et lorsque le garçonnet obéit et a le dos tourné, il lui empoigne lâchement le cou et l'étrangle. Il termine la macabre besogne en égorgeant le pauvre enfant. La suite, on la connaît.

Les autorités compétentes font exhumer le corps de sa victime. Puis, Étienne Sagno, âgé de 27 ans, est conduit dans les locaux de la Police criminelle, pour continuation de l'enquête. Aux dernières nouvelles, le vendredi 2 mars 2018, Sagno Étienne a été déféré devant le parquet, afin de répondre des faits pour lesquels, il est poursuivi.

 

Madeleine TANOU

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Madeleine Tanou

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  • SOURCE: Soir info
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