N.N. Tanoh dit Os (dealer) : « Pourquoi j’ai abandonné l’enseignement pour vendre la drogue »

« Les lycées et collèges ont une filière de vente de drogue dédiée »

Il a abandonné l’enseignement pour s’adonner au très risqué métier de dealer. Dans cette interview exclusive, N’. N’. Tanoh alias Os explique les avantages et les inconvénients de son nouveau job.

Pourquoi avez-vous abandonné l’enseignement (dans un établissement de scolaire d'Attécoubé que nous gardons anonyme ) pour être dealer ?

N.N. S. dit Os : j’ai été un peu déçu par le salaire de misère, et surtout j’ai été sollicité et convaincu par un ami d’enfance de la famille S.

Comment s’appelle-t-il, et où est-il ?

Actuellement, il est en voyage. Son remplaçant direct, c’est le Babatchè (le boss) qui a les meilleurs fumoirs d’Abidjan, qu’on appelle par le nom d’une société de fabrication de téléphones portables. Son vrai nom, c’est S. B. Sa famille habite à la cité rouge et à Faya. C’est le Babatchè de tous. C’est lui qui m’a fait entrer dans le réseau en tant que vendeur.

Pourquoi vous a-t-il sollicité ?

Il m’a dit qu’il ne veut pas traiter avec les petits de la même ethnie que lui, car leur mentalité, c’est toujours de vouloir toucher son jeton (voler son argent). Moi je suis du Centre-Est, et j’ai toujours travaillé avec son grand frère, comme un contrôleur. Voilà comment mon rôle a commencé. De simple contrôleur, je suis passé au vendeur. De vendeur, je suis passé à livreur. Je suis un homme de confiance.

C’est tout un organigramme, n’est-ce pas ?

On peut schématiser comme ça. Malheureusement, et ce qui est déplorable, ce sont les pauvres qui prennent les pots cassés. Sinon, les nantis, eux, au contraire, ils ne font que grossir.

Comment peut-on écouler la drogue pure sur le marché ?

La drogue vient de façon pure. Vous et moi pouvons décider de créer un ghetto (fumoir) qu’on va nommer d’abord ghetto parallèle. C’est-à-dire qui n’est pas reconnu par des forces de l’ordre qui viennent prendre leurs rations. C’est-à-dire vous et moi, nous nous sommes entendus sur comment trouver du bon produit. Lorsque la drogue est disponible, nous coupons (rendre en quantité) comme de la levure. Il y a des produits chimiques qu’on prend pour mélanger la (drogue) pure pour la gonfler.

Pouvez-vous être plus explicite ?

Par exemple, si vous voulez de la drogue pure, le demi-gramme de cocaïne ou de l’héroïne, cela fait 15 000 francs Cfa, si bien sûr, vous vous déplacez vers le vendeur. Mais quand c’est eux qui se déplacent, il faut 5000 francs Cfa supplémentaires pour leurs frais de déplacement. Ils viennent vous livrer jusqu’au lieu indiqué.

Cette drogue pure n’est-elle pas manipulée quelquefois ?

Oui, cette drogue pure que nous appelons La craie, est mélangée par nos soins, à des produits chimiques, pour avoir une quantité énorme. Dès lors, l’héroïne que nous appelons Pao est vendue à 1000 francs Cfa. La cocaïne, qui est le Yor, est solidifiée et une pipe est nécessaire pour aspirer le truc. Elle coûte 2000 francs Cfa. Vous voyez que le prix est minimal par rapport au vrai produit pur.

C’est une machine huilée, n’est-ce pas ?

Bien sûr. Nous étions informés du coup d’Abobo (opération de destructions de fumoirs). Cette année, nous avons participé à la destruction du fumoir.

Avez-vous des complicités au sein des forces de l’ordre ?

Non, pas forcément. Mais, il faut couper des têtes. Madou est à la Maison d’arrêt et de correction d’Arrêt (Maca), donc actuellement, c’est Bill qui est là. Il ne restera pas trop longtemps là-bas, vous pouvez le vérifier. Ils sont en train de préparer une évasion dans les semaines à venir. Il a deux fumoirs. Le premier est au « Mali », à la montée, dans le garage en haut vers le rail, à Adjamé. Il a créé un autre fumoir, à Abobo, à Agbekoi, dans un trou, au quartier Colombie. On appelle cet autre fumoir, Le latin, c’est sa propriété.

