Tunisie

La Révolution des Jasmins : un ogre qui mange ses petits?


par Charles d’Almeida | Publié le 9/2/2013 à 0:0 | source : L'inter
La Révolution des Jasmins : un ogre qui mange ses petits?
L’avocat et farouche opposant, Chokri Belaïd, est tombé sous les balles assassines de radicaux dont les actes menacent de plonger la Tunisie dans le chaos. Photo AFP

Deux ans après le mouvement populaire qui a chassé Ben Ali du pouvoir, la Tunisie cherche toujours ses marques. Depuis quelque temps, des assassinats politiques viennent s’ajouter à une série de violences commises par les ultras du régime islamiste qui dirige le pays. La révolution des Jasmins serait-elle en train de manger ses enfants ?

Il y a deux ans que le parti islamiste Ennahda est au pouvoir en Tunisie, un Etat dont la laïcité n’a jusque-là jamais été remise en cause. Mais la venue des islamistes au pouvoir a plongé aujourd’hui ce beau pays dans une crise politique et sociale sans précédent. Les élections législatives sont toujours attendues faute d’un consensus sur la Constitution. A ce blocage politique, s’ajoute une inquiétante crise sociale. Les salafistes, un démembrement rigoriste des islamistes, attaquent mausolées, bars, salles de cinémas, artistes, syndicalistes, installant ainsi une grave crise sociale. Une atmosphère aussi délétère ne pouvait qu’aboutir au pire.

En octobre 2012, Lotfi Naguedh, un opposant, est battu à mort dans le sud du pays. Avant-hier mercredi 6 janvier, c’est un farouche opposant aux islamistes et partisan convaincu de la laïcité, l’avocat Chokri Belaïd, 48 ans, secrétaire général du Parti des Patriotes démocrates, qui est abattu devant son domicile par des inconnus. L’homme avait reçu quelques jours plus tôt, des menaces de mort. Les milices du parti islamiste Ennahda, les fameuses « Ligues de protection de la révolution », sont pointées du doigt. L’attaque en décembre 2012 du siège de l’UGTT, le principal syndicat des travailleurs tunisiens, leur avait été imputée tout comme la bastonnade qui a coûté la vie à l’opposant Lotfi Naguedh.

Présent à Strasbourg en France, le jour de l’assassinat de Belaïd, Moncef Marzouki, le président tunisien qui s’exprimait devant le parlement européen, a rejeté « le message » que ces ultras ont voulu faire passer à travers leur acte. «Cet odieux assassinat est une menace, c’est une lettre envoyée mais qui ne sera pas reçue (…) Nous refusons ce message et nous continuerons à démasquer les ennemis de la révolution », avait- il déclaré. De son côté, le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi que la famille de la victime accuse de ce meurtre, a nié l’implication de son mouvement, tout en affirmant que les auteurs veulent provoquer un bain de sang.

Mais quelles sont ces mains tapies dans l’ombre qui actionnent la machine de l’intimidation ; pis de la mort ? Cette question relève pour l’instant d’un véritable mystère. Le pouvoir cherche-t-il vraiment à les identifier ? Les fréquentes menaces de mort signalées par l’opposition au pouvoir islamiste, sont restées sans suite. L’idée qui apparaît de plus en plus évidente aujourd’hui, est que la révolution tunisienne est en train de devenir un ogre qui dévore ses petits. Entre le despotisme éclairé de Ben Ali qui a fait malgré tout de la Tunisie un pays émergent et la révolution des Jasmins qui est en train de plonger ce pays dans l’obscurantisme de l’islamisme radical, les Tunisiens s’interrogent.