Santé : Le jeûne est-il bon pour la santé ?


Les trois phases métaboliques du jeûne.

Jeûner est-il efficace pour perdre du poids ? Est-ce bon pour la santé ? Où est-ce juste une mode ? C'est la question de la semaine sélectionnée par la rédaction de Sciences et Avenir. C'est peu de dire que le jeûne suscite de nombreuses questions. En témoignent les interrogations de Pit Friess, lectrice assidue de Sciences et Avenir : "Quid du jeûne ? Est-ce une manière de s'alléger psychiquement et de perdre du poids ou un concept intellectuel ou une mode, une croyance et un risque pour la santé ?". Chaque semaine, Sciences et Avenir répond à l'une des nombreuses questions posées par ses lecteurs. Merci pour votre curiosité et votre passion pour les sciences. 

Le jeûne attire de plus en plus d’adeptes pour ses supposées vertus préventives, thérapeutiques ou spirituelles. Il consiste à n’absorber que des bouillons ou jus très peu caloriques (jeûne partiel), voire uniquement de l’eau (jeûne complet) pendant plusieurs heures, jours, semaines, en continu ou par intermittence (lire Sciences et Avenir n° 820, juin 2015). 

En théorie, notre organisme aurait besoin toutes les six heures en moyenne, d’apports en nutriments, vitamines et minéraux nécessaires au fonctionnement des composés cellulaires. Et de combustible — le glucose — pour produire énergie et chaleur. Pourtant, lorsque nous cessons de nous alimenter, nous ne tombons pas d’inanition. Ni au bout de quelques heures, ni même au bout quelques jours. La raison ? La grande capacité d’adaptation de notre corps, qui met en place des voies de substitution pour pallier l’absence de nourriture.

Les cinq premiers jours, le corps siphonne les réserves de glucose (énergie) du foie, avant de les puiser dans le tissu adipeux et les muscles. Au-delà, le foie et les reins se mettent à produire des corps cétoniques (acétone, acides acétylacétique et bêtahydroxybutyrique), utilisés à la place du glucose, qui participent à créer une sensation coupe-faim euphorisante. Éliminées généralement dans les urines, ces substances deviennent toxiques lorsqu’elles sont produites en excès.

Les vertus thérapeutiques du jeûne sujettes à débat

En pratique, le jeûne consiste souvent d’une diète stricte à base de bouillon de légumes et de jus de fruits inspiré de la méthode Buchinger à visée "‘préventive" mais pas "‘thérapeutique‘", le jeûne médicalisé n’étant pas autorisé en France. Mais d’autre pays comme l’Allemagne ou la Russie l’utilisent dans diverses indications.

Médiatisée en 2012 par un documentaire de Thierry de Lestrade, cette diète est pratiquée par ses adeptes pour lutter contre des maladies inflammatoires (arthrose, polyarthrite rhumatoïde, maladies de l’intestin, affections cardio-vasculaires…). Des effets qui reposeraient notamment sur la mise au repos du système digestif qui permettrait de diminuer l’apport de substances pro-inflammatoires et d’assainir le microbiote (flore intestinale) connu pour son rôle dans l’efficacité de nos défenses immunitaires. Ces vingt dernières années, des travaux ont effectivement montré une diminution des marqueurs de l’inflammation (prolifération lymphocytaire, taux d’orosomucoïde aussi nommé alpha1 glycoprotéine acide) dans le plasma de sujets soumis à un jeûne partiel ou total.

Toutefois la pertinence de ces essais cliniques reste très discutée. Ainsi, dans un rapport de 2014, l’Inserm a évalué pas moins de 351 publications scientifiques concernant les effets préventifs et thérapeutiques du jeûne. Et a conclu qu’aucune donnée clinique reposant sur des essais rigoureux ne corrobore à ce jour ces pistes, estimant donc que la portée médicale du jeûne demeure théorique.

Le jeûne pour affamer les tumeurs cancéreuses ?

Nombre de personnes jeûnent également dans l'espoir d'augmenter leurs chances de guérison en cas de cancer. L'idée : "affamer" les cellules tumorales, dans l'espoir de rendre plus efficace l’action de la chimiothérapie. Telle est la philosophie des travaux du biologiste américain, Valter Longo, directeur de l’Institut de la longévité à l’université de Californie du Sud (USC) à Los Angeles (voir S. et A. n° 804 février 2014). Sous sa direction, plusieurs équipes commencent à étudier l’effet de la diète sur des modèles cellulaires et animaux. Les premières conclusions, publiées en 2008 puis confirmées en 2012, montrent que des lignées de cellules "affamées" — c’est-à-dire privées de leur substrat énergétique — réagissent différemment des cellules normales à l’injection d’un anticancéreux courant, la cyclophosphamide. La raison ? Alors que les cellules saines mettent en place des mécanismes de préservation et survivent ainsi plus longtemps au traitement, les cellules tumorales se mettent à proliférer davantage avant que les tumeurs ne régressent.

De récents travaux, effectués à l’université de Gênes (Italie) et publiés en avril 2017 confirment cet effet positif du jeûne. Mais toutes ces études, aussi étonnantes que prometteuses, n’ont été menées que sur des modèles cellulaires et animaux. Des recherches sont en cours, notamment à l’université de Californie, sur ses bienfaits contre le cancer. Fin 2017, cependant, l’Institut national du cancer (Inca) affirmait que cette pratique "n’a pour l’instant démontré aucun bénéfice pour la prévention, l’efficacité des traitements ou le pronostic de cette maladie." "Mais pour l’heure, il ne faut pas oublier que l’un des principaux risques pour le malade est la dénutrition qui diminue sa réponse immunitaire et le rend plus vulnérable à la maladie et aux effets secondaires du traitement" rappelle le nutritionniste Jean-Michel Lecerf, de l’Institut Pasteur de Lille.  

 Un jeûne de plus de 40 jours menace votre vie

De plus, il faut faire particulièrement attention ! Au-delà de quarante jours, la vie est menacée. En 2014, un rapport de l’Inserm soulignait le manque d’études solides sur la question. Il concluait que si la pratique du jeûne encadré médicalement (non autorisée en France) semble"globalement peu dangereuse", des risques réels existent "dans des contextes différents, et la plus grande prudence est alors de mise".

 

E. S. (Source : Sciences et Avenir)

 

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  • SOURCE: L'inter
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