Où a-t-il trouvé tous ces moyens pour mettre sur pied un tel fumoir ?

En fait, il était sous le couvert de J. S. C’est Koffi qui était son Babatchè, et lui était le bon petit. Quand Koffi a pris la tangente parce qu’un temps, l’opération Epervier de la Police chassait les grosses têtes, eux tous se sont cachés. Koffi étant en fuite, c’est lui Bill qui est au-devant des choses. Il a commencé à prendre pratiquement toute la clientèle au niveau d’Abobo.

Créer un fumoir n’est pas aisé, n’est-ce pas ?

On crée un fumoir à partir de deux idées. Soit on veut être un clando ou bien un fumoir parallèle, soit on ne veut pas être un clando, on veut être reconnu. C’est-à-dire être considéré comme un fumoir légal.

Un fumoir légal, ah bon ?

C’est-à-dire, je m’arrange à travers un ami X qui est corps habillé, qui connaît untel qui est dans les sections antidrogues. C’est mouvement de dose, il y a l’argent dedans, les gars-là (corps habillés, ndlr) vont prendre ration hein. Tout part de certaines unités ou sections antidrogues. Heureusement qu’elles ne sont pas toutes impliquées. Des éléments zélés ou qui outrepassent les ordres s’envoient eux-mêmes sur le terrain pour nous escroquer. Ils viennent prendre 25000f Cfa par jour.

Pourquoi 25000 francs Cfa alors que vous avez l’habitude de donner 3000 fcfa ou 5000 f cfa?

Leur quota est différent des autres parce qu’ils sont habilités à traquer la drogue. Voilà pourquoi chaque équipage, nous donnons 25000f cfa. Les autres, c’est 5000f cfa par jour, parce que les premiers cités leur ont passé le mot. Ils nous présentent soi-disant des responsables qui tissent des pactes avec nous, de peur de nous faire arrêter. Nous donnons 500. 000 francs Cfa pour l’ouverture et la reconnaissance du fumoir. Ensuite, ils nous demandent la situation géographique du fumoir.

Que vous exigent-ils, en plus ?

Apres avoir donné la situation géographique du fumoir, ils vont donner leurs conditions. Nous aurons quatre groupes qui nous visiteront par jour. C’est-à-dire, deux équipes qui font Nord-Sud, etc. Chaque équipe se présente à nous avec un soi-disant lieutenant. Nous lui remettons l’enveloppe des 25000f. Ça, c’est pour l’équipe. Et cela, chaque semaine, de lundi jusqu’à vendredi, sauf le samedi. Si nous avons raté un seul jour, ils vont nous montrer ça le lendemain matin. Dès 2h ou 3h du matin, les premiers signes sont là. Ils vont commencer à nous traquer.

Et l’enveloppe spéciale est destinée à qui ?

L’enveloppe spéciale, d’un montant de 250 000f, se fait vendredi soir, et est récupérée. A défaut, ils donnent un numéro, nous faisons un versement direct. Maintenant, la technologie est développée, nous n’avons   plus besoin de contact physique. . Nous ouvrons un compte pour faire le versement par transfert d’argent. Ils reçoivent plus par semaine. Parce que par semaine, chaque fumoir doit décaisser la somme de 200 000f. Nous par exemple, nous avons cinq (5) fumoirs. 200 000 francs Cfa multiplié par 5, ça fait 1 000 000 de francs Cfa. Nous payons la somme de 1 000 000 vendredi, au plus tard samedi. Actuellement, nous sommes en train de nous occuper à envoyer l’enveloppe. (il est 14h40mn au moment de l’interview). Au plus tard à 16h, c’est déjà parti.

Lorsque vous êtes en rupture de stock et qu’il n’y a pas d’argent, comment faites-vous avec les « corps habillés » ?

Il n’y a jamais eu de rupture. C’est lorsqu’il y a des troubles dans le pays, que nous craignons la rupture. Le djonki (consommateur de drogues) n’aime pas être perturbé. C’est-à-dire, quand il y a l’instabilité, il y a des tirs par-ci, par-là, ça court ici ou là. Sinon, notre plus grand problème, c’est de nous entendre avec nos gars, les corps habillés.

