Sexualité : Des candidats au grossissement du pénis parlent...


19/04/2017 | | Commenter l'article
4795
Photo d'illustration

A tous les coins de rue de la capitale économique ivoirienne, Abidjan, sur des pancartes de fortune et autres édifices publics, les affiches invitant ceux qui éprouveraient le besoin de grossir leur pénis ne se comptent plus. Des radios communales accordent une place de choix au sujet. Mais entre les vendeurs de «puissance» et les clients en quête de gros pénis, la réalité dépasse souvent la publicité...

Huit numéros de téléphones appelés au hasard des nombreuses affiches qui tapissent les murs des communes à Abidjan et l’on est situé : les tradi-praticiens et autres opérateurs proposant le développement du pénis à partir de «médicaments 100% naturels» maîtrisent leur sujet. Et surtout, ils ne lésinent sur aucun moyen pour convaincre. Comme passer le téléphone à un client qui s’écrie : «En tout cas, c’est du bon et c’est propre ! Vous pouvez lui faire confiance, vraiment !». En ce premier samedi de mars, à Koumassi-Campement, dans le sud d’Abidjan, Maurice K. qui se définit lui-même comme « un habitué de ces gens-là » n’affiche pas le même enthousiasme. Assis dans un bistrot non loin de la lagune ébrié, le garçon est visiblement gêné et semble chercher ses mots. Les mots justes. Pour raconter son histoire avec « ces gens-là ».

 

A lire: Un tradipraticien explique les causes de l'infertilité masculine et féminine

De corpulence moyenne, taillée sur le mètre 80, ce garçon dont le physique rehaussé par un teint bronzé «fait tourner facilement la tête à la plupart des filles », selon ses dires, n’est pas aussi serein qu’il paraît. C’est que, hormis sa belle carrure, dame Nature se serait montrée plutôt radine avec lui en termes d’attribut sexuel. «C’est en 2014 que j’ai véritablement commencé à voir ces gens-là histoire de grossir un peu mon sexe», se rappelle-t-il. Puis d’expliquer que s’il en est arrivé là, « c’est parce qu’en moins d’un an, j’ai connu quatre ruptures amoureuses sans raison apparente, alors qu’on venait à peine de commencer ». De fait, tout commençait et se déroulait bien avec ses conquêtes jusqu’au jour du premier rendez-vous coquin. Et c’est généralement après cela que la situation commence à se dégrader. La jeune fille en question se montrant de moins en moins chaude pour aller sur l'oreiller avec lui à nouveau.

Avant de choisir, finalement, un à trois mois après de mettre fin à l’histoire. Souvent sans explications valables. C’est l’une des sœurs aînées de sa dernière copine partie également sans explication valable, qui a fini par lui dire la vérité. «Je ne cessais de la harceler pour savoir pourquoi sa sœur m’évitait. Devant mon désarroi, un jour, elle a pris son courage à deux mains et m’a fait comprendre à mots couverts que sa petite sœur a arrêté parce qu’elle trouve que j’ai un sexe de bébé. Donc, elle préfère partir plutôt que d’avoir à me tromper », raconte-t-il d’un trait. Cette révélation, qui venait en rajouter aux railleries de certains de ses amis, anéantit Maurice.

Des sacrifices inimaginables

Une poignée de semaines plus tard, avec les conseils d’un bon ami, Maurice se lançait dans la recherche de solution à son problème avec les tradi-praticiens opérant dans le domaine. «Des massages aux pratiques un peu mystiques où on te demande de choisir entre différents gabarits de sexes en bois qu’on te montre, j’ai tout essayé», avoue-t-il, avant de relever, un air dépité : «Mais, jusque-là, les choses n’ont pas été comme je le voulais». A part une «petite déformation», effet collatéral certainement des nombreux massages et autres traitements de choc infligés à son membre. «J’en suis même arrivé à un moment où j’avais commencé à craindre un peu pour ma virilité et j’avais arrêté», glisse-t-il. « Mais la tentation est forte, surtout que je suis toujours complexé à ce niveau-là », confesse-t-il, le regard fuyant. Ainsi, depuis plus de deux ans, ce jeune adulte remue ciel et terre pour donner à son pénis quelques centimètres de plus. Quitte à débourser des sommes inimaginables – jusqu’à 400 000 Fcfa – pour un traitement de 12 semaines! Ou à changer de tradi-praticiens en fonction des publicités entendues. Mais, jusque-là, le gabarit auquel rêve tant Maurice, et chaque fois promis par les ‘’thérapeutes’’, continue de se faire désirer.

 

Un drame que partage Diarra K, à Yopougon-Port-Bouët II, à l’ouest d’Abidjan. Ce fonctionnaire de 46 ans s’est retrouvé, l’an dernier, avec une facture approximative de 280 000 Fcfa, alors qu’au départ, le guérisseur ne lui avait parlé que de 20 000 Fcfa. «Au début, il m’avait assuré que la seule préparation de 20 000 Fcfa devrait me donner satisfaction. A ma grande surprise, quand à la fin, je lui ai dit que je ne voyais rien, il m’a convaincu que cela veut dire que mon cas est plus grave, que cela doit être un problème génétique, donc il fallait corser les préparations». Comme Maurice, Sidibé, Florian, Luc, Nanou, Joao et bien d’autres victimes rencontrées, Diarra K. venait de tomber dans un engrenage d’extorsion de fonds. «Mais le plus dangereux dans cette histoire, c’est que certains d’entre eux se livrent à des chantages!», révèlera-t-il plus loin. «En fait, ils vous disent que si vous arrêtez le traitement à votre guise, vous allez subir l’effet inverse, c’est-à-dire voir votre pénis rétrécir et de manière irréversible!», précise-il.

