Interview

A quelques heures du Festival d’Abobo : Kunta Mader (Animateur Fréquence 2) rompt le silence : «Il y a beaucoup d’intox’ autour d’Abobo»


Animateur-producteur audiovisuel, Kunta Mamadou alias Kunta Mader, boucle, cette année, 20 ans de carrière dans la radio. A Abobo, l’animateur sur la radio Fréquence 2 s’apprête à signer la 7ème page de son jamborée annuel dans la commune. Causerie…

A quelques heures de la 7ème édition du Festival des arts et de la culture d’Abobo (Festica), dont vous êtes l’initiateur, quel est l’état des lieux?

Tant que le festival ne s’est pas tenu, on est toujours sous pression. Il n’empêche que je suis positif, parce que je ne suis plus à la 1ère édition. Pour dire qu’au fil du temps, nous avons essayé de corriger les erreurs, rattraper des insuffisances, pour pouvoir avancer. Certes, à l’impossible nul n’est tenu, mais je suis prêt à donner le meilleur de moi pour que les choses se passent bien les 29, 30 et 31 décembre à Abobo.

 

Est-ce vrai que ce festival est comme une arme de guerre contre les préjugés qui, selon vous, écornent l’image d’Abobo?

Je crois qu’il faut retirer le mot guerre, parce que nous sommes dans une dynamique de donner à la commune d’Abobo l’image d’un havre de paix, tel qu’il est en réalité. Je m’inscris donc dans ce combat qui, sans verser dans la politique, a été initié par le premier magistrat de la commune, Adama Toungara, depuis son arrivée. Il est d’ailleurs le parrain historique de ce festival depuis 6 ans. Et dans cette optique, nous avons décidé, à notre niveau, que l’appellation ‘’Abobo la guerre’’ disparaisse des esprits et du langage commun. En clair, notre combat, c’est plutôt contre les préjugés d’insécurité qui collent à la peau de cette commune.

 

De quoi est-il question réellement, puisque c’est un secret de polichinelle qu’’’Abobo est risqué’’, comme le dirait l’autre ?

Figurez-vous que là, nous sommes aux portes de la 7ème édition de notre rendez-vous, qui draine un monde fou. Et jusque-là, nous n’avons jamais déploré des agressions et autres attaques tous azimuts dont on parle tant. Donc je suis très à l’aise pour dire qu’il y a beaucoup d’intox’ autour d’Abobo. En fait, contrairement aux autres communes d’Abidjan, Abobo ressemble à un gros village. Je dis d’ailleurs que c’est la Côte d’Ivoire en miniature, parce qu’on y retrouve toutes les régions du pays réunies. Mais, paradoxalement, au lieu d’être un avantage, cela est devenu comme un défaut dont souffre Abobo. Vu que c’est un gros village, dès qu’il y a un fait, les nouvelles partent très vite. Nous comptons aussi vraiment sur la presse, parce qu’il ne faut pas se fier à tout ce qui se raconte sur les réseaux sociaux. Il y a trop de manipulation, trop d’intox’ ! J’ai pu me rendre compte personnellement, et à plusieurs reprises, que très souvent, des faits divers, des agressions qui ont lieu dans d’autres pays, sont pris, détournés et collés à Abobo. Par ailleurs, l’insécurité dont on parle à Abidjan ne touche pas qu’Abobo. Toutes les communes d’Abidjan sont concernées, même Cocody. C’est vrai, les choses ont commencé chez nous, mais aujourd’hui, on est à l’aise pour dire qu’Abobo est l’une des communes les plus sécurisées du district d’Abidjan. Parce que nous avons connu et commencé à combattre le phénomène de ces enfants en conflit avec la loi bien avant toutes les autres communes d’Abidjan qui le découvrent seulement maintenant.

 

En 6 années de ce combat, quelles satisfactions avez-vous obtenues?

