Condamné à cinq années de réclusion: Comment le prophète Kacou entend vivre sa vie de cloîtré


Condamné à cinq années de réclusion, pour radicalisme religieux, le prophète Kacou Philippe s’est retiré dans son village natal, à Katadji. Ce, après avoir bénéficié de la grâce présidentielle.

Comment cet homme de Dieu envisage de vivre sa vie de cloîtré ? Nous avons passé une journée avec lui dans sa résidence. Notre reportage.

Partis d’Abidjan à 10h, ce samedi 3 septembre 2016, nous arrivons à Katadji à 11H30mn. L’homme de Dieu qui nous attendait, nous accueille chaleureusement à l’entrée de sa résidence de Katadji, village situé dans la commune de Sikensi. Une somptueuse résidence à un niveau, peinte en blanc, dans laquelle le garage construit sur le flanc gauche, contient cinq (5) voitures de luxe dont une bolide de marque, voiture personnelle du Prophète.

Nous sommes, par la suite, invités sous un préau. Lieu où une quinzaine de pasteurs et de prédicateurs assis attendaient également. Le prophète qui nous précède à pas pressés, nous demande de prendre place à sa droite. Nous et les quatre (4) pasteurs avec lesquels nous avons effectué le voyage d’Abidjan à Katadji nous nous exécutons. Après les salutations d’usage, nous nous rendons dans la cuisine construite de façon artisanale où des femmes s’affairent à préparer le déjeuner, pour présenter nos civilités.

De retour sous le préau, endroit où le guide religieux reçoit continuellement ses invités, les villageois et les pasteurs, le prophète demande les nouvelles. Non sans faire une courte prière pour confier la rencontre à Dieu. Nous expliquons, par la suite, au guide religieux, que nous sommes là pour passer une journée avec lui. Après sa libération de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), nous étions curieux de savoir comment, pendant les cinq (5) années d’interdiction de prêcher la parole de Dieu et de sortir du territoire national à l’exception du périmètre de son village natal, il compte vivre sa réclusion. « Ah bon ! Vous voulez connaître ma vie après que l’Etat a décidé de m'interdire de ne paraître que dans ma zone de naissance ? », demande le prophète. « C’est plutôt à l’État que vous deviez le demander. Dire à un prophète de renommée internationale de ne pas parler de celui qui nous a tous créés, c’est étonnant mais moi, à travers votre journal, je dis d’abord merci aux autorités de Côte d’Ivoire pour ma libération, et aussi, je leur demande de bien vouloir lever toutes les interdictions contre ma personne. Je suis un fils de la Côte d’Ivoire, et je ne peux jamais être rebelle à la Côte d’Ivoire. Transmettez-leur cela pour moi », a-t-il ajouté.

Puis, avant de continuer la causerie, il présente la quinzaine de pasteurs et de prédicateurs présents pour la circonstance. Certains sont de grands cadres qui ont décidé de se mettre au service du prophète, pour la pertinence de ses messages et de ses prêches. Sur le visage du guide religieux fraîchement sorti de prison, se lit une certaine fierté. L’homme de Dieu a obtenu son billet de sortie alors que, selon lui, le souhait de ses détracteurs était de le voir moisir au fond d’une cellule pendant des années. « Dieu, mon père, n’a pas exaucéleurs prières. Je suis libre depuis deux semaines. Et ce, grâce à la grâce présidentielle », explique-t-il.

Gestion des églises par Internet

Pendant ce temps, son téléphone portable ne cesse de sonner. Toutes les cinq (5) minutes, comme nous l’avons chronométré, il reçoit un appel. Et l’un de ces appels vient encore briser l’élan des échanges qui tournaient autour de son ministère. C’est un pasteur qui est au bout du fil. Il appelle du Congo Kinshasa pour lui soumettre une préoccupation d’ordre religieux. Pour plus de discrétion, l’homme de Dieu se retire pour converser avec son interlocuteur.

Le suivant de notre regard, il s’introduit dans une maisonnette dont le toit est surmonté d’une grosse antenne parabolique. 20 minutes plus tard, il en ressort et reprend sa place sous le préau. Il présente ses excuses tout en expliquant qu’il était en train d’échanger avec un pasteur par Messenger, dans le souci de lui donner des orientations pour le règlement d’un problème auquel est confrontée l’une de ses églises implantées dans le pays de Joseph Kabila Fils.

Nous profitons pour lui demander si c’est de cette manière qu’il dirige ses églises à travers le monde. « Je ne suis jamais sorti de la Côte d’Ivoire. Pourtant, je compte plus de 200 églises à travers le monde. C’est par internet et téléphone que je les dirige. Je suis donc connecté 24h/24, je dors à peine», indique l’homme de Dieu, avant de préciser qu’il communique énormément par Messenger avec l’ensemble de ses pasteurs. En plus de la Bible, ses églises s'inspirent de son livre qui est en version écrite et audio. Et un logiciel appelé « Prophète Kacou » contenant son livre, est installé sur leurs téléphones Android. Il utilise également Skype pour certains cas. Sans donc quitter sa résidence de Katadji, le prophète Kacou Philippe a un regard sur toute sa communauté dans le monde entier.

