VIE POLITIQUEDr Daniel Aka Ahizi, président du PIT sans détour «C'est une honte que Gbagbo soit à la Haye»

Grande interview du mois

Dr Daniel Aka Ahizi, président du PIT sans détour «C'est une honte que Gbagbo soit à la Haye»

« Ouattara doit démissionner du RDR »
par Félix D. Bony | Publié le 24/6/2013 à 0:0 | source : L'inter
Dr Daniel Aka Ahizi, président du PIT sans détour  «C'est une honte que Gbagbo soit à la Haye»

Ancien ministre de l'Environnement et des Eaux et Forêts, Dr Daniel Aka Ahizi est le président du Parti ivoirien des travailleurs, à l'issue du dernier congrès de ce parti. Le successeur du Pr Francis Wodié, interlocuteur de la ''Grande interview du mois'' de L'inter, ne donne pas dans la langue de bois quant à toutes les questions marquant l'actualité du pays. Face à face avec le leader politique qui défraie la chronique du moment en Côte d'Ivoire.

 

 

 

Président, si on vous demandait de définir le PIT aujourd'hui, que diriez-vous?

 

Le PIT a, aujourd'hui, 23 ans. C'est un parti créé lors du grand mouvement du multipartisme en 1990. Officiellement, nous étions le tout premier parti de l'opposition contre le PDCI. C'est un parti qui s'est fixé d'emblée à gauche, pour des valeurs de gauche, des valeurs qui portent sur l'homme.

Nous partons du fait que l'économie, le développement se fait par l'homme, mais aussi pour l'homme. L'homme est au commencement et à la fin. Il ne faut pas s'en écarter. C'est ça fondamentalement la mission d'un parti de gauche; faire en sorte que l'homme soit au centre et qu'il soit le premier bénéficiaire de toutes les richesses qui sont créées. C'est pourquoi nous sommes le Parti ivoirien des travailleurs. Dans l'analyse économique, globalement il y a deux facteurs de production.

A savoir le capital et le travail qui se combinent pour créer les richesses. Mais, une fois les richesses créées, on constate que c'est le capital qui est privilégié et le travail abandonné. Notre but est de faire en sorte que le travail soit rémunéré à sa juste valeur. C'est le travailleur qui crée les richesses et il doit bénéficier, en priorité, des richesses créées.

 

Le travail est au centre de la lutte du PIT, est-ce que votre parti a toujours respecté cette ligne qu'il s'est donnée depuis le départ?

 

Je dois avouer que nous nous sommes un peu écartés, dans la pratique, de cette vision. Sur le terrain, on ne nous a pas souvent vu aux côtés des travailleurs au point où les Ivoiriens, pour caricaturer le PIT, disent que c'est le parti des intellectuels. Comme dans leur entendement, les intellectuels ne sont pas des travailleurs, cela paraissait contradictoire. On se disait parti des travailleurs, mais on n'était jamais du côté des travailleurs. C'est une erreur dans la mesure où la compréhension n'a pas été développée à ce niveau, parce qu'un intellectuel est un travailleur dès l'instant qu'il n'est pas propriétaire d'un capital. Cela nous a desservis.

Pendant très longtemps, on est restés un parti d'intellectuels et nous n'avons rien fait pour être au quotidien aux côtés des travailleurs. Nous sommes un peu fautifs, et c'est tout cela que nous voulons redresser maintenant. Pendant nos actions, ces quatre années, nous allons faire en sorte qu'à chaque fois que les travailleurs auront une revendication, nous soyons en mesure de les porter au niveau politique. Voilà pourquoi nous avons participé à la fête du travail cette année. Nous avons déjà rencontré des syndicats. Nous étions du côté des enseignants quand ils étaient en grève, pour interpeller le gouvernement et lui dire de tenir compte de leurs revendications. Ce n'est pas pour déranger quelqu'un ou perturber pour le plaisir de le faire que les gens revendiquent ou font la grève. Heureusement qu'on a été entendu et ils ont eu quelques satisfactions.

 

Président, qu'est-ce que vous mettez dans le concept de travailleur? N'est-ce pas la mauvaise interprétation de ce concept qui fait que vous êtes confinés dans le cercle des intellectuels?

 

Le travailleur, c'est celui qui n'est pas propriétaire de capital. Il y a deux facteurs de création des richesses, le travail et le capital. Donc, il y a les propriétaires du travail qui sont les travailleurs, et les propriétaires du capital qui sont les capitalistes. Le travailleur, ce n'est pas seulement celui qui est en activité, c'est aussi celui qui n'est pas en activité, qui doit rentrer dans le processus de production. C'est celui qui n'a que sa force de travail à offrir. Ça devient complexe parce qu'il y a des Ivoiriens qui nous disent qu'ils ne travaillent pas, donc ils ne sont pas des travailleurs.

