Rentrée scolaire 2017-2018 : Comment on escroque les parents d’élèves dans les établissements secondaires publics


Il se passe des choses pas très nettes dans les établissements secondaires publics de Côte d’Ivoire. Les parents d’élèves, à travers leurs enfants, sont soumis à une escroquerie à ciel ouvert.

De fait, après l’inscription en ligne et le paiement de la somme de 6000 fcfa par élève représentant les frais d’inscription fixés par l’État, d’autres frais, appelés ‘’frais annexes’’, sont exigés aux élèves lors de leur inscription physique dans ces établissements. L’obtention du billet d’entrée en classe est subordonnée au paiement de ces ‘’faux frais’’ qui varient d’un établissement à un autre. On en parlait déjà sous cape depuis quelques années. Des parents grognaient dans leurs salons sans jamais oser dénoncer cette pratique ouvertement et à haute voix. L’affaire a fini par éclater au grand jour suite aux actions de protestation engagées par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) depuis le lundi 11 septembre dernier, date de la rentrée scolaire, après qu’elle a interpellé plus d’une fois les autorités en charge de l’école sur la question.
Malheureusement, son action du mercredi 13 septembre 2017, une marche de protestation contre ces frais annexes, a été durement réprimée par la police nationale, avec à la clé des blessés par balle et des arrestations dans les rangs des élèves et étudiants militants de cette organisation syndicale. La ministre de l’Education nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, Kandia Camara, est même montée au créneau, jeudi 14 septembre, pour dénoncer l’action de la Fesci et annoncer des poursuites contre son secrétaire général, Assi Fulgence Assi. Et pendant ce temps, les parents d’élèves continuent de se faire escroquer dans les établissements secondaires publics, aussi bien à Abidjan que dans les villes de l’intérieur du pays.


Frais annexes

 Les frais annexes sont des frais officieux imaginés et imposés par les chefs d’établissements avec la complicité des animateurs des Comités de gestion des établissements scolaires (Coges). Ces frais ont des intitulés tous aussi farfelus que révoltants. Dans un établissement secondaire public de la place, on lit sur le tableau d’affichage, au titre des frais d’inscription physique : cotisation exceptionnelle = 5000 fcfa, tenue d’Eps (tricot+ culotte) = 3000 fcfa ; enveloppe de la Poste = 1000 fcfa ; macaron =1000 fcfa ; carnet de correspondance = 500 fcfa ; pédagogie = 2500 fcfa ; tableaux et salle de profs = 300 fcfa ; timbre pour les malades de la lèpre = 100 fcfa ; timbre de solidarité Sida = 100 fcfa. Soit au total 13500 fcfa qu’un parent doit encore débourser pour l’inscription physique de son enfant, après les 6000 fcfa qu’il a payés pour l’inscription en ligne.

Autrement dit, dans cet établissement, les frais d’inscription s’élèvent en réalité à 18.500 fcfa. Dans des établissements secondaires de Treichville, Cocody, Koumassi, en plus des frais précités, il est demandé aux élèves de payer une ‘’tenue de sortie’’ qui n’est autre qu’un tee-shirt Polo, à 6000 fcfa. Dans ces établissements, l’inscription revient donc à 24.500fcfa. A Port-Bouët, un établissement va jusqu’à demander 300 fcfa par l’élève pour la ‘’visite de l’inspecteur’’, en plus des frais autres frais annexes. D’autres encore exigent que l’élève paie 3000 fcfa pour le table-banc, 1000 fcfa pour une boîte de craie, 1000 fcfa pour les photos, 3000 fcfa pour un paquet de rame.

Ces derniers frais annexes, qui s’ajoutent aux autres, sont exigés surtout aux élèves affectés en 6e. Le drame dans tout ça, c’est que les parents d’élèves n’ont aucune information sur la destination que prend tout cet argent collecté lors de l’inscription physique, auprès des élèves des lycées et collèges publics estimés à environ 2 millions. Du côté des chefs d’établissement, c’est l’Omerta. Personne ne veut prendre le risque de se prononcer sur la question, de peur de se voir relevé de ses fonctions ou sanctionné de quelque manière que ce soit. Pourtant, ce sont bien leurs établissements qui imposent ces frais annexes aux élèves.

