Aboisso

Affaire « une jeune fille jette de l’acide dans le visage de son copain » : 48 millions de francs Cfa au moins pour le sauver

N’Dri Kouadio Frédéric : « Le médecin dit de me confier à Dieu »
Photo d'illustration

Pratiquement un mois après que son ex-amie lui a lancé de l’acide au visage, N’Dri Kouadio Frédéric, auditeur en classe de Terminale dans un cours du soir de la ville d’Aboisso, raconte comment cela est arrivé. L’interview a eu lieu le mercredi 7 février 2018 au domicile familial, au quartier rive-gauche d’Aboisso.

Que faites- vous dans la vie ?

Je suis N’Dri Kouadio Frédéric, je suis âgé de 30 ans, pendant la journée, je travaille dans un cybercafé de la ville. A la descente, les soirs, je suis les cours à l’Epp Nord-est, en classe de Terminale. Je prépare un Bac série A 2. Je suis l’aîné d’une famille de trois enfants.

Comment sont arrivées vos difficultés visuelles ?

C’est une camarade qui est à l’origine de mes ennuis de santé. Je l’ai connue en mars 2017 à Aboisso au cours du soir. Nous vivions séparément, chacun chez soi. On a décidé de faire chemin ensemble mais après un temps de flirt, j’ai constaté qu’elle avait un comportement insupportable, elle est impulsive, agressive. Elle aime forcer les choses. Je n’ai pas apprécié qu’elle m’oblige à aller voir ses parents pour demander sa main. A ce sujet, je lui ai dit que c’est trop tôt pour un engagement officiel. Car il fallait plutôt finir nos études et la suite sera plus facile. Mais, elle ne voulait pas entendre raison et cela est devenu des histoires à n’en point finir. Alors j’ai décidé unilatéralement de rompre la relation en novembre 2017. Nous avons eu dans la foulée, une rencontre décisive et je lui ai dit cela en face.

Qu’est-ce qui s’est passé, par la suite?

Sa génitrice a fait des histoires à ma grand-mère. La mère de mon ex est venue chez moi pour m’intimer l’ordre de laisser sa fille tranquille. Chose bizarre, la même est venue me voir une autre fois pour me demander pourquoi j’ai quitté sa fille. Elle a menacé de me battre à plusieurs reprises. Un jour, la dame a débarqué chez moi, j’étais au cours. Si j’étais présent, je ne sais pas ce qui adviendrait. Pourtant, quand j’ai dit à sa fille qu’on arrête, elle n’y a vu aucun inconvénient. Souvent, de façon fair-play, elle m’appelait pour me dire qu’après l’amour, ce n’est pas la guerre. Des fois, elle m’invitait à venir prendre des cadeaux. Je pense que c’est son coup qu’elle préparait ainsi. Elle m’a dit qu’elle s’est trouvée un copain. Moi également, je lui ai dit que j’ai aussi une nouvelle petite.

Que sont devenues vos relations?

Les relations sont devenues distendues et puis le jeudi 11 janvier dernier, tout a basculé. Quand je suis arrivé des cours, j’ai entendu frapper à ma porte vers 22h. J’ai aperçu, par les persiennes, mon ex avec un objet en main. Je croyais, comme elle en avait l’habitude, qu’elle tenait de la nourriture. Elle me lance qu’elle veut me parler. Alors je suis sorti. Nous nous sommes éloignés des lieux, elle m’a demandé pourquoi je l’ai laissée. Je lui ai rétorqué que cela est dû à son comportement insupportable. La situation a empiré avec les agissements de sa mère, lui ai-je expliqué(…) J’ai ajouté que j’ai même envoyé des gens chez son pasteur pour clore le débat. Malheureusement, quand je voulais retourner, m'a dit que ce n'était pas encore fini. Quand je me suis arrêté pour lui faire face, j’ai reçu un liquide brûlant dans le visage. Cela m’a automatiquement aveuglé. J’ai appelé à l’aide, de bonnes volontés accourues ont versé assez d’eau sur moi. Elles ont nettoyé mon visage, sans résultat probant. C’est alors qu’on m’a évacué au Chr d’Aboisso. Le lendemain, j’ai été conduit vers l’ophtalmologiste de l’hôpital général d’Ayamé. Là-bas, le praticien a conclu que ma vue est fichue.

 

Avez-vous suivi des traitements là-bas?

Non, nous sommes allés à Abidjan dans une clinique. On a aussi conclu que mes deux yeux sont atteints. Et qu’il faut six mois pour véritablement asseoir un diagnostic. Nous sommes repartis voir l’ophtalmologiste d’Ayamé car j’avais mal. Il a encore dit qu’il sera difficile de recouvrer la vue normale. C’est ainsi que sans perdre espoir, nous sommes partis au centre Don Orion de Bonoua. Même diagnostic mais le médecin a dit qu’il va essayer de faire quelque chose, de confier tout à Dieu. Et surtout de ne pas être habité par l’esprit de vengeance. Quelques jours plus tard, suite au traitement, il y a un œil qui a commencé à voir. Il a prescrit un traitement mais je n’arrive pas à lire et à voir correctement. Lors du dernier rendez-vous, le médecin traitant a dit qu’il a peur de traiter mon cas au risque de détruire définitivement les yeux. Voilà pourquoi il m’a confié à son collègue d’origine européenne car la tension de l’œil est à 42. Avec l’Européen, après la consultation, il a conclu qu’en Europe, on peut me sauver(…). Les praticiens avancent qu’il faut 48 millions de F Cfa, hormis les billets d’avion et l’hébergement, pour me sauver.

Etes-vous prêt à pardonner ?

Je me suis constitué partie civile(…) C’est le beau-père de mon ex qui vient fréquemment me rendre visite pour m’encourager. Quand nous avons les visites médicales, c’est lui qui paye les frais de consultation et les médicaments (…) Le mal est déjà fait, je suis prêt à pardonner. On n’y peut rien, qu’elle soit condamnée ou pas, le mal est déjà fait. Le maire Mamadou Kano, l’hôtelier Ouattara Kati et Kramo Alphonse, président du club des amis de Freddy, sont au nombre de mes bienfaiteurs.

 

Réalisée par J.Bédel (Correspondant régional)

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Jean BEDEL

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  • SOURCE: Soir info
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