Un exemple, en 2011, j’étais à Paris et j’ai vu sur le marché des CD vidéo sur la crise que le pays a vécue intitulés «Abobo-Bagdad, la guerre». Deux ans après, lorsque je suis retourné, je suis tombé sur des Dvd produits par un certain Fofana Production. Et là, je vois «Festica: Abobo a fait son festival», avec sur la pochette du Dvd la photo d’Affou Keita et de moi. J’ai tenté de joindre, en vain, le producteur. C’est une image forte pour dire qu’on a marqué un coup. Les images de guerre ont été remplacées par celles de la culture. Et la culture étant un langage universel, moi, je veux l’utiliser pour briser les barrières, tuer les préjugés autour de la commune. Et, petit à petit, on y arrive, parce qu’à la première édition, par exemple, certains artistes ont beaucoup hésité ou refusé carrément de venir faire un spectacle à Abobo. Mais aujourd’hui, ce sont eux-mêmes qui nous appellent pour participer au Festica.

 

Qu'est-ce qui vous fait courir tant pour l'image d'Abobo?

Rassurez-vous, je ne cherche pas à être un homme politique à Abobo. Seulement, je veux être un fils de valeur de cette commune. J’ai toujours refusé d’être un animateur-producteur bling-bling, qui se fait remarquer partout, tout le temps dans la presse à scandale, mais plutôt une personne remarquable de par les actes qu'il pose. Lorsque j’initiais, par exemple, la fête des pères, tout le monde se plaignait, arguant que les pères sont nonchalants. Mais aujourd’hui, quand on parle de la célébration des pères en Côte d’Ivoire, on parle de moi. J’en suis fier. C’est ainsi que je veux marquer mon passage ici-bas, par mes activités culturelles. A Abobo, j’accompagne les actions culturelles du maire Adama Toungara. C’est un monsieur qui a eu pitié de moi et décidé de m’aider, sans même me connaître. Je le souligne parce qu’avant lui, j’avais sollicité des personnes, qui ont refusé de m’aider. Mais lui a vu que le festival avait un impact sur sa population. Il a décidé de m’accompagner. Mais tout cela s’inscrit toujours dans ma vision culturelle, je suis totalement apolitique. Parce qu’oser lancer un festival en 2011 à Abobo, sur les cendres encore brûlantes de la crise post électorale, dans une commune qui n’était pas encore totalement pacifiée, il faut avoir un brin de folie pour le faire.

 

Cette année marque également les 20 ans de votre aventure avec la radio. Quelle rétrospective en faites-vous ?

C’est une question de passion. Parce que je suis un enfant de Fréquence 2. C’est vrai, la télé aide à booster la carrière de certains animateurs, mais moi, j’ai été fabriqué par la radio. Et puis, il y a des animateurs qui nous ont vraiment inoculé cette envie de faire de la radio. De Bin Houyé à Nostalgie où j’étais stagiaire, repartir à Bin Houyé, revenir à Radio Yopougon avant d’arriver à Fréquence 2, je crois qu’il faut être un passionné pour le faire. A 20 ans aujourd’hui, je peux dire que c’est mission accomplie pour moi. Ce n’est pas encore la fin de ma carrière, mais je suis satisfait du parcours. Je me rappelle encore la phrase d’un patron d’alors de Radio Nostalgie Abidjan qui m’avait dit : « La radio, ce n’est pas pour toi, vas faire un autre métier ». Effectivement, j’ai fait un autre métier, parce que j’étais enseignant de formation. Mais je suis revenu à ma passion.

 

Kunta Mader, c’est également « El Dorado, c’est ici » sur Tv2 (actuelle Rti 2). Qu’est-ce qui explique la disparition soudaine de cette émission ?

Je ne suis qu’un animateur, pas patron d’une chaine de télévision. Donc je n’ai pas de réponse à cette question. Mais je peux assurer que je ferai tout pour que cette mission revienne. Tant qu’on vit, tout est possible. A l’époque où je créais cette émission, la tendance à la télé était de faire des émissions de variété. Et moi j’arrive avec un concept totalement inédit. On a fait 45 numéros et ça s’est arrêté en 2011. Mais je crois qu’il faut prendre les choses avec philosophie. Et puis, à force de travail, on peut déplacer des montagnes. Moi, je ne suis pas encore au sommet de mon art, je suis toujours en train de travailler, et je puis assurer qu’« El Dorado, c’est ici » reviendra.

 

Ameday KWACEE

Améday KWACEE

|

  • SOURCE: L'inter
Previous ◁ | ▷ Next
Shutterstock.com INT
Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte