Agriculture / Quand la culture du cacao et de l'hévéa menace la forêt en Côte d'Ivoire : les chiffres alarmants et les craintes, le gouvernement en alerte


Les millions hectares de couvert forestier, autrefois fierté de la Côte d'Ivoire....

Septembre 2019. Une mission conjointe de L’International cacao initiative (Ici) et de l’ambassade des Etats-Unis se rend à San-Pedro, pour l’inauguration d’une école au cœur de la boucle du cacao, à l’ouest. Une zone naguère forestière qui attirait les bras valides du monde paysan en Côte d’Ivoire. Le premier constat sur le parcours, d’Abidjan à San-Pedro, en faisant le détour par Divo, Lakota, Gagnoa et Soubré (la voie de la côtière étant abîmée et coupée), c’est la disparition quasi-totale du couvert forestier. Ce paysage ombrageux, qui semblait faire la fierté de la Côte d’Ivoire. En lieu et place de cette verdure naturelle, c’est plutôt un nouveau paysage qui se laisse découvrir. La forêt a laissé place à de vastes étendues de plantations de cacao et d’hévéa livrant une visibilité à perte de vue en ces zones où, il y a à peine deux décennies, il était impossible de promener son regard sur une centaine de mètres. Signe patent que la forêt ivoirienne est bien menacée.

De seize (16) millions d’hectares depuis plusieurs décennies, en effet, la Côte d’Ivoire compte aujourd’hui moins de deux (2) millions de forêts naturelles, selon les chiffres officiels des organismes en charge du secteur. Le slogan des années 1980 : ‘’Le succès de ce pays repose sur l’Agriculture’’ et la politique du retour à la terre a drainé des millions d’Ivoiriens dans les forêts de l’Ouest après celle de l’ex-boucle du cacao au Centre. En plus de ces populations, se sont ajoutées des vagues de migrants de la sous-région qui exercent une pression démographique sur les terres cultivables au mépris même des parcs et réserves et autres aires protégées. Toute chose qui accélère la déforestation et menace l'environnement en Côte d'Ivoire malgré les efforts de lutte contre le changement et le réchauffement climatique aux effets pervers sur l'ensemble de l'humanité. 

Partout presque sur le territoire ivoirien, il n'y a presque plus de forêt. Ici, c'est du café ou du cacao! Là, c'est des étendues de plantations d'hévéa à perte de vue. De l'autre côté, ce sont de vastes hectares de palmiers à huile. Bref, à l'appel du « retour à la terre », les réponses ont dépassé les espérances. Et la menace environnementale est palpable. Si l'on n'y prend garde, le pire reste à venir.

 

plantation de cacao

                                                                                                            ....ont laissé place aux milliers d'hectares du binône café-cacao priorisé par l'Economie ivoirienne....

Ce n'est un secret pour personne aujourd'hui, le dérèglement des saisons pluvieuses, mais aussi ces pluies diluviennes inattendues qui causes morts et désolations dans des zones tant rurales qu'urbaines. Tout a changé, sans ignorer l'impact sur les périodes culturales de plus en plus incertaines susceptibles de constituer une cause de famine à l'horizon. Face à phénomène, que fait le gouvernement ?

Nouvelle politique forestière

La question méritait d'être posée. Mais, en attendant qu'une voix officielle du ministère des Eaux et Forêts s'autorise à répondre à nos préoccupations, c'est une série de documentations dont notre équipe de reportage a pu entrer en possession. Visiblement, le gouvernement ne méconnaîtrait pas ce phénomène de la déforestation liée aux cultures pérennes et est en alerte sur le dossier. Au ministère des Eaux et Forêts, l'on semble avoir une pleine conscience du contexte extrêmement délicat pour la Côte d’Ivoire. Ce qui explique l'adoption d'une politique d’exploitation, de réhabilitation et d’extension des forêts, dans la logique pour l’État ivoirien de respecter ses engagements internationaux en matière de lutte contre les changements climatiques, mais surtout de poursuivre la production légale du Cacao, principal produit d’exportation et soutien important de son économie.

