Interview

Organisation des artistes de la diaspora, Éric Saki se lâche et dit ses vérités : « C’est moi qui détiens la clé du showbiz dans la diaspora »


Ph DR

De passage à Abidjan où il a pris part aux obsèques de Dezy Champion, Éric Saki, le président de l’Association ivoir showbiz diaspora (AISB-Diaspo) a bien voulu se confier à Linfodrome. Des problèmes rencontrés dans la diaspora par les acteurs du showbiz en passant par ses projets pour positionner l’industrie culturelle ivoirienne en Europe, Éric Saki dit tout sans faux-fuyant.

Eric saki

Dans quel cadre êtes-vous présentement à Abidjan ?

Nous sommes là pour la veillée et l’inhumation de notre frère Dezy Champion. Je suis venu avec mon grand frère ‘’Aux enfants’’ et Dao l’argent.

 

La diaspora en France s’est massivement mobilisée pour rendre un hommage mérité à Dezy Champion à l’occasion de ses obsèques. Qu’est-ce qui est à l’origine d’une telle mobilisation ?

Il faut dire que Dezy Champion est avant tout un monument de la musique ivoirienne. À ce titre, on se devait de lui rendre cet hommage pour lui témoigner de notre solidarité à son endroit. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la diaspora m’a chargé de venir à Abidjan pour pleurer ensemble avec la famille.

 

Justement, avons-nous appris que la diaspora à l’issue de la veillée qu’elle a organisée en France a pu mobiliser la somme de plus de 12 000 euros soit plus de plus de 7 millions F Cfa…

Effectivement, nous avons pu récolter cette somme. L’Association ivoire showbiz diaspora (AISB) est à l’initiative de cette veillée en hommage à Dezy Champion. Dieu merci, la veillée s’est très bien déroulée, il y a eu une mobilisation exceptionnelle. Nous avons récolté plus de 12 000 euros et après soustraction de certaines dépenses, nous avons remis le reste de l’argent à la femme de Dezy Champion et ses enfants. Cela s’est fait de commun accord avec l’un des oncles de Dezy vivant à Paris.

 

« J’ai été déçu du comportement de certaines personnes qui voulaient coûte que coûte que le corps transite d’abord à la Sicogi »

 

Quel est votre commentaire sur le gros cafouillage qu’il y a eu et à la veillée et à l’inhumation de Dezy Champion ?

Le nom du défunt résume tout déjà, un champion. Quand tu es un leader, un chef, tu ne pars pas sans bruit. C’est normal, avec tout ce qu’il a rendu comme service à la nation, il ne peut pas partir comme un moins que rien. Toutefois, j’ai été déçu du comportement de certaines personnes qui voulaient coûte que coûte que le corps transite d’abord à la Sicogi avant d’aller au cimetière de Williamsville. Pourtant ceux-là savaient bien ce qui s’était passé la veille à la veillée à Ficgayo. À mon humble avis, il n’était pas possible de repartir à la Sicogi. Et puis quand on sait que le corps de Dezy a été autopsié, on ne pouvait pas se permettre de l’exposer encore longtemps. Et la meilleure solution était de l’amener directement au cimetière pour qu’il puisse se reposer parce qu’il était vraiment fatigué. Je pense même que quand on dit aimer quelqu’un, il faut longuement réfléchir avant de poser certains actes.

Eric saki 1 

Après l’inhumation, vous allez probablement retourner en France où vous présidez l’Association ivoire showbiz diaspora. Pouvez-vous nous dire en quelques mots les missions de votre organisation ?

C’est une association qui a été créée pour mettre en marche l’univers du showbiz dans la diaspora. Elle regroupe donc tous les acteurs du showbiz, à savoir les managers, producteurs, promoteurs, concepteurs et même les boucantiers qui font aussi vivre le showbiz. On s’est dit que plus nous sommes unis, mieux on peut aller encore loin d’où la création de l’AISB. C’est disons, pour réguler la situation des artistes, managers, producteurs, promoteurs, concepteurs et les acteurs du showbiz de la diaspora. Et pour réussir notre mission, nous avons misé sur une vingtaine de projets. La Côte d’Ivoire qui était la plaque tournante de la musique africaine se retrouve aujourd’hui à la 4ème place, ce qui n’est pas normal. C’est donc pour retrouver cette première place que nous, à notre niveau, nous avons mis sur cette place cette association. Ainsi, dans mes projets, j’ai proposé que la Côte d’Ivoire puisse se doter d’une maison de la culture dans la diaspora, ce qui sera une référence pour tout artiste ou acteur de showbiz de passage en Europe. Voyez-vous, pour l’organisation de la veillée de Dezy, on a dû louer une salle à 1 500 euros, chose qu’on n’aurait pas si on avait cette maison de la culture. Nous compter également nous organiser pour permettre aux artistes ivoiriens de pouvoir jouer dans de prestigieuses salles de spectacles en France comme par exemple au Zénith, au Bataclan... C’est écœurant de voir nos artistes jouer seulement que dans de petites salles pendant que les maliens, les sénégalais font guichet fermé dans de prestigieuses salles. L’accent sera également mis sur la formation des managers dont la plupart n’a aucune notion managériale. Je veux rassembler tout le monde pour hisser haut la culture ivoirienne à partir de la diaspora.

Eric saki 3 

« La Côte d’Ivoire qui était la plaque tournante de la musique africaine se retrouve aujourd’hui à la 4ème place »

 

Quel est le point de la situation du showbiz dans la diaspora ?

Il faut dire que jusque-là on se débrouillait à notre manière. Depuis maintenant près d’un an, nous nous réjouissons que les artistes ivoiriens jouent dans de grandes salles en Europe. Molière a joué au Dock Eiffel tout dernièrement, Yabongo, les Leaders pareil. Le 12 mai, plusieurs artistes ivoiriens ont joué aussi dans une grande salle. Le 16 juin, j’organise un grand concert avec Soum Bill, Mohamed Diaby avec des artistes de la diaspora. Je ne veux plus entendre parler de petits gombos. Un artiste qui sort de chez lui doit avoir obligatoirement un cachet respectable. C’est tous ces paramètres que nous allons réguler pour permettre à nos artistes de jouir pleinement de leur art.

 

« Un artiste qui sort de chez lui doit avoir obligatoirement un cachet respectable »

 

Pendant que vous parlez de vouloir réguler l’univers du showbiz par le truchement de votre association, on déplore que la majorité des artistes ivoiriens de la diaspora tarde à sortir de l’hibernation. Comment l’expliquez-vous ?

Tout est question de volonté. Ce n’est donc pas parce que tu es hors de la Côte d’Ivoire que tu dois laisser ta carrière en hibernation. Les nigérians, les maliens…ne sont pas en Côte d’Ivoire mais ils évoluent. L’autre problème de ces artistes de la diaspora, c’est qu’ils doivent attendre d’avoir d’abord les papiers avant de prétendre se déplacer pour faire la promotion de leurs œuvres. Je pense qu’avec un peu plus de volonté, les artistes de la diaspora peuvent arriver à émerger.

 

« Le vrai père de cette association, l’AMPPC, c’est bien moi »

Eric saki 2 

Vous prônez l’unité pour un showbiz de la diaspora très fort, mais quelles sont vos relations avec l’AMPPC dont le premier président fût Joss Men Joss ?

Pour vous dire, le vrai père de cette association, l’AMPPC, c’est bien moi. C’est mon esprit, mon idée, sauf que je n’avais pas voulu me présenter pour diriger l’association. Et comme Joss Men Joss avait 22 ans de carrière, j’ai proposé qu’on lui confie la destinée de l’association. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme on l’aurait souhaité. Pour l’instant, je préfère me concentrer davantage sur l’AISB. Je compte plusieurs grands soutien de partout dont celui notamment de Chico Chicaya. Nous pouvons avoir une floraison d’associations mais c’est sur le terrain avec les activités menées que nous sommes jugés. Et pour l’heure, tous les anciens du showbiz de la diaspora sont avec moi. Pour tout dire, c’est moi qui détiens la clé du showbiz dans la diaspora.

Mon appel est de demander à tout le monde d’être uni, de fédérer, d’avoir une même vision. L’adhésion à l’association est de 50 euros, ce qui donne droit à une carte de membre, un tee-shirt et plusieurs autres services (juridiques notamment).

 

Par Philip KLA

 

Philip Kla

|

  • SOURCE: Linfodrome
Previous ◁ | ▷ Next
Shutterstock.com INT
Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte