Côte d'Ivoire

Grève des enseignants : La COSEFCI annonce la suspension de solde de 1 500 enseignants, la CNEC se dit préoccupée

Samba David (Coordinateur PDLCI) : « C’est encore une violation de nos libertés et une mise en mal de notre constitution »
31/05/2019
Grève des enseignants : La COSEFCI annonce la suspension de solde de 1 500 enseignants, la CNEC se dit préoccupée
Les membres de la PDLCI sont déterminés à défendre leurs droits et interpellent le gouvernement

La plate-forme pour la défense des libertés en Côte d’Ivoire (PDLCI) qui est un regroupement de 14 structures (associations, ONG et syndicats) a animé une conférence de presse, le jeudi 30 mai 2019, au siège de la Coordination nationale des enseignants et chercheurs (CNEC), à l’université Félix Houphouët Boigny, pour dénoncer la mise en mal des libertés syndicales et d’expression.

Samba David, coordinateur de la Plate-forme pour la défense des libertés en Côte d’Ivoire (PDLCI) et plusieurs responsables des structures de ladite plate-forme ont animé une conférence de presse, le jeudi 30 mai 2019, pour se prononcer sur la « mise en mal » de leurs libertés : liberté syndicale et liberté d’expression. « Nous sommes là pour nous prononcer sur le sujet de la mise en mal de nos libertés : la liberté syndicale et la liberté d’expression. Depuis quelques jours, nous avons assisté, à travers les réseaux sociaux, la mise en place d’un comité interministériel. Selon cette information, il serait mis en place pour les radiations des enseignants grévistes. Selon nous, c’est encore une violation de nos libertés et une mise en mal de notre constitution. Nous sommes là ce matin pour dénoncer ce fait-là », a introduit Samba David.

A sa suite, Kanga Kouassi Ernest qui représentait Pacôme Attaby, porte-parole de la Coalition des syndicats du secteur éducation et formation de Côte d’Ivoire (COSEFCI), a pris la parole pour dénoncer des ponctions disproportionnées sur les salaires des enseignants. « Au niveau de la Cosefci, nous sommes pour la ponction quand elle respecte le nombre de jours de grèves. Lorsqu’on n’a pas travaillé, on est d’accord qu’on ne nous paie pas. Mais si c’est 10 jours, on fait une ponction de 10 jours. Mais quand on fait 4 ou 5 jours et qu’on nous fait une suspension de salaire, nous n’acceptons pas ça. C’est ce que fait le gouvernement. Nous avons eu des ponctions disproportionnées, des suspensions de solde. Et ils sont allés même jusqu’à geler les comptes (compte courant et compte d’épargne). Cela n’a jamais été vu en Côte d’Ivoire et ailleurs dans le monde. Voilà des actes qui ne permettent pas d’aller à l’apaisement alors que le gouvernement chante chaque fois que nous devons aller à l’apaisement. Mais on ne peut pas y aller dans ces conditions. Ce sont des violations des libertés syndicales. Toutes ces actions sont menées pour intimider nos camarades », a-t-il martelé avant de préciser que toutes les grèves de la COSEFCI sont légales : « Nous avons déposé un préavis de grève. Chaque fois, nous respectons les textes »

Kanga Kouassi Ernest a fait savoir que la COSEFCI ne peut pas accepter ces sanctions. « On ne peut pas accepter que pendant que nos grèves sont légales, on nous applique des sanctions qu’on ne mérite même pas. Le comble, Mme le ministre, lors d’une conférence de presse, il y a pratiquement trois semaines, a annoncé qu’elle allait procéder à des suspensions de solde et à des radiations »

« 1 500 enseignants suspendus de solde »

Il a ajouté que la ministre de l’Education nationale a mis ses menaces à exécution, après sa conférence de presse. « Juste après elle, l’inspecteur Kourouma est venu annoncer la mise en place du comité interministériel pour accélérer la radiation des enseignants grévistes. Au début, nous avons pensé que c’était un jeu. Pour ce mois de mai qui vient de s’achever, 1 500 enseignants ont été suspendus de solde », a-t-il révélé, avant d’ajouter que « La mesure de radiation est effectivement en cours »

Le représentant de la COSEFCI n’a pas manqué d’accuser le gouvernement. « Mais le gouvernement dit que notre grève est illégale et met un comité en place un comité interministériel pour accélérer les sanctions. Donc si les syndicats sont dans l’illégalité, le gouvernement aussi a la possibilité de se mettre dans l’illégalité. Comment un pays de droit peut raisonner comme ça ? », s’est-il interrogé, avant de « condamner avec la dernière énergie toutes ces manœuvres du gouvernement »

Pour terminer, il a interpellé le gouvernement. « La grève est un droit pour le travailleur. Il faut que le gouvernement reconnaisse ce droit-là aux travailleurs. Pour éviter la grève, il faut apporter des réponses en temps opportun aux travailleurs »

Pour sa part, le professeur Johnson Kouassi Zamina, secrétaire général de la Coordination nationale des enseignants et chercheurs (Cnec) s’est dit préoccupé et abattu par la situation. « Après avoir écouté nos collègues du primaire et du secondaire représentés ici par la Cosefci, nous, Cnec, nous sommes abattus par ce qui se passe. Comme nous sommes de la même corporation, c’est comme un bossu qui est enterré devant d’autres bossus…Ce qui se passe au primaire et au secondaire nous préoccupe, parce qu’on est arrivé à un autre stade de sanction beaucoup plus esclavagiste, féodale qu’on ne l’a vu en Côte d’Ivoire depuis lors. »

Johnson Kouassi Zamina est d’autant plus préoccupé que « Dès lors qu’au primaire et au supérieur, on peut former un comité interministériel pour sanctionner. Etant dans le même pays, puisque c’est la même corporation qui fait au supérieur les mêmes grèves avec les mêmes attitudes, il convient que nous soyons préoccupés. Donc nous voudrions vous dire que nous sommes fâchés avec le gouvernement avec des pratiques abusives qui ne permettent pas les droits les plus élémentaires dans un pays ». Le secrétaire général de la Cnec entend dénoncer ce qu’il appelle les sorcelleries politiques. « Il est l’heure de s’engager et dénoncer en pleine journée les sorcelleries politiques auxquelles nous assistons, qui sont en train de rabaisser d’honnêtes citoyens qui ne font que revendiquer leurs droits, lesquels droits reconnus dans la nouvelle constitution en son article 17. »

Johnson Kouassi Zamina a appris à Linfodrome que les enseignants-chercheurs et chercheurs seront privés de leur salaire du mois de mai. « Au moment où nous vous parlons, les enseignants-chercheurs et chercheurs (Université Félix Houphouët Boigny), semble-t-il, n’auront pas leur salaire du mois de mai, compte tenu de la grève prononcée et entamée par la Cnec depuis le lundi 20 mai 2019. »

 

Adolphe Angoua

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Adolphe ANGOUA

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  • SOURCE: Linfodrome
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