Internet demeure son fidèle compagnon. « Comme je suis installé au village, j’avais d’énormes problèmes de connexion. Pour parer à cette situation, et avant que la connexion internet ne couvre ma région, mes communautés avaient pris des mesures en installant une connexion satellitaire Vsat. Ce n’est pas une connexion de Côte d’Ivoire, et elle était très coûteuse. Avec cette connexion, je suivais les activités de toutes mes églises de par le monde. Quand la connexion 3G est arrivée, j’ai abandonné la connexionVsat pour la 3G. Avec Internet, je dirige aisément mes églises en Côte d’Ivoire comme partout ailleurs dans le monde», explique le prophète Kacou Philippe.

La restriction de l’Etat de ne pas sortir du territoire ivoirien à part sa zone de naissance, et de ne pas prêcher pendant cinq (5) ans n'a donc pas trop d'incidences sur les activités religieuses de cet homme de Dieu. D'ailleurs, il compte désormais utiliser à fond internet pour mieux vivre sa vie de cloîtré. « Depuis 2008, je vis dans ma résidence de Katadji. Quand j’ai besoin de repos et d’inspiration, je me rends dans mon campement situé en brousse à quelques kilomètres du village. Je peux y demeurer un à deux jours, pour prier, méditer et réfléchir aux préoccupations soumises par des pasteurs pour la bonne marche de leur communauté», explique-t-il.

Des chambres de luxe pour les invités

Le prophète Kacou Philippe aime beaucoup la nature. Le paysage de sa résidence dont les travaux de construction ont coûté plus de 100 millions de F Cfa, selon lui, et qui supplante le village, est une parfaite illustration de son amour pour la verdure. Le jardin bien taillé et les grands arbres qui donnent de l’ombre dans le domaine, en rajoutent à la beauté architecturale de la résidence. C’est en admirant ce confort comparable à ceux de la baie des milliardaires et de certaines campagnes européennes, que le guide religieux nous invite à passer à table pour le déjeuner.

Chaque jour, c’est à 14h que le prophète prend son déjeuner. « Tous les jours, sauf le dimanche où je me rends au culte, de 7h à 14h, je reste connecté avec mes pasteurs et certains de mes fidèles d’ici et d’ailleurs. Pour les cas qui nécessitent des échanges, j'utilise Messenger. A 14H, je marque une pause pour passer à table », confie l’homme de Dieu, avant de préciser qu’il ne fait jamais la sieste. « Depuis mon enfance, je ne dors jamais dans la journée. Et cela me profite aujourd’hui avec le ministère que je dirige depuis 2002 », avance-t-il tout en nous guidant au 1er étage de sa résidence où se trouve la salle à manger.

Dans les escaliers, il marque un arrêt pour nous présenter des photos de lui, baptisant des blancs, et quelques pièces des nombreuses chambres que compte sa résidence. La plupart de ces pièces servent à héberger les invités et les pasteurs qui arrivent de l’extérieur. « J’ai fait de sorte que mes visiteurs séjournent dans des conditions agréables, et qu’ils n’aient pas à trop dépenser quand ils sont en Côte d’Ivoire. J’ai reçu des blancs et des noirs venant de partout, même de l’Inde. Le 24 avril 1993, l’ange m’avait dit que les choses se passeraient ainsi», raconte le reclus qui dit disposer d'une vingtaine de chambres de luxe pour ses visiteurs. Depuis huit (ans), ce sont ces escaliers qu'il emprunte pour aller se restaurer. Dans la salle à manger dont les murs sont tapissés par un décor féerique, différents mets sont disposés sur la grande table ovale. Une fois attablés, le prophète et les pasteurs abordent de nombreux sujets dont celui relatif à son arrestation et son incarcération à la Maca.

Même si le leader religieux dit avoir pardonné à ses détracteurs, il se rappelle avec amertume, ses premiers jours passés en prison. «Les premiers jours étaient difficiles. Quand je suis arrivé à la Maca, je ne sais pas qui a fait ce travail, mais des rumeurs circulaient là bas, sur mon compte. Des prisonniers et mêmes des gardes pénitentiaires, me pointaient du doigt, et tenaient des propos du genre : « C’est toi qui es contre le pouvoir, et qui dis que le pouvoir va tomber » ; « C’est toi qui es contre le pays et les autorités ». « J’étais à chaque fois abasourdi et choqué parce que ce n’étaient que des mensonges. Malgré cela, certains ne me croyaient pas et pensaient que je renonçais à ma parole parce que je suis en prison », confie-t-il.