 

En termes plus simples, qui est travailleur? Le professeur, le paysan, le maçon, etc.?

 

C'est à la fois le professeur d'université qui n'a pas de capital, le manœuvre qui n'a pas de capital, le paysan qui n'a pas de capital, le jeune étudiant qui vient de terminer ses études qui n'a pas de capital et qui veut entrer sur le marché du travail, dans le processus de production. Il ne peut pas être capitaliste, parce qu'il n'est pas propriétaire de capital.

C'est complexe et nous en avons pris conscience. Nous avons même souhaité, au congrès, qu'on change de dénomination, qu'on ne parle plus de  l’appellation ''Parti ivoirien des travailleurs'' mais le ''Parti ivoirien du travail'', pour mettre tout le monde d'accord. C'est clair, l'étudiant fait des études pour chercher du travail, et même le capitaliste va dire qu'il travaille. C'est beaucoup plus facile à comprendre et c'est beaucoup plus rassembleur. Mais, j'ai été mis en minorité au congrès sur ce point et on a gardé ''Parti ivoirien des travailleurs''. Mais, je sais que ça pose problème. Cela va nous amener systématiquement, à chaque fois, à expliquer.

On passe le temps à expliquer et on ne va pas à l'essentiel. Mais, retenez simplement que les travailleurs, c'est tout le monde, tous ceux qui n'ont pas le capital, qui ne sont pas propriétaires d'un capital, qui ne sont pas héritiers d'un capital et qui n'ont que leur force de travail. Je parle de l'intelligence pour travailler dans un bureau, le manœuvre, le paysans avec ses outils. C'est une analyse assez complexe, une analyse marxiste qui n'est pas à la portée de tout le monde, même de nos dirigeants. Nous sommes un parti qui fait la promotion du travail. J'ai proposé cela mais ce n'est pas passé. Bon, on va continuer d'expliquer (…).

 

Au plan purement politique, on sait que le PIT est un parti de gauche. Avez-vous marché comme tel, surtout quand on entend parler aujourd'hui de RHDP plus PIT?

 

Ce sont des alliances qui ont pu se faire, mais ce n'est même pas une alliance en ce qui nous concerne. À un moment donné, il fallait choisir dans une situation particulière. Nous allons prendre le temps d'analyser tout cela. Nous allions faire un séminaire sur la question, pour savoir les alliances que nous pouvons faire. Il ne faut pas faire les choses à chaud, faire des choix qui peuvent quelquefois nous desservir.

 

Pensez-vous que cela a été une erreur?

 

Je pense que cela a été traité à chaud, on n'a pas eu suffisamment de recul. Chacun a pris la position qu'il a pu prendre et cela a divisé le parti. On n'a pas eu le temps de digérer.

En son temps, nous avions choisi majoritairement de soutenir le RHDP pour favoriser l'alternance, et puis il y a eu la confusion qui s'est faite après le départ du président Wodié. La direction, qui était là, pensait que le fait d'avoir soutenu le RHDP était une alliance. Ce qui n'est pas normal, ce n'est pas correct. Dorénavant, nous allons travailler sur les alliances, et aucune alliance ne se fera s'il n'y a pas une plate-forme minimale. C'est-à-dire que nous avons nos valeurs.

Du jour au lendemain, si nous devons nous mettre en alliance contre Alassane Ouattara, ça peut être notre objectif immédiat mais si demain Alassane Ouattara tombe, on fait quoi? C'est le problème du RHDP. Nous pensons que toute alliance doit se faire sur un minimum, et ce minimum, cette plate-forme minimale va nous permettre de faire un programme de gouvernement. Là, les choses sont préparées et c'est cohérent. Nous n'allons pas tout de suite nous engager dans des alliances que des gens nous proposent. Nous allons nous asseoir et voir ce qui nous unit, ce qui nous rapproche.

À partir de ce minimum qui nous rapproche, on peut, peut-être, développer un programme de développement pour créer une alternance par rapport au régime en place.

 

Beaucoup sont surpris qu'un parti socialiste se retrouve en alliance avec des idéologies contraires. On le voit en France, les partis politiques ne peuvent faire des alliances qu'à partir d'une base idéologique commune. Comment avez-vous compris cela, notamment avec les commentaires qui estiment  que cela a été un piédestal pour le président Wodié pour  se retrouver au Conseil constitutionnel ?