Les opérations de destruction de fumoirs ne semblent pas vous affaiblir, n’est-ce pas ?

C’est un jeu, nous finissons par nous entendre. Sinon, devant les caméras, ils vont venir le matin, pour brûler les petits trucs, à savoir, des cartons, des sachets nylon, et repartir. Dans la plupart des destructions de fumoir, les gendarmes appuient les opérations. Mais, une fois qu’ils sont partis, nous remettons une sommes avoisinant 100 000f, nos bramogo (amis corps habillés) libèrent nos gars qu’ils avaient pris. Voilà comment nous nous entendons. En tout cas, ils nous avertissent. Mieux, il y a une collaboration entre eux et nous.

Jusqu’où collaborez-vous avec les forces de l’ordre ?

Au cas où il y a un vrai bandit ou bien une situation sécuritaire, par exemple des éléments dangereux ou bien des éléments armés. Forcément, ils passent dans les fumoirs parce qu’ils ont besoin de dose. Actuellement, il y a beaucoup de militaires qui sont avec nous là-bas, qui forment des bandes armées.

Combien de groupes armés forment-ils ?

Je connais au moins trois ou quatre groupes, mais si je veux entrer dans les détails, ils vont me tuer. Ils m’ont déjà frappé une fois. Donc, je ne peux pas perdre ma vie pour rien. Ceux-là aussi, nous les balançons à la Police.

Ne craignez-vous pas d’être trahi à votre tour ?

C’est ce qui a fait qu’aujourd’hui, nous avons rompu le contrat avec eux. Ce sont des éléments de la Police qui font double jeu. Ils jouent le jeu plutôt pour avoir de l’argent, ils ne jouent pas le jeu pour la loi. La plupart des personnes qu’ils réussissent à interpeller, s’arrangent avec eux pour recouvrer la liberté. Et quand celles-ci sont relâchées, ils vont même jusqu’à leur dire qui les a trahies. C’est ça le problème, et ça devient un règlement de compte. Donc, maintenant nous les Babatchè, nous nous sommes passé le mot d’ordre jusqu’à Abobo. Nous ne balançons plus personne ! Si c’est peut être une situation sécuritaire qui engage les intérêts de la nation, là, nous n’hésitons pas à informer. Actuellement, il y a des groupes de militaires qui sont en train de constituer une évasion.

Vont-ils déstabiliser le pays ?

Nous ne savons pas qui ils vont attaquer mais le plan est déjà trouvé, les gardes pénitenciers qui sont impliqués viennent prendre leurs quotas. Nous attendons le jour J. C’est par rapport à une date bien précise qui est en rapport avec un communiqué, au cours duquel, il aura du monde.

La Maca est quand même sous haute surveillance…

Le parloir de la Maca, est tellement composite. Il confond les visiteurs et les chiens de guerre, pensant qu’ils sont ensemble. Dès que vous traversez la grille net, ils sont ensemble. Il y a des gardes pénitenciers qui consomment et en même temps sont chargés de récupérer les rations avec nous. Maintenant, il y a des Babatchè qu’ils ont attrapés, qui sont là-bas et qu’ils ont juré de libérer. Ils ont fait une grande réunion sécrète.

Qu’est-ce qui a été décidé ?

Les Babatchè se sont réunis et se sont entendus avec les gardes pénitenciers. Koné par exemple, c’est lui qui dirige le groupe. Ils vont faire ça un jour de parloir, ils vont mélanger. Pendant ce temps, les gars vont profiter pour disparaître. Le hic, c’est qu’il y a des policiers, gendarmes et militaires qui veillent au grain. C’est pourquoi, les gardes pénitenciers ont trouvé l’astuce, tout simplement : c’est le jour du parloir. Je sais quels moyens ils ont mis en place, ce n’est pas une petite machine. Ce qui est sûr, la Maca ne sera pas en paix.

N’est-ce pas tout ce business qui vous a poussé vers la drogue ?

Non, pas forcément. A cette époque-là, la drogue forte n’était pas trop sur le marché, comme ça. Rarement, c’étaient des élèves qui prenaient du cannabis. C’étaient surtout des élèves venant des bas quartiers comme Abobo, Adjamé. Ce qui était encore plus dangereux, hors mis la drogue, c’étaient les prédateurs sexuels. A cette époque-là, vraiment, il faut reconnaitre que les élèves et les enseignants ont eu des relations sexuelles pas possibles.

