Interview

Corine Hazoumé : « La Côte d’Ivoire est un pays incontournable au niveau de la création et de la culture dans la sous-région »

« La Côte d’Ivoire a beaucoup évolué »
Ph DR

Précurseur de la céramique fine en Afrique noire, Corine Hazoumé est de passage à Abidjan où elle prépare minutieusement les 20 ans de Cer’Afrique. Membre d’un puissant réseau d’hommes de médias, l’ivoirienne est également très introduite dans plusieurs palais présidentiels où elle vend son expertise en tant que journaliste et communicatrice. Corine Hazoumé s’est confiée à Linfodrome où elle lève un coin du voile sur toutes ses missions non sans dévoiler les clés de ses succès.

Cela fait quand même un bon moment qu’on n’a plus vu Corine Hazoumé à Abidjan. Où étiez-vous tout ce temps ?

J’ai quitté Abidjan en septembre 2007. Je partais pour une exposition à Paris compte tenu du succès de la collection « Afrique lumière ». J’ai fait 10 ans de tournée avec plusieurs collections qui sont sorties après en 2009. Ces collections nous ont permis d’être présent au niveau de Lagos qui aussi nous a tiré jusqu’à l’UNESCO et RFI.  Après toutes ces tournées, j’ai pu revenir en Côte d’Ivoire qu’en 2012, c’est-à-dire après la crise pour consoler les acteurs de la culture. Je suis très tôt repartie sur Cotonou où on a ouvert « Cer’Afrique Cotonou » et ensuite sur Lagos où on a ouvert également « Cer’Afrique Lagos ».

 

Pourquoi votre base qui était en Côte d’Ivoire a disparu ?

En fait, il y a eu le braquage de Cer’Afrique qui a eu lieu un 1er septembre. Cela  a coïncidé avec mon exposition en France le 03 septembre qui m’a tiré un peu loin. Il y avait des prémisses de crise, ce qui nous a poussés à délocaliser les activités, mais rien n’est ‘’gâté’’ car la Côte d’ivoire c’est quand même 30 000 œuvres sur le marché mondial. Il faut savoir que dans le domaine de la céramique fine, au niveau de l’Afrique noire notamment, je suis précurseur. Ce qui fait que je n’ai pas forcement le parcours des autres mais je suis obligée d’être présente dans les ateliers. Pour s’installer, il faut ma présence. J’ai dû délocaliser un peu avant les élections. C’est vrai qu’on me dirait que j’ai fui le terrain pour avoir fermé le bureau d’Abidjan mais cela n’est pas totalement vrai puisque nous avions un atelier au Plateau Dokoui jusqu’en 2010. Toutefois, il faut qu’on sache je suis quand même journaliste donc on avait des alertes rouges, des plans d’urgence. Sinon, j’ai dû travailler en Afrique mais tout en continuant à soutenir ma base.

 

Après votre retour, comment voyez-vous l’évolution de la Côte d’Ivoire ?  

La Côte d’Ivoire a beaucoup évolué. C’est une capitale incontournable au niveau de la création et de la culture dans la sous-région. La Côte d’Ivoire est une grosse dynamique de productivité et de créativité donc c’est normal qu’après avoir installé Cer’Afrique Suède, Cer’Afrique Benin, Cer’Afrique Nigeria qui tournent maintenant en plein régime, qu’on puisse revenir reposer notre première base. Il y a de nouvelles autorités, des nouveaux talents qui émergent donc ce n’est plus comme il y a 10 ans. Ce marché, après 10 ans, il faut le reprendre et on est revenu sur le terrain pour se reconstruire, c’est important.   

 

Artiste que vous êtes, vous avez fait une immersion dans la politique au niveau du Bénin, n’est-ce pas ?  

Je suis au Conseil d’Ambassade, au Conseil de Présidence du Bénin depuis 2008. Nous sommes accrédités à la Présidence de France avec le réseau des journalistes africains de France. Nous étions au Conseil de trois présidences, notamment le Nigeria, le Benin et la France. Nous sommes remontés en 2017  au Conseil de la Guinée où nous avons la charge de la communication internationale. Nous avons aussi des pépites qui sont montées au niveau de la Présidence. Je profite pour saluer le professeur Alpha Kondé qui fait un très bon boulot au niveau de ce pays qui est la première base de Cer’Afrique.

Cer’Afrique est né en Guinée. C’est un peu la première terre qui nous a propulsé ensuite la Côte d’Ivoire nous a couronné et la France nous a totalement fait connaître sur l’échiquier international. Nous reprenons au niveau du Conseil car le Benin a changé de présidence depuis 2016, le Nigeria a changé depuis 2015, et la France depuis Sarkozy, nous ne sommes plus au Conseil. Nous recommençons à faire le réseautage donc nous sommes pour le moment au Conseil de la présidence du Guinée. Au niveau de la présidence de la Guinée, nous sommes consultés pour les différentes décisions par rapport à nos partenaires que nous avons sur le terrain. Nous montons aussi au niveau de l’Amérique Latine avec Nicolas Maduro, président du Venezuela et Evo Morales, président de la Bolivie au niveau de la recherche de la paix.

Notre mission au niveau du Conseil est d’apporter un certain nombre d’informations assez fiables par rapport aux indicateurs. En fonction des indicateurs sur le terrain, je fais un point et c’est à l’autorité de décider de venir investir, de venir faire du business, venir travailler où faire une visite officielle mais les questions sont de tous ordres.

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Qu’est-ce que vous prévoyez pour les 20 ans de Cer’Afrique en 2018 ?

On prévoit des actions avec nos partenaires. Au niveau de Paris, dès janvier 2018, nous prévoyons des présentations d’ouvrages. En mars, nous prévoyons un grand défilé show avec le pluridisciplinaire du Sénégal, Mike Sylla qui est une grande valeur au niveau de la mode africaine.  

Pour la Côte d’Ivoire, nous sommes en atelier, en travaux avec nos artisans, nous fédérons nos talents pour pouvoir proposer une collection pour les 20 ans de Cer’Afrique. Nous prévoyons Claire Bahi au niveau du spectacle et Singuila que nous sommes en train de démarcher. Dans ces 20 ans, ce qu’il faut savoir c’est que nous essayerons de faire une rétrospective de tous les événements qui ont marqué la vie de Cer’Afrique.

Comme pour dire que Corine Hazoumé n’a pas oublié la Côte d’Ivoire ?       

Je ne peux pas oublier les ivoiriens parce que nos liens sont très profonds. Cer’Afrique a ouvert sa première boutique en Zone 4 et son premier atelier en 2001 en Zone 4. Conakry, c’était en 1998, le Nigeria en 2004, la France en 2007 et le Benin en 2012. La plupart de mes clients et admirateurs sont en Côte d’Ivoire et mes frères aussi. Pour nos 20 ans donc, nous sommes entrain de préparer un programme alléchant pour la Côte d’Ivoire qui se fera autour d’un cocktail et dîner spectacle. Mon séjour à Abidjan est donc pour prendre le pouls de la situation et reprendre de nouveaux contacts. Cela dit, je suis contente de tous ces acteurs et promoteurs qui émergent. On sent une évolution et il y a une visibilité pour tous les acteurs et artistes et pout tous les promoteurs ivoiriens.  

 

Philip KLA

Coll : Philomène YAÏ (Stg)

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