Agboville : Pour protester contre le bradage de la parcelle de foret de son défunt père, un jeune homme se tue en se jetant dans un puits


07/07/2019
Agboville : Pour protester contre le bradage de la parcelle de foret de son défunt père, un jeune homme se tue en se jetant dans un puits

Le jeudi 4 juillet dernier, à Grand-Yapo, bourg de plus de cinq mille âmes situé à 12 kms au sud du département d’Agboville, les populations ont vécu un réveil horrible. Le jeune Kouassi Yapi Martial, la trentaine abordée, a servi aux siens ainsi qu’à toute la population un spectacle désolant. Il s’est donné la mort en se jetant dans le puits de la maison familiale.

Selon les informations qui nous sont parvenues lors de notre passage dans le village, ce jeune homme qui passe pour être un garçon doux, docile et humble, est titulaire du baccalauréat depuis 2010. Le marché de l’emploi étant une denrée rare, Kouassi Martial comme des milliers d’autres diplômés doit sa vie grâce à de petites activités génératrices de revenus.

En l’espèce, nos sources soulignent qu’il est très ambitieux. De fait, en attendant de trouver un job stable, le jeune homme campe sur deux projets. La gestion d’une cabine téléphonique dont il est propriétaire dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire et surtout la gestion de la parcelle de terre qui représente l’héritage que lui a légué son défunt père.

Toujours selon nos sources, ces derniers temps, l’activité de Martial a connu un bémol. Le bailleur de sa demeure et son gérant de cabine ont été arrêtés sur plainte de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) pour un contentieux portant sur la somme de quatre cent cinquante mille francs. Le jeune entrepreneur remue ciel et terre et finit par obtenir la libération des deux hommes contre paiement de ladite somme. Mais alors qu’il pensait être sorti de l’auberge, Martial va subir un autre coup dur.

C’est depuis Abidjan où il réside, que des bouches indiscrètes l’informent de ce que son patrimoine foncier d’une teneur de cinq hectares a été bradé par son oncle Kouassi Parfait contre la bagatelle de deux millions cinq cent mille francs. Martial, fonce dès lors au village où il entend apporter une vive protestation à la transaction. Dès sa descente du véhicule le transportant, Martial est accueilli avec la confirmation de la triste nouvelle. Appuyé dans son action par quelques parents, le jeune homme oppose un refus catégorique à l’oncle qui en plus d’avoir vendu sa propre parcelle, a bradé celle de son neveu à un cadre du village.

Pour lui, pas question de céder son lopin de terre dont la situation géographique lui inspire le morcellement et le lotissement pour contribuer au projet d’extension et de développement de la bourgade. En tout cas, on l’entendait dire « Ou je meurs ou alors mon oncle me restitue ma propriété foncière. Mieux, il rappelle que l’Etat a interdit de telles transactions »

Des jours passent. Et, l’infortuné bachelier ne trouve pas solution à sa requête auprès de son oncle. Il décide de passer au plan B. C’est ainsi que le mercredi 03 juillet, il s’ingurgite deux boites de G6 (produits très toxiques servant à entretenir les cultures pérennes). Malheureusement, au lieu et place de la mort subite qu’il recherchait, ce sont des brulures liées aux viscères et des douleurs atroces qu’il subit. Puis, à 22 h, alors que toute la maisonnée s’est endormie, le pauvre Martial se jette dans le puits de la cour familiale.

Plus tard, ne le voyant pas dans son lit, tous se lancent à sa recherche. Aucune réponse à l’appel de son nom. Martial n’est nulle part. Après cette fouille nocturne infructueuse qui mène jusqu’à la lisière du village, les parents et amis décident de remettre le couvert le lendemain matin au réveil. Dès 4h, les lève-tôt renouent avec les investigations. Une disparition jugée curieuse.

C’est alors qu’une mémère trouve l’intelligence de porter son attention sur le puits. Elle y lance le crochet que l’on utilise pour repêcher la puisette au fond du puits. Les multiples tentatives s’avèrent payantes vue que l’outil métallique s’est solidement accroché. Impuissante devant l’épreuve, la mamie fait appel à du renfort. Enfin, le macchabée de Martial flotte sur l’eau. C’est la consternation. La gendarmerie alertée, s’est rendue dans le village pour effectuer le constat d’usage. Les pompiers, quant à eux, ont retiré le corps du puits. En pareille circonstance, comme l’exige la tradition, la dépouille de Martial a été ensevelie sans autre forme de procès. Une enquête a été ouverte pour cerner les motivations réelles de cet acte ignoble.

 

Célestin KOUAME

(Correspondant régional de l’Agnéby-Tiassa et de la Mé)

Celestin KOUAMÉ

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  • SOURCE: Linfodrome

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