Les choses n’ont pas véritablement changé et se sont empirées…

C’est vrai, aujourd’hui, ce qu’il y a dans les écoles, c’est la drogue et surtout la prostitution organisée. Pratiquement, les grands établissements que nous connaissons et même jusqu’à Mermoz, ont des fournisseurs. Moi par exemple aujourd’hui, le rôle qu’on ma signé par rapport à la maladie, c’est de surveiller la Camora (trafic)

Faites-vous confiance totalement à vos fournisseurs ?

Pour l’approvisionnement des fumoirs, ce sont des gens qui font venir depuis l’extérieur, plus précisément du Ghana, avec la complicité de certains douaniers qui sont à la frontière. La drogue vient en pure. Maintenant, les Babatchè comme S., qui est devenue comme le directeur général, prend contact avec un Ghanéen, que nous connaissons très bien et qui est fiché. Il est très international, très fort en matière de dosage. Il peut envoyer n’importe quel nombre de kilogramme de dose que vous voulez. Lorsqu’il envoie, nous récupérons une quantité dans nos labos.

Vous avez combien de labos spécialisés ?

Il y deux terrains que je maitrise plus : Abobo et Adjamé.

Et Yopougon Yaossehi ?

Bon, Yaossehi, on a voulu m’envoyer là-bas, mais j’ai décliné l’offre. A Yopougon, les enfants ne sont pas bons. Je porte toujours un appareil car je suis malade. Je suis malin dans le système, donc je me méfie beaucoup.

Comment un laboratoire se présent-t-il ?

Si vous accédez à un labo, vous serez étonné. C’est très frigorifié, avec des éprouvettes. Un studio peut suffire à notre bonheur. Nous n’avons pas besoin d’un grand espace. Avant, c’étaient des Nigérians Ibo qui étaient des spécialistes de ce mélange. Maintenant, nos frères Ivoiriens maitrisent le procédé. Nous-mêmes avons créé nos propres labos pour transformer nos produits, et mettre sur le marché. Maintenant, ceux qui veulent le pur, paient le prix. Pour ce qui sort du labo, c’est pour ceux qui n’ont pas assez de moyens.

La création des labos répond-t-elle aux exigences des consommateurs qui ne peuvent se passer de leur dose ?

La dépendance fait que le djonki besoin de la dose rapidement. Sauf s’il n’est pas dans le ghetto. S’il n’est pas dans le ghetto, c’est le risque puisque la zone n’est pas bouclée. Il va aller vers le lieu. Dès qu’il arrive, il faut qu’il ait sa consommation. A ce moment précis, il devient violent et peut vous faire du mal. Des fois même, il crie sur les camoratiens. S’il crie, c’est qu’il y a une rupture. Automatiquement, les camoratiens s’approvisionnent en gros lot. Car, c’est à travers le gros lot qu’eux aussi gagnent. Rapidement, ils nous font appel, parce que nous sommes les numéros un sur le terrain.

Sur quelles bases vous proclamez-vous numéros un de la drogue à Abidjan ?

Nous avons un ghetto à Yopougon. Le fumoir de Yaossehi, c’est pour nous. A Koumassi, le fumoir de Divo, c’est pour nous.

Le fumoir d’Anoumabo ne vous appartient pas

C’est vrai, le fumoir d’Anoumabo, n’est pas pour nous. Nous n’avons pas non plus de fumoir à Marcory et Treichville.

Comment faites-vous pour gérer les litiges et autres conflits de compétences ?

Nous sommes obligés de collaborer et d’aider à la résolution des problèmes, en cas de litiges entre eux.

Qu’est-ce qui peut provoquer des litiges ?

Les litiges sont dus à l’occupation de terrain. Par exemple, Konan (le virus), c’est lui qui occupe le terrain d’ici (Marcory). Quelqu’un peut vouloir le déloger en créant un gbagban (tension, affrontement). Il y a également la jalousie. Cela se vérifie au niveau des camoratiens qui deviennent des ennemis, après avoir travaillé ensemble.

Comment expliquez-vous cette animosité entre camoratiens ?