« Que s’est-il passé par la suite ? », s’empresse de demander l'un des pasteurs assis en face de lui. « Heureusement que mon Dieu était avec moi. Des prisonniers ont commencé à prendre ma défense et à faire démentir les rumeurs qui circulaient sur mon compte. Il y a aussi des organisations et des membres du service social qui m’ont visité. La prison a été positive pour moi comme la crucifixion le fut pour mon Maître, le Seigneur Jésus-Christ. Plusieurs de ceux qui me combattaient dans le monde entier, m’ont apporté leur soutien, notamment au Congo Kinshasa», répond le prophète.

De retour du déjeuner, le téléphone du prophète se met à sonner de nouveau, tout juste après avoir désactivé le mode vibreur. Cette fois-ci, c’est le Brésil qui veut avoir des nouvelles de l’homme de Dieu. Quelques minutes suffisent pour que le pasteur brésilien soit rassuré. Mais dans les réponses du prophète, son envie de visiter ses différentes églises en Côte d’Ivoire, en Afrique, en Europe, en Amérique latine... est très palpable. « J’avais prévu d'entamer une tournée dans mes communautés en 2008. Contre toute attente, les autorités ont refusé que je sorte du pays », évoque le leader religieux, après avoir fini de communiquer avec son interlocuteur. Il envisage, au terme de sa réclusion, de mettre en place un programme qui va lui permettre d’entreprendre une tournée à travers le monde, pour visiter ses « brebis », mais surtout pour toucher du doigt les réalités de ses églises. « Au terme des cinq (5) années de restriction de sortir du territoire national, j’irai, à travers le monde, visiter mes communautés, pour me faire connaître par mes fidèles ».


Les péripéties de son arrestation et de sa détention

Arrêté dans son village natal de Katadji, le vendredi 13 mai 2016, par la Direction des Renseignements généraux de Côte d’Ivoire (Rg), le prophète Kacou Philippe a passé cinq jours en détention dans leurs locaux. De là, il a été emmené et soumis à un interrogatoire à la Direction de l’Informatique et des traces technologiques (Ditt). Il passera ensuite deux jours à la préfecture de police, au Plateau, avant d’être transféré au parquet du tribunal d’Abidjan puis à la Maca, le 20 mai 2016. Son procès a eu lieu le 3 juin 2016. Il a été mis en liberté trois (3) mois après son incarcération. Et ce, après avoir bénéficié de la grâce présidentielle faite aux prisonniers ayant commis des actes mineurs, lors de la célébration de fête de l’indépendance, le 7 août de chaque année. Il avait été condamné à un an de prison. Père de quatre enfants, son épouse attend leur 5ème enfant.


Qui est le prophète Kacou Philippe ?

Le prophète Kacou Philippe est natif de Katadji, village situé dans la région de Sikensi. Fils d’un cultivateur illettré, il arrête ses études en classe de 3ème, après avoir été renvoyé de l'école. Sans ressources financières, il va entreprendre de petits métiers, avant d’être engagé, en 1992, comme aide-maçon, sur un chantier de construction. C’est étant toujours manœuvre sur ce chantier qu'il reçoit, selon lui, le 24 avril 1993, la révélation. Mais c’est finalement en 2002 qu’il va commencer à servir Dieu. Se faisant appeler « le seul prophète de notre temps », il entame son ministère en s’installant respectivement à Locodjro dans la commune de Yopougon, à PK 18 à Abobo, à Anyama puis à Katadji, son village natal depuis 2008. De 1993 où il a reçu la vision jusqu’au commencement de son ministère en 2002, le prophète Kacou Philippe a jeûné d’innombrables fois mais depuis 2002, il ne jeûne que chaque premier janvier. Il est marié et père de quatre enfants. Son épouse attend d'ailleurs, leur cinquième enfant.


L’histoire de la prison

Malgré son statut de prophète, il n’a eu aucune révélation précise, encore moins de vision sur son incarcération à la Maca. Il soutient que Dieu n’était pas obligé de lui révéler cela clairement. Cependant, l’homme avait le pressentiment que quelque chose allait lui arriver. Il a pensé plutôt à la mort. Il avait cette forte impression que des gens embusqués tout au long de la clôture de sa résidence allaient attenter à sa vie, en tirant à bout portant sur lui. Ce pressentiment était si fort que le prophète a fait augmenter la hauteur de sa clôture. Il a même fait creuser sa tombe, et rédiger son testament après avoir parlé avec certains responsables de l’Eglise. A trois jours de son arrestation, le guide religieux a demandé à dormir seul dans sa chambre, et dit avoir fait un songe dans lequel il s’est retrouvé dormant dans une chambre autre que la sienne. Il a convoqué la maisonnée pour lui donner des directives sur ce qui devait se faire s’il mourait brusquement. Une fois incarcéré à la Maca, le décor de sa cellule correspondait exactement, toujours selon lui, à celui de la chambre où il s’était retrouvé dans son rêve. C’est ainsi qu’il a compris le sens de son rêve.

Reportage réalisé par Elysée YAO

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Elysée Yao

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  • SOURCE: Soir info
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