ECONOMIELes révélations de géologues sur le pétrole ivoirien

Reportage/ Hydrocarbure

Les révélations de géologues sur le pétrole ivoirien


par Bertrand Gueu | Publié le 26/2/2013 à 7:25 | source : L'inter
Les révélations de géologues sur le pétrole ivoirien
Des étudiants membres de l'UNPG, lors des visites sur le terrain(Ph:B.G.)

Le pétrole ivoirien a une histoire. Pour la comprendre, des étudiants ivoiriens inscrits en géologie sont allés à sa recherche. En compagnie de leurs encadreurs, Prof. Siédou Touré et Dr Yao N'gorant Jean-Paul, tous deux géologues, respectivement à l'Université Nangui Abrogoua et à l'université Félix Houphouet-Boigny, ces jeunes ont visité l'histoire de la découverte du pétrole. Reportage !

Dimanche 24 février 2013, sous une chaleurs torride, 70 étudiants en géologie embarquent dans un bus. L'itinéraire choisi est celui d'Abidjan à Alépé, en passant par Grand-Bassam et Aboisso, sur les traces du pétrole en terre ivoirienne. Le choix n'est pas fortuit. En effet, c'est des roches sédimentaires que se forme le pétrole. Ce type de roches, qui n'occupe que 2 à 4 % du territoire national, est localisé essentiellement dans le bassin sédimentaire au sud du pays. A 8 Km de Samo, petite ville située entre Bonoua et Aboisso, le premier site visité a permis de mettre en évidence le mécanisme de la formation du pétrole.

Là, des roches, qui apparemment ne représentent aucun intérêt pour les nombreux automobilistes qui passent juste à côté, ont été présentées comme étant des éléments qui prouvent l'existence de traces du pétrole dans cette région. « Quand le pétrole n'est pas piégé, il remonte en surface dans des conditions où ce pétrole se dégrade, s'oxyde en libérant ses éléments volatiles », explique Dr Yao N'gorant Jean-Paul. Ce sont ces indices qui, dans les années 50, ont poussé des compagnies pétrolières occidentales à mener les premières explorations afin de déterminer s'il y avait des gisements exploitables au niveau de la Côte d'Ivoire.

Mais les forages faits à Port-Bouet 1, Vitré 1 et Vitré 2 ont révélé que c'était des puits secs, c'est-à-dire qu'ils ne représentent aucun intérêt commercial. Conclusion tirée par les experts européens : la Côte d'Ivoire ne peut pas produire du pétrole. « Les forages de ces puits coûtent cher, au moins 5 milliards de francs CFA pour un seul puits. Alors, forer quatre ou 5 puits sans rien trouver, vous voyez ce que cela représente. Ces sociétés ont rangé la clé sous le paillasson et ont conclu que la Côte d'Ivoire ne pouvait pas avoir du pétrole, parce que la technologie du moment ne permettait pas d'aller en mer pour forer », a indiquée le géologue.

En face de lui, des étudiants très attentifs à ses explications, qui touchent les roches qu'ils avaient à leur portée. De l'avis des experts géologues qui encadraient ces étudiants, la Côte d'Ivoire ne peut pas produire du pétrole dans sa zone onshore. Ceci, selon les explications du Prof. Siédou Touré, résulte du fait qu'il n'y a pas de sédiment dans la partie nord du pays. Malgré cette conclusion hâtive, la suite des événements viendra tout bouleverser. En effet, l'autre moment fort de cette histoire de l'or noir ivoirien peut être daté à partir de 1970, date à laquelle la Côte d'Ivoire va s'intéresser aux explorations offshore, c'est-à-dire en mer.

«  Dans les années 70, d'autres sociétés ont estimé que faire de l'exploration en mer était utile. C'est en cela qu'elles ont pu découvrir des gisements tels que les champs Bélier et Baobab. Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire développe plusieurs champs, à la fois pétroliers et gaziers », raconte Dr Yao N'gorant. Selon la légende, le premier président de la Côte d'Ivoire moderne, Félix Houphouet-Boigny, qui jusque-là s’abstenait de boire de l'alcool, a sablé son premier verre de champagne, pour manifester sa joie devant cette trouvaille importante. S'ensuivront d'autres découvertes, à savoir le gisement « Espoir » au large de Jacqueville, en 1979, le gisement gazier « Foxtrot » dans le bloc B1, en 1981.

Selon nos géologues, toutes ces découvertes augurent des lendemains meilleurs, surtout que les hydrocarbures produites en Côte d'Ivoire sont de qualité supérieure. «Le pétrole, normalement, contient des impuretés. Il y a ce qu'on appelle l'azote, l'oxygène et le soufre. Lorsque le pétrole contient de l'azote, ce pétrole est léger et offre une grande rentabilité, c'est-à-dire qu'on n'a pas besoin de fournir assez d'efforts pour pouvoir faire les découpages en produits finis », font savoir les experts en géologie. Qui ajoutent que l'or noir ivoirien est essentiellement vendu à des pays comme le Canada, à des prix élevés.

Mais, il y a un élément important relevé par ces deux universitaires. Il s'agit des équipements acquis par la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), qui placent la Côte d'Ivoire parmi les pays les plus en avance dans l'utilisation de cette technologie de pointe. Laquelle a un coût d'environ 300 milliards de francs CFA. En dotant la SIR d'un hydrocracker, Houphouet-Boigny voulait ainsi traiter le brut produit dans les autres pays à partir d'Abidjan. Il se raconte que ce sont les experts ivoiriens qui viennent de mettre en marche l'hydrocracker de la France.

Avec plus de 207 forages réalisés dans le bassin sédimentaire ivoirien qui a permis la découverte de huit (08) champs dont quatre (04) actuellement en production, Prof. Siédou Touré et Dr Yao N'gorant Jean-Paul sont unanimes sur un fait : la Côte d'Ivoire peut basculer dans les pays grands producteurs de pétrole. «  Le pays n'a pas encore exploité les gisements qui se trouvent en mer profonde. C'est maintenant qu'il y a des puits d'exploration du côté ouest du bassin. Il y a aujourd'hui un grand terrain inexploré en Côte d'Ivoire », révèlent-ils. Au regard de ce potentiel, la qualité des ressources humaines de manque pas.

Il suffit d'une volonté politique clairement affichée. Et pour ces étudiants qui écoutaient attentivement leurs enseignants, l'espoir est permis, surtout avec ces sociétés pétrolières qui frappent aux portes du ministères des Mines, du Pétrole et de l'Energie. « Mais, il va falloir régler le problème des stages, car après les diplômes, nous avons des difficultés à mettre en pratique les théories reçues à l'école », rétorque Timité Marc William, président-fondateur de l'Union Nationale pour la Promotion des Géosciences(UNPG) ; une association d'étudiants en géologie créée le 9 octobre 2012.

Bertrand GUEU(Envoyé spécial)