 

En France, il n'y a pas eu d'alliance, mais il y a eu quand même une mobilisation de tous les partis politiques pour une cause spécifique. Vous savez que Chirac a été élu à plus de 80% avec l'appui des socialistes, contre Jean Marie Lepen. Donc, on peut avoir des soutiens, des regroupements pour une situation spécifique.

Quand il s'agit par exemple de défendre le territoire, de défendre la nation, on ne va pas regarder la couleur politique de tel ou tel homme politique. Là, le regroupement doit se faire immédiatement.

Quand il s'agit de sauver la nation, de protéger l'essentiel, nous n'allons pas discuter sur ces bases. Mais maintenant, nous allons regarder. Prenons les partis et regardons ensemble ce qui s'y passe. Le RHDP est composé du PDCI, du RDR. Prenons ces deux-là seulement. Nous avons quel type de PDCI à l'intérieur du RHDP? Il se disent libéraux mais nous avons pris le temps de regarder. Il y a le PDCI d'Houphouët-Boigny avec sa vision libérale qui est totalement différente de la vision libérale de Bédié, qui est totalement différente de la vision libérale d'Alassane Ouattara. Mais, ils se disent libéraux tous les trois. Nous serons peut-être plus proches du libéralisme d'Houphouët-Boigny, et peut-être encore plus proches du libéralisme de Bédié que celui d'Alassane Ouattara. Pourquoi? Parce que le libéralisme d'Houphouët-Boigny, c'est l'État providence. Il le disait lui-même, ils ne sont pas des socialistes, mais ils font un socialisme des plus hardis, l'État providence. Le capital appartient quelquefois à l'État, à des privés, mais on met l'accent beaucoup plus sur le social. Il était très avancé en termes de socialisme.

Après, on a eu le capitalisme de Bédié où le tissu économique était essentiellement les PME. Et dans cette logique, il faut faire la promotion de ces entreprises ivoiriennes. C'est du libéralisme, mais il faut que l'économie soit maîtrisée par les Ivoiriens et par les PME puisque les Ivoiriens n'ont pas de grands moyens pour avoir des capitaux importants. Il s'agissait de faire la promotion des petits capitaux maîtrisés par les Ivoiriens et l'économie nationale.

Maintenant, on a le libéralisme motivé par les multinationales. C'est ce libéralisme qu’incarne Alassane Ouattara. Les structures multinationales sont des structures inhumaines. C'est la maximisation du profit qui intéresse ces multinationales. Elles s'éloignent de l'État et des populations. Elles viennent, font des richesses et repartent avec toutes ces richesses. Ce qui explique qu'aujourd'hui l'argent ne peut pas circuler en Côte d'Ivoire. Nous savons tous que quand les richesses sont créées, l'argent circule ; quand l'argent travaille, l'argent circule. L'argent rentre dans l'économie et circule. L'entreprise, qui travaille, a des salariés qui sont payés. Ceux-là vont sur le marché et consomment, et dont font circuler l'argent. Il a des fournisseurs que les magasins paient, les fournisseurs eux aussi paient leurs employés, ainsi de suite, et l'argent circule. Mais, pourquoi l'argent ne circule pas aujourd'hui? Ce sont les multinationales. Des sociétés qui sont pour la plupart des sociétés étrangères, créent la richesse chez nous et repartent avec cette richesse. Donc, l'argent ne peut pas circuler chez nous. Et c'est ce côté du capitalisme dominé par les multinationales qui nous crée des problèmes.

 

Au moment où on parle d'alliance, le FPI, qui est un parti de gauche comme vous, lance un appel par rapport à la gouvernance que vous décriez, à un autre sursaut pour sauver la patrie. Comment le PIT a perçu cet appel?

 

Nous prenons un peu de recul par rapport à ce genre d’appel, parce qu'on a compris. Le FPI a perdu le pouvoir et il veut tout de suite le regagner. Donc, on s'allie avec un parti fort pour faire tomber l'autre. Mais, ils ne se posent pas la question de savoir qu'est-ce qu'ils feront après. Est-ce qu'ils ont quelque chose en commun, est-ce qu'ils peuvent faire ensemble un programme de gouvernement cohérent pour l'intérêt de la Côte d'Ivoire? Ça, on ne se pose pas ces questions là. Cela ne nous intéresse pas pour le moment. S'unir systématiquement contre Alassane Ouattara, le tout contre Alassane Ouattara, ne nous intéresse pas. Si on veut s'approcher de nous, qu'on vienne nous dire : ''voilà ce que nous avons en commun'', ce que nous pouvons défendre en commun et ce que nous pouvons réaliser en commun.

