Transe collective dans une école / Dr Séka Yapi formel: ‘'Ce qui s’est passé est un avertissement ''


Dr Séka Yapi parle de la transe (Photo DR)

Dans cette interview, Dr Séka Yapi, enseignant-chercheur à la section psychologie de l’Ecole normale supérieure (Ens), explique ce qui peut être à la base de la transe qu’il dit ne rien à voir avec l’asthme survenue au niveau des élèves, dans un établissement supéieur de la place.

 

Dr Séka Yapi, l’asthme est-il un facteur favorisant la transe?

L’asthme n’a aucun lien avec la transe.

 

Quels sont donc les facteurs?

Ils sont variés et immatériels. Et là, cela dépasse l’entendement et le potentiel humain. C’est quelque chose qui s’oriente inlassablement vers le domaine spirituel. Il faut toujours aller aux origines des choses. Certains disent que Dieu n’existe pas, ce sont des contes de fée, etc. Or quand on est en face d’une transe, la médecine est complètement vaincue devant une telle situation. Dans le cas des élèves dont vous m’avez parlé en off, plus on met le sérum dans les ballons en le dosant pour endormir l’élève, plus ça ne va pas. Cela veut dire que ce n’est plus l’Être humain qui est là, mais qui est cet Être? Cela relève de l’immatériel, de la métaphysique. L’Être humain est composé de trois entités: le corps physique, l’âme et l’esprit. Si on a la possibilité d’entretenir le corps, en y mettant des produits, pour paraître esthétiquement bien, on a aussi cette possibilité d’entretenir le spirituel.

 

Est-ce donc parce qu’on n’entretient pas le spirituel qu’on tombe en transe?

Quand je dis que l’Être humain est composé de spirituel, cela peut avoir une orientation positive et une orientation négative. Il y a aussi que les gens orientés vers le positif, qui agissent ou vivent selon les vertus divines, ont la marque de Dieu. Et Dieu peut les utiliser. C’est pourquoi on parle de prophètes. Dieu parle.

 

Peut-on déduire que l’esprit qui s’exprimait au travers des élèves à l’hôpital, et qui recommandait de rentrer à la maison parce que c’est une maladie d’ordre spirituel, est celui du bien?

La question est d’abord de savoir ce que cherche l’esprit dans la vie d’un enfant qui va à l’école? La voix vient d’où, pour parler au travers de l’élève? L’origine est plus spirituelle. Comment cet esprit est arrivé là? Quels sont les fondements de la vie de l’enfant? Quels sont les fondements de la famille, elle-même ? Quelles sont les pratiques de la famille? Pourquoi l’esprit intervient quand les élèves sont à l’école ? Ce sont ces questions qu’on se pose. L’enfant peut avoir des prédispositions naturelles qui lui permettent de recevoir des messages et de les communiquer. Je ne dis pas forcément que cela vient des forces du mal. Dans des saintes écritures, il est dit que Dieu parle tantôt d’une manière, tantôt d’une autre mais que ce sont des hommes qui n’y prennent pas garde. L’enfant peut être dans de bonnes dispositions spirituelles, et Dieu peut se révéler à lui et dire certaines choses. Il appartient aux parents de discerner d’où cela pourrait venir; est-ce de Dieu ou des forces du mal? Cela relève du spirituel, et nul ne le maîtrise. Certainement que des hommes de Dieu, des prophètes, peuvent nous en dire plus. Sinon, scientifiquement, on ne peut pas faire de démonstration. C’est vraiment de la métaphysique. C’est au-delà de ce qui est tangible. C’est pourquoi, la plupart des psychologues ont les saintes écritures. La bible et le coran se rejoignent d’ailleurs en plusieurs points.

 

Est-ce parce que vous pratiquez une religion monothéiste que vous tenez ce raisonnement?

Non. Mais comment expliquer qu’un élève bien portant aille à l’école, et que quelqu’un d’autre vienne parler au travers de lui. Vous voyez que nécessairement, le spirituel s’impose. Quand des philosophes comme Kant, Hegel, Hum ont parlé de l’âme de la conscience, ils se référaient à quoi? C’est une façon de se référer à Dieu. Beaucoup parlent de l’inexistence de Dieu mais ils ne croient pas en ce qu’ils disent. Ils ne sont pas convaincus de ce qu’ils disent. Au moins, ils croient en quelque chose. C’est ça la spécificité de l’espèce humaine.

