Dossier

Francophonie/Le français à l’épreuve des anglicismes : Pourquoi et comment l’anglais envahit le français

*Ce qu’en disent les experts

Empruntés à l’anglais et, de plus en plus, à l’anglo-américain, les anglicismes sont-ils en passe d’envahir le français? Que faire face à ces anglicismes? Est-il correct de les utiliser? Petit éclairage sur le sujet…

Selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales (Cntrl) en France, un anglicisme est un «sens ou tour syntaxique anglais introduit dans le vocabulaire ou la syntaxe d’une autre langue». Ce qui donne, en pratique, par exemple : «Le boss est overbooké, c’est moi qui suis en charge du feedback du meeting de la semaine dernière», au lieu de : «Le responsable est surchargé, je suis donc chargé du compte-rendu de la réunion de la semaine dernière».

Du point de vue linguistique, tous les secteurs de la société française ou francophone sont influencés par «la» langue considérée comme internationale: l’anglais. De la télévision à la radio, en passant par les discours des personnalités politiques, certains anglicismes sont tellement utilisés qu’on ne se rend plus compte du mélange anglais-français (ou franglish) qui inonde la langue de Molière.

Selon Ogou F., enseignant en Linguistique, cette présence «trop imposante» de l’anglais dans le parler français est souvent dénoncée par les linguistes puristes. A l’analyse, selon l’expert, il ressort trois types d’anglicismes qui ont tous pour point commun d’être «empruntés-adaptés».

Les quasi-inévitables. Il s’agit des termes entrés dans l’usage plus-que-courant: «football» ou «week-end» par exemple. Certains de ces idiotismes (Un idiotisme ou expression idiomatique est une construction ou une locution particulière à une langue, qui porte un sens par son tout et non par chacun des mots qui la composent, ndlr) propres à l’anglais, et qui figurent dans les dictionnaires au même titre que les vocables purement français, ont souvent leur orthographe légèrement modifiée en français: «week-end», comme un certain nombre de ses cousins-anglicismes, prend un trait d’union en français. Contrairement à l’anglais, où il s’écrit en un seul mot. De la même manière, qui dit qu’il va «voir une partie de balle au pied» au lieu d’un «match de football»?

Critiqués et remplaçables. Viennent ensuite ces termes dont l’emploi est critiqué et pour lesquels certains dictionnaires recommandent un synonyme français. Par exemple : «Parking». Le Comité d’étude des termes techniques français a recommandé l’usage de «parc» comme traduction de parking. De plus, bien qu’emprunté à l’anglais, le substantif «parking» revêt une signification propre au français (de France), puisqu’un «parking» se dit en fait «car park» en anglais britannique et «parking lot» en anglais américain. Ainsi, ces mots en «-ing» sont toujours dénoncés par les puristes, car ils sont considérés comme étrangers à la structure morphologique et à la prononciation du français. D’autres mots anglais, tels que «prime time» ou «scoop» continuent d’être largement employés, mais ils doivent lutter pour leur survie contre des concurrents français tels que «heures de grande écoute» ou «exclusivité».

Jeune et cool. On trouve enfin les purs anglicismes employés «parce que ça fait cool». Relevant presque d’un jargon, ils peuvent être associés au monde d’aujourd’hui, aux cadres branchés du monde moderne: «Ce reporting est incomplet. En plus, Christophe n’a pas respecté le process métier!» (En entreprise). A la génération Web 2.0: «J’ai uploadé une photo de profil sur mon Facebook» (on conjugue le verbe anglais à la française).

L’Académie française. Gardien du Temple, l’Académie française a tout simplement créé un espace sur sa page Internet dédiée aux anglicismes et néologismes: «Dire, ne pas dire». Le site recense quelques anglicismes, en apporte une explication historique et conseille une meilleure version/traduction au cas par cas. Prévenir l’arrivée en grand nombre et la fixation des anglicismes et des emprunts en français est l’une des missions de l’Académie française. A cet égard, la mise en place de la base de données ‘’France Terme’’ qui regroupe tous les d’équivalents français publiés au Journal officiel par la Commission générale de terminologie et de néologie de l’Académie française se révèle très utile. «Mais encore faut-il que les Françaises et les Français (les passionnés de la langue française sans doute) la consultent et soient disposés à accepter, à intégrer et à employer ces termes», nuance Dr Ogou.

De fait, les anglicismes sont également présents dans d’autres langues. Mais aussi et surtout, ils le sont dans certains domaines spécifiques : la médecine, l’économie ou l’informatique... Mais l’informatique et la publicité ne sont pas les seuls domaines où l’anglais s’invite et se met à l’aise. La présence de l’anglais dans la pub et le commerce en France peut s’expliquer par l’effet vendeur supposé. Même si dans la pratique, ils sont de vrais casse-têtes pour les traducteurs, comment traduire un mot anglais qui n’a pas d’équivalent en français par exemple ? Faut-il inventer des mots nouveaux? Insérer des mots anglais dans un texte en français?

Concision expressive. Pour l’académicien Patrick Vanier, «il est excessif de parler d’une invasion de la langue française par les mots anglais ». En fait, les emprunts à l’anglais sont un phénomène ancien. Les premiers exemples recensés remontent avant 1700. Et certains anglicismes squattent l’espace francophone depuis si longtemps qu’ils font partie intégrante de la langue française moderne. Ces emprunts à l’anglais, qui ont connu une accélération ces 20 dernières années, tiennent au fait que l’anglais est aussi la langue de la première puissance économique, politique et militaire, et l’instrument de communication de larges domaines spécialisés des sciences et des techniques, de l’économie et des finances, du sport, etc. «A cela, s’ajoute qu’on concède généralement à l’anglais une concision expressive et imagée qui, même si elle peut nuire parfois à la précision, s’accorde au rythme précipité de la vie moderne.», explique Patrick Vanier.

Au demeurant, il faut croire que l’usage des anglicismes reflète aussi une souplesse générale – ou une ouverture – des Français dans leur ensemble. A l’ère de la mondialisation, l’attachement à son pays et à sa culture n’est pas incompatible avec un parler «international», admettent les spécialistes. D’ailleurs, de leur côté, les Anglais aussi s’ouvrent de plus en plus à des mots français. Les termes «chic», «rendez-vous», «croissant», « déjà vu », «fiancée», «bizarre» ou les expressions idiomatiques «à la carte» et «c'est la vie» font ainsi partie intégrante du paysage linguistique anglophone.

Par Ameday KWACEE

 

 

Améday KWACEE

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  • SOURCE: L'inter
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