Il n'est pas déplacé de le dire. Produire du cacao ou de l'hévéa en détruisant la forêt est tout aussi nuisible que le travail des enfants dans la cacaoculture faisant l'objet d'une lutte acharnée de l’État de Côte d'Ivoire et de plusieurs structures internationales engagées dans ce combat. Chocolat contre catastrophe écologique, dégratation du cadre de vie! Là aussi, il y a un choix à faire.

 

hévéa

                                                                                                            ..... ainsi que la culture de l'hévéa de plus en plus prisée......

Fort heureusement, sur la question, l'on peut se réjouir a priori de la bonne volonté affichée par le ministre Alain Richard Donwahi, ministre des Eaux et Forêts, engagé à lutter contre le cacao clandestinement et illégalement produit. « Le cacao issu des forêts classées sera purement et simplement retiré de la vente », dixit le collaborateur du président Ouattara

A en croire notre source, une nouvelle politique forestière a été adoptée pour répondre à plusieurs problématiques. A savoir la lutte prioritairement contre les changements climatiques en optant pour une « agriculture zéro déforestation ». Mais aussi, la préservation de la biodiversité, la reconstitution d'un climat propice aux activités agricoles et à la qualité du cadre de vie, en prenant en compte les dimensions économiques impliquant les industries du bois et les besoins primaires des populations en termes de bois de chauffe, de charbon de bois, …. Des activités dont le maintien et le développement raisonné devrait contribuer à la création d’emplois stables et rémunérateurs. « Les grands axes de la nouvelle politique milite pour la plupart pour la reconstitution et la gestion durable des forêts classées », explique un technicien des Eaux et Forêts qui révèle des initiatives en cours pour compléter dans l'urgence le dispositif législatif et réglementaire de protection des arbres et massifs forestiers en introduisant dans le Code Forestier un nouveau statut, celui de l’Agro-forêt classée.

 

Des milliers d'hectares encore menacés

La stricte protection des forêts classées conservées, leur catégorisation en « aires protégées », le « surclassement » d’autres forêts identifiées après inventaire, le reclassement des forêts classées dégradées et les actions visant à faire respecter strictement la logique des forêts classées et les textes applicables en la matière s'inscrivent dans le combat mené par les service du ministre Alain Richard Donwahi. Lequel ministère, n'exclurait pas, dans cette logique, de faire sortir de ces forêts et réinstaller, dans le respect de leurs droits et avec la progressivité nécessaire, les populations encore relativement peu nombreuses qui s’y sont implantées.

 

palmier à huile

                                                                                                             .... et ces vastes étendues de palmiers à huile.....

En appendice, l'application de l'agro-forêt-classée à tous les espaces du domaine foncier rural qui s’y prêtent, dans le respect des droits fonciers acquis, coutumiers ou modernes constitue un axe non négligeable pour les autorités ivoiriennes. Les chiffres, en la matière, parlent. Selon des données, dont nous avons eu accès, des massifs forestiers résiduels du domaine rural ont déjà été identifiés par l’exploitation d’images satellitaires en 2015. Ce travail préliminaire indique l’existence d’environ 325 espaces de plus de 200 hectares chacun, couverts de forêts à plus de 70 % et représentant en tout près de 260.000 hectares. Ces milliers d'hectares, qui prennent en compte les forêts sacrées faisant l'objet d'une attention toute particulière, restent toujours menacés, car jusque-là ni suffisamment protégés par des textes, ni surveillés.

Visiblement, le gouvernement via le ministère des Eaux et Forêts et la Société de développement des forêts – son démembrement - ne manque pas de bonnes intentions et d'initiatives. A l'instar du choix d'une opération de planting d'arbres le 15 novembre dernier pour marquer la Journée nationale de la Paix.

 

Forêt dégradée

                                                                                                            ....qui laisse un environnement dévasté, une catastrophe écologique

Mais, ces intentions et ces initiatives, comme dans bien de domaines, doivent se traduire en actes concrets sur le terrain en prenant réellement le taureau par les cornes. Car, en passant de 12 millions à 24 millions d'habitants en quelques décennies, il est claire que ce n'est pas pour demain, la fin de la pression démographique sur les forêts et les espaces cultivables. Et si l'on pensait simplement le modèle agricole ivoirien en envisageant sérieusement une agriculture intensive pour pallier le déficit progressif de forêt et de terre ?

F.D.BONY

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Félix D. Bony

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  • SOURCE: Linfodrome
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