Parce qu’ils commencent à percevoir beaucoup d’argent. Plus grave, lorsque nous les affectons vers des ghettos moins juteux, ils vont chercher à se venger, en formant un gang ou en dénonçant auprès des forces de l’ordre. Ils peuvent même louer un gang d’un autre fumoir ou d’un autre territoire, pour venir agresser physiquement à la machette. Cela, pour contrôler le terrain afin qu’ils puissent venir s’asseoir là. C’est ce qui s’est passé à Attécoubé et à Yopougon-Koweït, le jeudi 19 juillet 2018.

Donc, vous avez divisé Abidjan ?

Oui, en deux zones de quatre terrains, en nous appuyant sur les quatre points cardinaux (Nord, Sud, l’Est et l’Ouest).

Avec votre état de santé, tout ou presque vous échappe, apparemment…

Oui, à l’époque, je régnais. Aujourd’hui, je n’ai plus rien. Je ne peux pas dire que j’ai tout perdu parce que j’ai investi dans une ville au Centre-Est. Mais je préfère que ça reste sous silence. Actuellement, j’ai dix hectares d’hévéa qui sont en production. Dans deux ans, j’aurai   les fruits. Mais actuellement, c’est mon oncle qui s’occupe de tout. Voilà, c’est tout cela que j’ai pu faire puisque j’ai mis une bonne partie de mon argent dans la consommation de l’alcool et surtout dans la dépravation.

N’empêche, vos « petits » protègent vos intérêts, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, il n’y a pas un fumoir qui ne me connaît pas, et qui ne me fait pas de dose cadeau. Je suis malade et je ne veux plus retourner dans la consommation.

Vous avez en votre possession les instruments pour la consommation !

Oui, c’est pour un client. Il m’a dit de lui envoyer son produit dans la soirée. J’ai gardé une seringue pour lui. Il va mélanger ça dans la cuillère.

Est-ce un ressortissant de l’Afrique du Nord, avec les initiales qu’on peut voir ?

Oui, je livre là-bas la nuit. C’est la première des choses. Dès qu’on appelle la prière de 18h, il faut que la marchandise soit là, sinon c’est danger immédiat.

Que s’est-il passé pour que des lycéens tentent de s’affronter, avant les vacances ?

Les élèves de deux lycées ont failli en venir aux mains dernièrement parce qu’il y a une Camora composée d’élèves, qui va prendre de la drogue pour venir vendre aux élèves. Ayant découvert, les élèves de ces établissements ont exprimé leur colère.

Comment cela a pu être possible quand on sait que c’est discrètement que la Camora vend la drogue ?

Puisque le Pao, qui est l’héroïne en poudre, n'a pas d'odeur. Vous prenez la cigarette, vous enlevez les fibres à l'intérieur, vous mettez dans un papier, vous chauffer la cigarette un peu. Vous faites le mélange pour obtenir ce qu’on appelle ‘’beurré’’. Après le mélange, vous mettez dans une tige, et vous fumez comme de la cigarette. Maintenant, la cocaïne, on la solidifie. C'est avec une pipe et un peu de cendre. Le Pao se met au-dessus avant de passer une allumette enflammée, pour ensuite fumer.

Le Pao ou Yor ne se fume pas comme une cigarette ordinaire ?

C'est le pur ou le demi-gramme qui est à 15 000f lorsque vous vous déplacez. Je fais deux traits côte à côte avec la poudre, vous prenez une carte magnétique, et vous aspirez. Il y a certains djonki qui adaptent le système direct parce que souvent, ça fait couler la narine ou bien ça donne des plaies au niveau des narines. Vous prenez la drogue, la mettez dans la cuillère pour chauffer avec un briquet. Vous prenez la seringue et vous piquez avec. Cette sensation-là, ah ah!

A quoi peut-on comparer la sensation de la drogue que vous vénérée ?

La sensation est au-delà de l’orgasme. Voilà pourquoi le vrai consommateur ne peut pas s'entendre avec sa femme. Regardez bien toujours, les grands types du pays qui consomment la drogue, convoiter une femme n'est pas dans leur gamme (esprit). C'est une inspiration qui est trop dangereuse. Si vous êtes dans le domaine artistique, ça va vous rendre maître. Surtout dans le monde des affaires, il y a des avocats qui viennent nous voir.

Y a-t-il d’autres corporations qui vous sollicitent ?

Oui, Il y a des journalistes. Par exemple, H. D. , lui c'est un vieux môgô (aîné).

Il y a des hommes politiques que nous connaissons très bien, qui aujourd'hui, sont au-devant de la scène. Nous avons des députés. S. F., homme d’affaires à Adjamé, se fait livrer spécialement. Il prend le pur. D'après lui, celui qui mélange son produit, il gâte tout le coin. Donc, avant que ça n'arrive à son niveau, ça passe par trois étapes de vérification. Nous vérifions nous-mêmes au niveau de la Camora, avant d'aller lui donner son produit sur place.

Malgré cela, n’y a-t-il pas des camoratiens qui vous échappent ?

Ils sont dans des bars climatisés de prostituées de luxe, où il y a des boss qui viennent. Ils aiment le plaisir hard, et raffolent de ces prostituées. Pratiquement sur dix prostituées de luxe, il y en a huit qui consomment y compris des Babatchè. Ces enfants-là, ces « imbéciles », prennent attache, avec le gérant du bar climatisé pour lui faire savoir qu'ils ont de la drogue pure sur lui, chaque soir.

Qu’en est-il du bord des plages ou du long du littoral ?

Au bord de la plage, c’est du trafiqué. Les petits vendeurs de plage rendent les gens malades. Parce qu'ils vont refaire encore d'autres mélanges pour quantifier encore leur business. Ils vendent ça comme des vendeurs ambulants. Comme ils ne sont pas localisables, c'est avec les codes qu'ils vendent leurs marchandises. Ils sont incontrôlés et luttent pour eux-mêmes. Il y a le Da qui est là hein. Celui qui est dans le milieu sait. On n’a plus besoin de dire Pao aujourd'hui. On dit : « il y a le Da qui est là ».

Avez-vous des conseils à donner à ceux qui sont plongés dans la drogue ?

Ce qui est dangereux, c’est qu’on ne peut plus donner de conseil. Moi-même, des fois, je trouve certains de mes petits qui sont dedans, et qui me disent : « mon vieux, j'ai fait cassa (détourné ou braqué) 800 mille francs Cfa ». Soit il a volé, soit il est allé braquer quelque part. Au mois d’avril, j'étais avec un ami (dont nous taisons le nom), je lui ai dit : «  tu viens d’avoir 800 mille, va au village, fais-toi au moins un champ d'anacarde et tu viens après ». La drogue, c'est comme un aimant, on reste là jusqu'à ce que l’argent finisse dans la java. Me voici, je suis attaché mais je veux tout faire pour me débarrasser, je n'arrive pas. Je suis pris dans le piège. Aujourd'hui où je suis, tantôt je veux abandonner, tantôt je ne peux pas parce que je connais trop de choses.

Avez-vous besoin d’une aide quelconque pour abandonner ?

Si je dois abandonner, il faut que je quitte Abidjan, pour m'installer au village totalement. Sinon, ils diront que c'est moi leur ennemi. Regardez tous les Babatchè recherchés aujourd'hui, moi je connais jusqu'à leurs domiciles, leurs ministres de l'économie et des finances. C'est à dire, ils ont des hommes qui gardent leur argent. Aujourd'hui, les filles sont dedans. Chaque établissement à son livreur. Aujourd’hui, personne ne peut quitter à l’extérieur pour aller vendre la drogue dans une école, au risque d’être lynché. Les lycéennes et lycéens consomment. A qui doit-on donner des conseils ? Les forces de l'ordre sont plus pourries que nous. Il n’y a pas un djonki qui va t'écouter aujourd'hui. Ce n’est pas possible. Ce qu'on peut faire, c'est de couper les vraies têtes.

Lesquelles ?

C'est à dire les attraper réellement et les éliminer. Comme ce fut le cas avec cette chasse que les forces de sécurité avaient lancée au début d’année, avec les opérations Eperviers. Ils ont foutu la trouille, au point où S. est allé se cacher dans la cour familiale à Abobo. C'est là-bas les que gens partaient lui livrer l'argent de la drogue. Si les forces de l’ordre sont décidées, elles peuvent.

Interview réalisée par M’BRA Konan

 

 

M'Bra Konan

|

  • SOURCE: Soir info
Previous ◁ | ▷ Next

LES ARTICLES LES PLUS LUS

Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte