Journée mondiale des maladies rares: L’Éléphantiasis, une maladie qui gagne du terrain en Côte d’Ivoire


A l’occasion de la journée internationale des maladies rares commémorée tous les 28 février, nous vous proposons, le cas de l’éléphantiasis qui est une maladie méconnue en Côte d’Ivoire, mais qui pourtant, sévit. Ce sont 20,5 millions de personnes qui sont susceptibles de faire cette maladie, selon les statistiques du programme national de lutte contre les maladies tropicales dites négligées, en Côte d’Ivoire.

Monsieur D. L âgé de 37 ans souffre depuis presque 2 ans d’un mal au pied gauche. Son membre inférieur est déformé à cause de la chair qui ne cesse de pousser. Il a même du mal à se déplacer à cause du poids et des douleurs qu’il ressent. En plus, il a constamment des plaies. Cette maladie, dit-il, l’empêche de vaquer pleinement à ses occupations et l’a contraint à mettre un terme à ses activités professionnelles. Aujourd’hui, il est à la charge de son épouse.

Selon lui, tout a commencé lorsqu’il a constaté que ses pieds prenaient du volume. Pour le traitement de son mal, il avait opté pour la médecine traditionnelle, ignorant la gravité de la maladie. Au fil du temps, ses parents et amis ayant vu sa difficulté à se déplacer lui ont conseillé de se rendre dans un centre de santé. Une fois à l’hôpital, le praticien, après la consultation, a diagnostiqué un éléphantiasis et lui a signifié qu’il était important pour lui de recourir à la chirurgie vu l’état d’avancement de la maladie. Mais faute de moyen financier, il a préféré abandonner la chirurgie. Aujourd’hui, il se sent impuissant et marginalisé dans la société.

Mais qu’elle est cette maladie qui a cloué ce jeune homme au sol, et lui a arraché sa dignité ?

Pour plus d’informations sur cette maladie, nous nous sommes rendu au siège du programme national de la lutte contre les maladies tropicales négligées, à Abidjan. Le docteur Méité Aboulaye, directeur coordonnateur du programme national de lutte contre des maladies dites négligées, en Côte d’Ivoire nous a en effet fait savoir que la filariose lymphatique connue sous le nom de l’éléphantiasis, est une infection parasitaire qui atteint le système lymphatique et peut entraîner une augmentation anormale de volume de certaines parties du corps.

C’est l’une des 17 maladies identifiées par l’Oms comme des maladies tropicales dites négligées. Selon des recherches scientifiques, l’éléphantiasis est une maladie des zones tropicales qui sévit particulièrement dans les pays en voie de développement comme la Côte d’Ivoire. Sur 23,7 millions d’habitants que compte ce pays, ce sont 20,5 millions qui sont susceptibles de faire cette maladie, a en croire les statistiques. Ce qui signifie que presque tout le pays est concerné.

« Car, un district sanitaire est considéré comme endémique lorsque la prévalence de l’antigenemie est supérieure ou égale à 1%. Et, sur 83 districts sanitaires révélés endémiques ce sont seulement, 9 districts qui ont été déclarés non endémiques» a précisé le directeur coordinateur du programme national de lutte contre la schistosomiase, les geohelminthiases et la filariose lymphatique ( Pnlsgf).

Selon notre interlocuteur, la filariose lymphatique ou éléphantiasis se transmet par des moustiques du même genre que celui du paludisme. En Côte d’Ivoire, cette maladie est transmise essentiellement par l’anophèle femelle. Les piqûres de cet insecte provoquent des dommages non apparents, dans le système lymphatique.« C’est une maladie insidieuse car, les manifestations cliniques ne se présentent pas si tôt. Les premières manifestations de cette maladie restent inaperçues parce que, les signes ressemblent aux signes du paludisme», a-t-il indiqué.

A la différence que, contrairement au paludisme, après un traitement, la maladie continue à se développer dans le corps du patient. C’est seulement après 10 ou 15 ans que le malade constate les premières apparitions qui marquent le début des complications (c’est à dire les parties du corps qui commencent à prendre du volume). Le patient est également touché par des troubles mentaux et des problèmes sociaux et financiers, qui sont autant d’agents de stigmatisation et de pauvreté.

Quand la filariose lymphatique se complique

Aux dires du docteur Meité Aboulaye, l’éléphantiasis est une complication de cette maladie. L’éléphantiasis siège au niveau des membres supérieurs, inférieurs, et aussi au niveau des organes génitaux (tels que la bourse chez l’homme, les seins et les grandes lèvres chez la femme).

Les complications sont liées à l’obstruction de la lumière des vaisseaux lymphatiques par les filaires adultes entraînant ainsi, une perturbation de la circulation de la lymphe (La lymphe qui est un liquide biologique incolore ou légèrement jaunâtre circulant dans les vaisseaux lymphatiques, lequel parcoure tout le corps humain) et par conséquent une perturbation de l’immunité... Par conséquent, la prise en charge de cette complication est parfois l’amputation ou la décapitation de la partie enflée jusqu’à obtenir la forme souhaitée. Une opération qui soulage le malade mais ne lui garantit pas de retrouver sa forme d’antan. Par ailleurs, la prise en charge repose sur une intervention chirurgicale dont le coût est difficilement supportable pour les patients.

Comment lutter contre cette maladie ?

Il est important de savoir que la lutte contre cette maladie repose sur deux axes. A savoir, la réduction de la prévalence de l’infestation et la prise en charge de la morbidité puis la prévention des incapacités. L’éléphantiasis est également préventif et peut donc être évité par la prise de médicaments. La prise des médicaments rompt ainsi la chaîne de transmission et permet ainsi d’éviter les complications. En Côte d’Ivoire, les médicaments sont donnés gratuitement, dans les districts sanitaires selon le calendrier du programme national de la lutte contre cette maladie.

Il faut aussi ajouter la lutte contre les moustiques qui est une stratégie complémentaire. Elle permet de réduire la transmission de la filariose lymphatique et d’autres infections transmises par ces insectes. Le traitement de la plaie, provoquée par la piqûre du moustique permettra à la partie du corps enflée de retrouver sa forme. Mais une fois que cette maladie arrive au stade de l’éléphantiasis seule l’intervention est conseillée pour soulager le malade. Au nombre des soins, il faut aussi noter que le traitement de cette maladie repose sur l’hygiène du membre affecté. « Le patient doit se faire laver régulièrement le membre affecté avec du savon non abrasive à l’aide de serviettes mousses», conseille le dr Méité. Et d’ajouter qu’il faudrait amener le patient à faire des exercices physiques pour améliorer la circulation de la lymphe.

Toutefois, il est conseillé de se rendre à l’hôpital afin, de suivre très tôt un traitement pour stopper la maladie.


Mélèdje Trésore (stg)

MELEDJE Trésore

|

  • SOURCE: Linfodrome
Previous ◁ | ▷ Next
Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte