20e sommet ordinaire de l'UA

Les vérités de Boni Yayi à ses pairs


par Charles d’Almeida | Publié le 29/1/2013 à 10:55 | source : L'inter
Les vérités de Boni Yayi à ses pairs
Le président en exercice de l'UA, le béninois Thomas Boni Yayi passant l'emblème de l'organisation à son successeur, Hailemariam Desalegn, son homologue éthiopien.

Avant de passer le flambeau à son successeur à la présidence de l'UA, le béninois Thomas Boni Yayi n'a pas manqué le dimanche 27 janvier, à l'ouverture du sommet, d'appeler ses pairs au respect scrupuleux du délai des mandats fixé par la Constitution de leurs pays. Un courage que nombre de ses prédécesseurs n'ont jamais eu, car n'étant pas souvent eux-mêmes des exemples.

Le 20e sommet ordinaire des chefs d'Etat de l'Union africaine aurait pu ressembler aux précédents, si le président en exercice sortant n'avait pas jeté un véritable pavé dans la mare. Cette fois- ci, un des membres de ce que les journalistes appellent ironiquement «le syndicat des chefs d'Etas africains», entendez l'ensemble des dirigeants du continent qui prennent part aux assises de l'organisation, a eu le courage de dire à ses homologues, les vraies causes de la plupart des conflits qui agitent l'Afrique: la mauvaise gouvernance.

Il est vrai, le président Boni Yayi n'a pas prononcé le mot qui fâche, mais lorsqu'il invite les dirigeants présents à ce 20e sommet à ne pas modifier la Constitution de leurs pays respectifs pour se maintenir au pouvoir, son intention est on ne peut plus claire. Hormis le Mali, la quasi totalité des dossiers chauds qui étaient sur la table des chefs d'Etat à Addis-Abeba, à savoir, la RDC, la Centrafrique, le Soudan, la Guinée Bissau, ont un dénominateur commun: le manque total de confiance des mécontents dans les institutions qui les dirigent.

L'appel du président sortant de l'UA qui n'est pas fortuit, devrait en principe permettre à l'organisation panafricaine d'anticiper sur d'autres crises latentes. Les chefs d'Etat concernés par l'appel de Boni Yayi sont ceux dont les mandats sont déjà arrivés ou arrivent à terme, mais qui soumettent la loi à des circonvolutions pour se maintenir à tout prix aux affaires. A Addis-Abeba, les dirigeants du continent se sont penchés sur la situation en RDC où le M23 risque de repasser à l'offensive si aucune solution sérieuse n'est trouvée aux revendications de la rébellion.

Malheureusement, le mini-sommet qui devrait se tenir sur ce pays, a été annulé au dernier moment. Le conflit centrafricain déjà évoqué lors d'une récente réunion à Libreville, était aussi au menu du sommet d'Addis. Mais Bozizé ne doit pas se faire d'illusion, son pouvoir ne tient qu'à un fil: le respect des engagements pris avec l'alliance rebelle de la «Seleka». Les frères soudanais ont eux aussi transposé leur différend dans la capitale éthiopienne. Pendant que les lampions s'éteignaient sur le 20e sommet, du feu couve dans d'autres pays du continent où des conflits latents peuvent éclater lors des prochaines échéances électorales.

C'est le cas du Togo où le collectif «Sauvons le Togo» s'oppose farouchement à la volonté de Faure Gnassingbé de rempiler après son second mandat. Au Burkina Faso, la situation est presque similaire. En 2011, Blaise Compaoré a été confronté, à la plus farouche contestation de son pouvoir vieux d'un quart de siècle. La rue peut encore se réveiller, s'il persiste à rester à la barre au-delà de son actuel mandat.

Enfin le même courage politique dont a fait preuve Boni Yayi doit aussi animer Hailemariam Desalegn, son homologue éthiopien qui lui a succédé. Celui-ci doit pouvoir dire haut et fort à tous ces «dinosaures» au pouvoir depuis plus d'une décennie, qu'ils doivent enfin passer la main. Blaise Compaoré du Faso, Paul Biya du Cameroun, Idriss Déby Itno du Tchad, Teodoro Obiang Nguema de la Guinée équatoriale, Sassou Nguesso du Congo, Robert Mugabe du Zimbabwe et bien d'autres, sont concernés. Si rien n'est fait, d'autres conflits viendront allonger la liste de ceux que l'UA tente actuellement de régler.