Réforme dans le domaine de la santé : Regard critique d'un prêtre sur l'accès aux soins de santé


Réforme dans le domaine de la santé : Regard critique d'un prêtre sur l'accès aux soins de santé
Le Père Donald Zagoré appelle à ne pas cautionner un programme de développement dans lequel les pauvres sont mis à l’écart.

Le Père Donald Zagoré, de la Société des missions africaines (Sma), dans cette contribution pose la problématique de la reforme dans le domaine de la santé. Il se demande si cela n'est pas le reflet d’une crise de développement.

Si la problématique de l’accès aux soins pour les plus démunis et la crainte de l’enrichissement illicite des plus nantis reste la serve principale de toute la polémique qui a éclaté autour de l’annonce de la réforme du service public hospitalier en Côte d’Ivoire, avec pour fond de conflit la question de la privatisation ou pas des Centres hospitaliers et universitaires (Chu), il se pose de manière plus élargie l’épineuse équation de l’option fondamentale de développement qu’adoptent nos leaders politiques en Afrique.

Aujourd’hui en Afrique, on ne peut pas nier le fait que des efforts énormes sont consentis pour asseoir des systèmes de développement durables et authentiques. Mais malheureusement, force est de reconnaître qu’avec l’idéologie de la politique de l’émergence qui est devenue un refrain qu’on chante sur tous les toits, on devient de plus en plus adepte de politique de développement à caractère populiste construit sur l’apparat et les chiffres. Certains parleront de politique de développement « bling bling ».

Les chiffres de croissance à hauteur de 8℅, de 10℅, de 20℅ de nos États qu’on annonce très souvent sont impressionnants. Avec ces chiffres, sans aucun doute, l’on dirait que nos économies respirent et transpirent la grande forme, et pourtant la réalité du terrain est tout autre. Nos populations continuent malheureusement de croupir dans la misère et de vivre la disette. La réalité concrète des populations contredit parfois gravement les discours populistes de développement à tel point qu’on se demande sincèrement ce que vaut véritablement la valeur de la vie devant la valeur des chiffres dont les vies en dépendent mais qui ne dépendent pas des vies.

Devant une telle réalité, il convient de se poser cette fatidique question : Un projet de développement qui n’a pas pour visée claire et nette le bien-être des pauvres est-il vraiment concevable ? Il faut le dire avec force, la qualité d’un pouvoir politique se mesure dans sa capacité non seulement à prendre soin de ses pauvres, mais aussi à défendre et à protéger leurs intérêts et leurs biens. La crise sociale des gilets jaunes en France en est une illustration parfaite de réaction violente au modèle de développement construit au détriment des plus pauvres pour le bien-être des plus riches. Comme dit l’adage, « quand les pauvres n’auront plus rien à manger, ils finiront par mangerles plus riches ».

En effet, tout projet de développement qui, de manière subtile ou non, aiderait les riches à devenir de plus en plus riche, et les pauvres de plus en plus pauvres n’a pas sa raison d’être. Tout programme de développement qui favoriserait de manière consciente ou inconsciente le dépouillement du pauvre de son bien, par la vente des biens publics, pour après se les octroyer en privé en petit groupe est inacceptable. En aucun cas, les pauvres ne doivent être dépouillés de leur nécessaire.

Il faut le dire et le répéter haut et fort, on ne peut pas bâtir une société humaine digne de ce nom, ou cautionner un programme de développement dans lequel les pauvres sont mis à l’écart puisque incapables de tirer profit, en toute quiétude et dans la dignité de leur être, de leurs droits fondamentaux que sont l’accès à la santé, à l’éducation, à l’eau potable, à la nourrir, à la sécurité, que l’État a pour devoir absolu de garantir contre vents et marées. L’objectif fondamental de tous processus de développement doit être d’assurer aux plus démunir la capacité d’avoir des possibilités de s’en sortir et de vivre mieux. En effet, remettre l’homme au cœur de toute politique de développement au détriment des chiffres, et faire l’option fondamentale du pauvre dans la planification et la réalisation des projets de développement doit rester un impératif fondamental pour tous gouvernements en Afrique.

P. Donald ZAGORE, Sma

NB: Titre, chapeau et légende sont de la rédaction

 

Irene Bath

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  • SOURCE: Linfodrome
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