 

Zones d’ombre

La ministre Kandia Camara soutient qu’il s’agit de cotisations imposées par les parents d’élèves eux-mêmes, à travers les Coges. Soit. Mais alors, pourquoi, dans le même temps, ces mêmes parents d’élèves n’en veulent pas ? Au demeurant, si ces frais annexes font plus de tort que de bien, pourquoi le gouvernement ne les supprime-t-il pas purement et simplement ? Comment les Coges peuvent-ils imposer ces frais alors même qu’ils ont une quote-part qui leur est reversée sur les 6000 fcfa de frais d’inscription en ligne ? Pourquoi le ministère de l’Education nationale, qui le sait, n’agit-il pas  en leur interdisant des cotisations ?

Toutes ces questions laissent clairement comprendre que les parents d’élèves sont victimes d’une escroquerie orchestrée par un réseau bien ficelé. Le drame, c’est que des élèves déjà inscrits en ligne, n’ont toujours pas été admis en classe parce que n’ayant pas encore payé les fameux frais annexes. Ils continuent d’attendre et de souffrir en silence de cette situation. Avec eux, leurs parents qui sont épuisés financièrement par toutes les autres dépenses liées à la rentrée scolaire.

 

Les parents d’élèves n’en veulent pas


Les frais annexes sont un véritable problème pour les parents d’élèves. Hier vendredi 15 septembre, à notre rédaction, l’Organisation des parents d’élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Opeeci), par la voix de son président, Aka Kadio Claude, l’a clairement indiqué. « Les parents payent, et même trop. Avec les frais annexes, nous payons doublement l’inscription. Ce n’est pas normal. L’école publique est celle où doivent aller les enfants des parents qui n’ont pas assez de moyens. Voilà pourquoi nous tenons à la gratuité de l’école. Ces frais annexes, nous n'en voulons pas. Il faut les enlever», a-t-il martelé.

Contrairement à ce que soutient la ministre de l’Education nationale, le président de l’Opeeci affirme que les parents ne peuvent pas imposer des cotisations qui vont obliger certains enfants à rester en dehors du système scolaire. « Nous n’avons jamais dit à des gens de lever des cotisations pour l’imposer aux parents. Notre rôle, c’est de faire en sorte que les parents paient moins », a-t-il affirmé. Il a expliqué que les Coges ont été créés pour aider les chefs d’établissement à gérer l’école au quotidien. « Le rôle des Coges, c’est de veiller à ce que les toilettes de l’école soient propres, que la clôture soit faite, que les toits percés soient changés. Les Coges ne sont pas là pour construire des classes, livrer des bancs dans les écoles », a-t-il martelé.

Il a expliqué qu’une quote-part des inscriptions en ligne est reversée à la centrale des Coges, qui est chargée de faire la répartition dans tous les Coges. Cette quote-part était fixée à 2000 fcfa par élève au départ. Elle est maintenant à 700 fcfa par élève. « Cet argent peut permettre aux Coges de travailler », a-t-il soutenu. Le hic, selon le président de l’Opeeci, cette quote-part, comme lui auraient confié des responsables de Coges, n’est pas reversée. Ils sont donc obligés de demander de l’argent aux parents. « Il faut que nos enfants aillent à l’école. Par conséquent, lorsqu’il y a un problème, il ne faut pas feindre de ne pas le voir. Il faut plutôt le régler », a-t-il suggéré. Le président de l’Opeeci a indiqué que pour une école de qualité telle que prônée par les autorités, il faut que les enfants aillent à l’école et qu’ils s’y maintiennent. Mais, pour cela, dira-t-il, il faut que les conditions soient favorables.

 

Franck SOUHONE

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