Sur cette base, chacun apporte ses valeurs, ses principes, sa vision des choses et puis on s'assoit et on organise ce que nous pouvons faire ensemble. Mais, cette approche d'alliance quelquefois contre-nature pour arriver au pouvoir ne marche jamais, parce que les problèmes que nous avons aujourd'hui relèvent de ce type d'alliance depuis 1990. Ce sont ces trois leaders qui nous ont créés tous les problèmes. Nous l'avions suffisamment dit au premier tour des élections présidentielles, on ne nous a pas écoutés, mais ce sont les mêmes qui sont là. Les alliances qui se font, qui se dénouent, perturbent le fonctionnement de la société.

Pour preuve, hier c'était Bédié qui était en palabre avec Alassane Ouattara, Gbagbo qui était avec Alassane Ouattara pour faire le Front républicain. A un moment, on a vu avec le FPI qui simulait une alliance avec le PDCI pour barrer la route au RDR. On a vu avec Guéi Robert, une alliance entre le FPI et le RDR pour faire tomber Bédié. Aujourd'hui, on est dans une autre forme d'alliance pour faire tomber l'autre. On va continuer comme ça jusqu'à quand? Ce sont des alliances contre-nature dans lesquelles nous ne nous inscrivons pas. Ceux qui veulent discuter avec nous pour qu'on parte en alliance, qu'ils viennent pour qu'on s'asseye pour voir ce qui nous unit, pour l'intérêt de la Côte d'Ivoire et qui peut nous permettre de proposer un programme alternatif pour relever sérieusement et durablement le pays.

 

L'actualité, c'est aussi l'audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo. On a vu la déclaration d'insuffisance de preuves et le renvoi de l'audience en début de 2014. Comment suivez-vous ce débat au PIT?

 

C'est une honte pour notre pays que Gbagbo Laurent se retrouve à la Haye. C'est une honte pour l'Afrique qu'un président de la République de la trempe de Gbagbo Laurent, qui a dirigé ce pays pendant 10 ans, se retrouve à la Haye. C'est une humiliation qu'on fait subir à la Côte d'Ivoire et à l'Afrique. On ne peut pas se satisfaire de cette situation. Nous l'avons déjà dit. Mais, puisqu'il est déjà là-bas, il faut laisser la justice et la CPI suivre son cours. On a brandi cet homme comme le plus grand dictateur, le plus grand massacreur de son peuple. Aujourd'hui, on sort des documents pour nous dire que les preuves ne sont pas suffisantes. Le minimum nécessaire pour qu'il aille en procès n'est pas réuni.

Nous disons, à partir de là, qu'il faut faire en sorte que ce monsieur ne reste pas plus longtemps là-bas, surtout qu'il n'est pas en très bonne santé. Il faut le libérer, ne serait-ce qu'une libération provisoire, en attendant que les preuves complémentaires ne viennent pour voir si effectivement il doit aller en procès ou pas. Voilà notre position. Nous ne disons pas autre chose que la position de l'Union africaine (UA). C'est vraiment inacceptable que ce soient les Africains qu'on traduisent systématiquement là-bas. Et une fois qu'on les a traduits là-bas, plus rien. Mais, s'il n'y a pas de preuve, il faut cesser de harceler ce monsieur et le libérer.

 

Comment aurait-il fallu régler ce cas Gbagbo, selon vous?

 

Il aurait dû rester chez nous, on allait observer pendant un moment et si pour des intérêts de réconciliation, on devait régler politiquement la chose, eh bien on l'aurait libéré. C'est nous qui décidons. Si on devait le condamner, on allait le faire, à condition que ce soit une justice impartiale, parce que ce n'est pas lui seul. Et comme aujourd'hui, ce sont les gens du camp de Gbagbo qui sont traqués, qui sont jetés en prison, même chez nous ici, ce n'est pas normal.

Nous avons salué le fait qu'on ait sorti Amadé Ouérémi du Mont Péko, mais il ne faut pas le juger pour le simple fait qu'il soit rentré frauduleusement dans un parc. C'est très peu de chose. Il ne faut pas se contenter de cela, le code de l'environnement, sur ce point, n'a pas de sanction forte. C'est un an ou deux ans, avec, je crois, 5 millions de francs CFA à payer. Il ne s'agit pas de cela. C'est un criminel qui doit être jugé comme un criminel. Il y a aussi les gens pour qui il a combattu, donc il y a des responsables indirects qui doivent aussi être poursuivis. Si ça doit se faire chez nous, il faut que ça se fasse en toute transparence et dans une justice impartiale. Mais, nous sommes pour que ça se passe chez nous.

 

Êtes-vous de ceux qui pensent qu'il faut une amnistie pour booster la réconciliation?

 

Nous ne sommes pas pour l'amnistie générale. Mais à côté, nous sommes pour une justice impartiale, pas une justice à deux vitesses. Quand il s'agit des pro-Ouattara, on nous dit que la justice est au travail. Mais, pourquoi elle est rapide avec un groupe et lente avec l'autre groupe? Si elle est lente pour un camp, elle doit l'être pour l'autre camp. Et si elle est rapide pour un camp, elle doit l'être pour tout le monde. Il faut qu'on soit cohérent, soyons un peu sérieux nous-mêmes dans la présentation des choses.

 

Le principal challenge aujourd'hui, c'est la réconciliation dans le pays. Quel est votre regard sur la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR)?

 

C'est un travail difficile et pénible. Il fallait, une fois qu'on a mis en place cette commission, lui donner tous les moyens en homme et en matériel financier pour qu'il fasse ce travail sur une certaine période. C'est ridicule! On ne peut pas réconcilier des gens qui sont allés en affrontement, où il y a eu 3.000 morts, comme ça en deux ans. Non seulement on ne lui donne pas les moyens, on ne lui donne pas le temps, mais on crée à côté un programme de cohésion sociale. On ne sait pas à quoi ça rime, la mission de ce programme qui a deux fois plus de moyens, qui a une durée plus longue. Est-ce que de l'autre côté, on avait un nom qui ne s'inscrivait pas dans la logique de rattrapage et qu'il fallait créer une structure dirigée par une rattrapée? On se pose des questions.

 

Diriez-vous, comme d'autres, que les autorités ne veulent pas de la réconciliation?

 

On peut tirer rapidement la conclusion. Les observateurs n'hésitent pas à tirer rapidement cette conclusion. Si nous avons pris une ordonnance pour créer une commission aussi importante, la commission va travailler, on lui a donné un délai, elle fait son bilan, son rapport. Si on constate qu'elle n'est pas compétente, on remplace les hommes et la commission continue. C'est un travail de longue haleine. On peut trouver des hommes capables de réunifier ici dans ce pays, il ne faut pas chercher à politiser la chose. Pourquoi on est allé prendre M. Banny? Parce que c'est un ami, il est PDCI, il est RHDP. Ce domaine ne doit vraiment pas être politisé. Il faut faire en sorte que les Ivoiriens se retrouvent. Et puis, ce n'est pas seulement la mise en place de la commission, il y a des mécanismes qui conduisent à la cohésion.

Revenons au président Houphouët-Boigny, au niveau de la cohésion sociale. Moi, j'ai grandi à Odienné, mes meilleurs amis sont des gens du Nord. J'ai fait le collège d'enseignement général (CEG) d'Odienné et par rapport à ça, j'ai appris à connaître les gens d'Odienné. A l'époque, il y avait les internats partout, il y a avait un brassage qui se faisait. Déjà tout-petits on apprenait à vivre avec les autres. Et ça, c'était la politique du résident Houphouët-Boigny, qui nous a permis de nous connaître. Et puis, il y a eu  les fêtes tournantes aussi, qui ont permis non seulement de développer certaines régions, mais d'amener des Ivoiriens à aller découvrir telle ou telle région.

Au nom de je ne sais quoi, des ajustements structurels que quelqu'un nous a amenés ici, sans regarder et de façon mécanique, on a fait disparaître tout ça. On a tué quelque chose qui était essentiel, quelque chose qui était en train de nous amener vers une nation certaine. On était en train de créer la nation. Aujourd'hui, il ne faut pas se le cacher, la Côte d'Ivoire est divisée en deux. Ici, dans le Sud, le brassage se fait encore. Mais, au Nord, combien de gens du Sud peuvent aller espérer y être élus? Il n'est même pas pensable qu'on aille y être candidat. Pourtant, c'est la même Côte d'Ivoire. Donc, il y a quelque chose qui est cassé. Il faut qu'on ait des gens capables de revoir tout cela. C'est un travail de longue haleine.

 

Entretien réalisé par Félix D.BONY et Hamadou ZIAO

 

 

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Les vérités crues du président du PIT, Daniel Aka Ahizi

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