 

Dans le cas d’espèce, est-ce parce que Dieu voulait passer un message que les élèves ont piqué la crise?

Il n’y a pas que Dieu seul qui parle, comme je l’ai dit. Il y a aussi l’autre force négative, prête à contrefaire la démarche de Dieu. A dire autre chose et à falsifier ce que Dieu dit. C’est pourquoi, il faut faire attention pour savoir de qui vient cette influence. Donc si vous avez des dispositions naturelles qui favorisent son intrusion dans votre vie, il ne traîne pas les pieds. Quand vous prenez tous les livres saints, il est dit que les forces du mal utilisent le nom de Dieu pour agir. Ce sont des cas qui sont réels et nombreux en Afrique et en Europe.

 

Y a-t-il un champ où ces forces opèrent?

L’école est certainement un environnement bien propice pour ces esprits, pour pouvoir se manifester. Mais l’esprit peut se manifester partout, même au marché. Ce sont des phénomènes qui sont récurrents en Afrique puis en Europe. Au village, quand il y a des décès, par exemple, des personnes entrent en transe et disent voici pourquoi l’individu est décédé, qui l’a tué, ainsi de suite.

 

Mais il nous revient que dans les villages, il y a de la manipulation …

Tout à l’heure, je vous disais que l’homme a une vie spirituelle qui a deux dimensions : Dieu et la force du mal. Dans un sens comme dans l’autre, il y a transe (ndlr, manifestation de l’Esprit Saint, selon les chrétiens).

 

Devons -nous comprendre par là que personne n’est à l’abri des transes?

Non, cela dépend des dispositions spirituelles de chacun.

 

Quels conseils donnez-vous aux populations pour provoquer ou éviter les transes ?

Comme nous ne maîtrisons pas l’environnement de ce qui s’est passé, la vie de la famille et des responsables de l’école, on ne peut pas être précis sur des conseils. Cependant, on ne vit pas de façon permanente dans la situation de transe. Ce sont des crises brèves et passagères. Cela peut être poussé par Dieu, pour dévoiler ou communiquer quelque chose, et après, c’est fini.

 

Que devraient faire parents et responsables de l’école?

Si plusieurs personnes ont eu des révélations, la solution pratique, c’est d’enlever les enfants, si c’est encore possible. Autrement, ils doivent ouvrir les yeux pour savoir qu’ils sont sur un champ de bataille. Là, nous pensons que ce qui s’est passé, est un avertissement. C’est une guerre spirituelle. La solution, c’est d’intensifier les prières et de rencontrer les hommes de Dieu pour que les forces du mal soient vaincues parce que ce qui est spirituel relève du spirituel.

 

Y a-t-il une solution, en psychologie, à appliquer quand la transe se déclenche?

En psychanalyse, on parle de thérapie. Il faut faire dormir l’individu, pour qu’à son réveil, il puisse se rappeler ce qui s’est passé dans sa vie, et qui a provoqué la transe. Des philosophes comme Kant et Platon ont parlé de la réminiscence, c’est-à-dire un retour progressif des éléments lointains qui se sont produits sur l’individu, dans son environnement, dans son être intérieur, et qui sont à l’origine des perturbations. En psychologie, c’est l’inconscience elle-même qui gère la conscience. L’inconscience est plus dynamique que la conscience. C’est elle qui met la conscience en éveil. C’est pourquoi Freud dit qu’il faut agir sur l’inconscient quand on veut agir sur le conscient. Il y a des situations de crise forte, qui marquent l’individu. Par moments, il arrive qu’on oublie certaines choses. Il faut amener progressivement la personne à s’en rappeler. Lorsque vous faites des rêves, au réveil, vous oubliez. Mais avec du recul, cela revient. En ce moment-là, l’inconscience est en marche. Il va reconstituer le rêve à la conscience.

 

Réalisée par Dominique FADEGNON

Dominique Fadégnon

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  • SOURCE: Soir info
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