Insécurité: Ces deals qui font planer de grosses menaces sur la Maca

De l'alcool vendu au coeur de la prison
Une salle de passe dans la morgue
31/08/2015
Racket, sexe et alcool sont des pratiques interdites et dangereuses qui font planer de sérieuses menaces sur la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca) (Photo d'archives)
Racket, sexe et alcool sont des pratiques interdites et dangereuses qui font planer de sérieuses menaces sur la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca). Incursion dans cet établissement pénitentiaire où tout peut exploser à tout moment.

Les règles de fonctionnement de la Maca sont de plus en plus violés par ceux qui sont censés les faire appliquer. Il s'agit des gardes pénitentiaires. En dépit des efforts du gouvernement ivoirien pour assurer la sécurité de cet établissement pénitentiaire abritant plus de 5 mille détenus, des pratiques peu recommandables voire interdites y ont cours. Si l'accès aux pensionnaires de la Maca obéit à certaines règles, notamment l'obtention d'un ticket d'entrée délivré gratuitement par le parquet, les visiteurs font de plus en plus l'objet de racket.

Nous sommes le mercredi 19 août 2015, jour de visite aux prisonniers. En attendant l'heure d'ouverture de la prison prévue pour 9 heures, de nombreuses personnes sont rassemblées à l'entrée de l'établissement, sous l’œil vigilant des surveillants. De nouvelles dispositions ont été prises depuis quelques mois, pour plus de sécurité. Outre la construction d'un système de sécurité dénommé SAS, chiffré à des milliards de francs Cfa, des barbelés ont été posés à l'entrée de l'établissement à l'effet d'éviter que les visiteurs ne s'approchent trop du bâtiment.

A 10 heures, nous décidons d'entrer dans l'enceinte de la prison. Un garde pénitentiaire accepte de nous servir de guide à l'effet de nous imprégner des pratiques qui y ont cours. Le premier constat est vite noté à l'entrée de la prison. Un agent d'une forte corpulence vient au contact des visiteurs et exige la somme de 1000 francs chacun. A l'entrée de la prison, les surveillants en poste au SAS passent au scanner chaque visiteur. Tous les objets en possession sont déposés dans un panier. Avant de tendre un badge à chacun, un agent réclame la somme de 500 francs. La même somme est exigée au moment de la fouille des bagages, avant l'admission au greffe. « Tu vois, ce n'est pas normal, ce que font mes collègues ici. On le dénonce chaque jour mais ils n'arrêtent pas », lâche, désolé, notre guide.

A la Maca, les pensionnaires de cet établissement sont subdivisés en trois catégories. Il y a les cellules réservées aux femmes, celles des hommes et les cellules où sont détenus les leaders d'opinions et autres personnalités communément appelés ''Assimilés''. Au sein de cette prison, ont été incarcérés de nombreux leaders politiques en attente de jugement. Les plus connus sont les anciens ministres de Laurent Gbagbo que sont Lida Kouassi Moise et Dogbo Raphaël. Selon le règlement en vigueur, l'espace des greffes est réservé aux visiteurs des ''Assimilés''. Toutefois, l'on assiste très souvent à cette violation de la réglementation. Nous en faisons le constat. Des bandits, condamnés, sortis du Bâtiment A, ont pu échanger avec leurs visiteurs. « C'est totalement interdit », affirme notre interlocuteur. « Mais que pouvons-nous faire ? Avec l'argent, tout est permis ici », ajoute-t-il, l'air désabusé.

Un autre constat, plus alarmant d'ailleurs, c'est ce commerce qui se développe dans la cours de la Maca. Là, tout se vend, surtout l'alcool. « A la Maca, tous les interdits se vendent à ciel ouvert. Les magasins de fortune sont construits entre les bâtiment A, B, et C. Les boissons de toutes sortes y sont vendues, aux yeux de tous », soutient notre guide, ajoutant ceci: « Ici, on vend même des téléphones portables. Les détenus, sans distinction, en disposent. Et pourtant, on interdit l'usage du téléphone au sein des lieux de détention pour des raisons de sécurité. Par exemple, les mouvements insurrectionnels peuvent être coordonnés depuis l'extérieur», explique le geôlier. Ce dernier nous conduit à un autre endroit. C'est l'infirmerie. Il y a une grande cours, ombragée. Sous des arbres, des personnes devisent gaiement. Nous remarquons d'ailleurs des gens de race blanche. « Seul les malades sont autorisés à se retrouver à cet endroit. Mais, des gardes pénitentiaires ferment les yeux. Dans quel intérêt?», s'interroge-t-il.

Le sexe, ce n'est pas un tabou à la Maca. Les rencontres entre amoureux constituent, selon notre guide, une pratique assez courante. Et le lieu de prédilection serait les locaux de l'infirmerie. Il nous montre un endroit. C'est la morgue. «Mais, avec la complicité du morguier, lui-même un détenu, un espace est offert pour des ébats sexuels moyennant la somme de 10.000 francs», révèle l'agent de la Maca.

Encore régisseur de cet établissement pénitentiaire, au moment de notre incursion dans ce milieu carcéral, le capitaine Koné Hincléban était bien informé. Les échos de toutes ces pratiques interdites lui étaient rapportés au quotidien. Le lundi 17 août passé, il avait même rassemblé ses agents pour leur faire part de son exaspération devant ces informations qui lui parvenaient sur le comportement de certains d'entre eux. Quelle aurait été sa réaction ? L'on n'en saura pas plus, car il a été remplacé à ce poste depuis le lundi 24 août dernier.

Bertrand GUEU

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Bertrand Gueu

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  • SOURCE: L'inter

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