 

A relire: Le créateur du médicament Atote fait des révélations

Avant d’indiquer qu’ «un ami à moi a vécu cela, il a dû courir confier son sort à des hommes de Dieu. Heureusement, il n’en est rien». Dans la capitale économique ivoirienne, de Yopougon à Port-Bouët, en passant par Marcory, Adjamé et même Cocody, les témoignages, des plus pathétiques au plus émouvants, des victimes du piège des affiches proposant le grossissement du pénis sont légion. Tout comme les candidats – de toutes les couches sociales – qui se bousculent aux portes des promoteurs de ce commerce.

Un marché à forte demande

« Il faut que les gens arrêtent de croire que tout ce qui passe sur les radios ou à la télé est fiable », tranche Ouattara I., tradi-praticien célèbre au grand marché de Marcory. Pour cet homme, qui propose également des ‘’solutions’’ pour grossir le sexe ou accroître la puissance sexuelle, les clients sont responsables à 80 % des arnaques qu’ils subissent ! « Comme les gens ont vu que la demande est très forte dans ce domaine, des escrocs s’y sont invités et utilisent ce créneau comme moyen de se faire de l’argent rapide, mais c’est aux clients de savoir flairer l’arnaque dès l’instant où le seul pot qu’on lui a proposé n’a donné aucun changement». De fait, à en croire Ouattara I., la plupart des clients se fient plus aux affichages dans les rues ou aux guérisseurs passant sur les radios communales qu’aux «vrais» connaisseurs du domaine qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, existeraient en effet.

C’est du moins ce que confirment les témoignages de trois clients rencontrés à Port-Bouet, Adjamé et Williamsville. Selon ces trois bienheureux bénéficiaires de nouvelles dotations intimes grâce à des tradi-praticiens dûment cités, «l’Afrique possède encore des sciences que les Blancs ne peuvent pas comprendre. C’est pour cela qu’ils disent qu’on ne peut pas grossir le sexe». N’empêche ! Ces trois points positifs recueillis paraissent comme une goutte d’eau dans la mer de récriminations constatée.

 

Pourtant, paradoxalement, aucun des candidats arnaqués n’est allé ou n’envisage se plaindre à la police ! Tabou lié aux choses du sexe oblige. Dans des hôpitaux publics de Treichville, Marcory et Koumassi, officiellement, aucun médecin généraliste n’a eu à consulter une victime de « tentative de grossissement de pénis», apprend-on. Cependant, à croiser les témoignages de candidats arnaqués et les avis de tradi-praticiens interrogés, plus de 8 clients sur 10 qui contactent un guérisseur dans l’espoir de décrocher la bonne solution pour grossir son sexe n’en sont pas à leur premier essai. Ainsi, en marge de leurs récriminations contre les arnaques sur le marché, il n’y a qu’à écouter les témoignages de ces hommes en quête de gains – parfois incroyables – en centimètres, ainsi qu’une virilité exponentielle, pour se convaincre que le syndrome dit «du vestiaire » a encore de beaux jours devant lui. Et tous les commerçants vrais ou faux qui exploitent les fantasmes de puissance et de performances sexuelles des hommes ne sont pas près de mettre la clé sous la porte. A en croire des études et documents sérieux sur la question, «rien ne raconte mieux une époque que les fantasmes sexuels qu’elle produit».

 

A lire : Sur les traces des guérisseurs du Sida

De fait, le pénis est le symbole de l’identité des hommes et, pour cette même raison, une source d’anxiété. «Je suis toujours rassuré quand ma copine me fait des compliments sur mon sexe», avoue à cet effet Loïc, 35 ans, qui précise: «C’est peut-être un peu puéril, mais ça me donne confiance en moi». Ainsi, pourrait-on croire, le pénis est appelé à être «une mécanique performante qui ne s’enraye jamais». Par ailleurs, l’influence des films pornographiques sur l’anxiété des hommes en quête de gros pénis n’est pas non plus à négliger. « Franchement, je me dis que je serai beaucoup plus tranquille si j’avais un sexe comme celui des acteurs pornos que je regarde », avoue Maurice K, plus complexé que jamais depuis les révélations de la sœur aînée de sa dernière copine partie. «Tous ceux qui viennent sont convaincus que seul un gros pénis peut leur permettre d’assurer au lit», confirmera, pour sa part, le tradi-praticien Kakou N., à Yopougon-Siporex.

 

A l’analyse, ce que les nombreuses affiches à Abidjan et les tradi-praticiens qui parcourent les marchés vendent aujourd’hui, c’est un sexe sans défaillance, presque débarrassé de son naturel. Comme ceux qu’on voit dans les films X, qui en sont la parfaite illustration. Dans l’imaginaire masculin, un bon amant tire ses compétences sexuelles de son anatomie et non de son talent érotique. «Moi, je n’ai pas de problème avec la longueur. Seulement, j’aurais voulu gagner un peu plus en grosseur», confie Ali, 38 ans, au marché Djê Konan de Koumassi, «ça me donnerait davantage confiance en moi.» Et pour cause? «Chaque fois que je suis avec ma copine, je me dis que ce serait certainement plus agréable pour elle, que ses sensations seraient plus intenses, si ça serrait un peu plus, quoi!», explique-t-il, sérieux. L’obsession de la jouissance de leur compagne, voilà où se trouve le fin mot dans la course des hommes aux gros pénis.

 

Améday KWACEE

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de linfodrome.ci, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

Améday KWACEE

Améday KWACEE |

  • SOURCE: L'inter
Previous ◁ | ▷ Next

ARTICLES DE LA MÊME CATÉGORIE

Videodrome

Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte