14e sommet de la Francophonie: Eclairage sur une organisation sujette à polémique


par Charles d’Almeida | Publié le 11/10/2012 à 22:10 | source : L'inter
Comme promis, Ali Bongo, le président gabonais (à g) a rencontré avant de se rendre à Kinshasa, son homologue rwandais Paul Kagamé (à d). Objectif : s'inspirer de son expérience de la langue de Shakespeare

Une vingtaine de dirigeants de pays ayant pour héritage la langue française, vont se réunir à Kinshasa, la capitale de la RDC, du 12 au 14 octobre prochain en présence du président français François Hollande. Eclairage sur un sommet et surtout une organisation qui suscitent beaucoup de polémique.

Néocolonialisme déguisé,  Françafrique bis, galaxie de pays dévoués à la France, que de gloses autour de l'Organisation Internationale de la Francophonie, (OIF), qui malgré tout, se réunit pour la 14e fois depuis le premier sommet présidé par François Mitterrand en 1986! Ironie  du sort, ce sont des  leaders africains, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Nigérien Hamani Diori, le Tunisien Habib Bourguiba et un asiatique, le prince Sihanouk du Cambodge, qui ont été les initiateurs de l'organisation.

En 1970 ces dirigeants ont mis sur pied l'Agence de Coopération Culturelle et Technique, (ACCT), l'ancêtre de l'actuelle OIF. Quatre décennies après, l'Afrique reste toujours très attachée à la langue de Molière. Sur les 56 pays membres de la Francophonie, le continent en compte 30. Abdou Diouf, le secrétaire général de l'OIF révèle qu'à l'horizon 2050, l'espace francophone comptera 715 millions d'âmes dont 85% seront en Afrique. La République Démocratique du Congo, (RDC), hôte de ce 14e sommet est le pays où l'on parle le plus français dans le monde. Peuplée aujourd'hui de 69 millions d'habitants, elle comptera plus de 150 millions d'habitants dans 40 ans. L'ancien président sénégalais qui dirige l'organisation, ne s'est pas trompé en affirmant que « l'Afrique est le futur de la Francophonie».

Pour ceux qui estiment que la Francophonie est une sorte d'acculturation, Abdou Diouf rétorque qu'il s'agit plutôt de complémentarité entre le Français et les langues africaines. Ces dernières, selon le secrétaire général de l'OIF, demeurent les langues de base des africains, le Français ne constituant que la langue de l'administration. Il a même conseillé, pour des raisons pédagogiques, que l'enseignement au cours des deux premières années du primaire, se déroule en langue locale. Ceci permet à l'enfant, dira t-il, de mieux apprendre le Français et d'avoir une scolarité plus  facile. La foi du secrétaire général de l'organisation dans la langue française, n'est pas partagé par tout le monde, y compris par certains chefs d'Etat pour des raisons qui n'ont souvent pas été clairement avouées. C'est le cas du Rwandais Paul Kagamé qui a décidé depuis quelques années de remplacer le Français par l'Anglais comme première langue du pays, après les langues locales. Les justifications d'ordre pratique évoquées par les autorités rwandaises cachaient mal les raisons politiques qui sous-tendaient cette décision.

En effet, la relégation du Français au second rang, est survenue après une brouille de Kigali avec Paris au sujet d'un rapport d'enquête de la France qui mettait gravement en cause le président Kagamé dans la destruction de l'avion du président Habyarimana, l'acte déclencheur du génocide. A la veille du sommet de Kinshasa, c'est le Gabonais Ali Bongo, dont le père, le défunt président Omar Bongo Ondimba était pourtant un fidèle ami des différents locataires de l'Elysée, qui jette un véritable pavé dans la marre francophone. En route pour Kinshasa, il a promis de s'arrêter à Kigali, et il l'a fait, chez  Kagamé son homologue rwandais, afin de copier son expérience de la langue de Shakespeare.

Pour l'opposition gabonaise, ce n'est qu'un coup de bluff du jeune dirigeant après les critiques de Paris sur sa gouvernance. Pour éviter la polémique, le secrétaire général de la Francophonie estime que chaque pays de l'espace francophone « a le droit de définir sa politique ». 42 ans après la création de l'Acct mère de l'OIF, l'organisation qui se voulait au départ plus culturelle qu'autre chose, est aujourd'hui très politisée. La France veut certes avoir en commun sa langue avec les autres pays, notamment ceux d'Afrique, mais elle veut également partager avec eux, les autres valeurs comme la démocratie, les droits de l'homme, la bonne gouvernance.

C'est justement là où il y a problème. François Hollande qui a décidé de faire le déplacement de la capitale congolaise malgré les critiques des organisations des droits de l'homme contre le régime du président Joseph Kabila, a promis de se pencher particulièrement sur le sujet. Ses remarques sur la situation politique du pays avant son départ pour le sommet, n'ont pas été du goût de Kinshasa. Le géant de l'espace francophone va t-il aussi menacer de tourner le dos au Français ? On n'en est pas encore là certes, mais  il est fort à craindre que la menace d'abandon du Français au profit de l'Anglais, constitue désormais une sorte de chantage que certains dirigeants seront tentés d'agiter, chaque fois qu'ils sont interpellés sur leur mauvaise gouvernance.

Mais à ce jeu, qui risque de perdre ? La France qui a légué à de millions de peuples une langue commune dans laquelle ils peuvent tous s'instruire et communiquer ? Ou plutôt ces peuples d'Afrique et d'ailleurs aux milles et un patois, qui risquent d'être atteint de « babelisme », cette confusion des langues dont Dieu avait frappé dans les temps bibliques, les fils de Noé pour avoir voulu élever jusqu'au ciel, une construction : la Tour de Babel.

 

Charles d'Almeida