Coronavirus/ Demande d'autorisation de sortir d'Abidjan: L'école de police envahie

Bleu Charlemagne (porte-parole du ministère de la sécurité et de la protection civile) : ''Que les gens s'abstiennent de voyager''
02/04/2020
Coronavirus/ Demande d'autorisation de sortir d'Abidjan: L'école de police envahie
Le ministère de la sécurité et de la protection civile pourrait donc étudier la possibilité de faire les demandes et les réponses en ligne

Le grand Abidjan est désormais coupé du reste de la Côte d'Ivoire. En sortir ou y accéder exige désormais une attestation délivrée par les services du ministre de la sécurité et de la protection civile, le Général Vagondo Diomandé.

Cette mesure est entrée en vigueur, depuis le lundi 30 mars 2020. Et si pour la première journée, c'est au Plateau, au ministère de la sécurité qu'il fallait se rendre pour faire la demande, depuis hier mardi 31 mars, les bureaux pour la demande et le retrait ont été déplacés à l’École nationale de Police de Cocody, qui dispose d'un site approprié.

Une vraie croix et la bannière pour les nouveaux requérants. C'est le constat que nous avons pu faire, hier mardi 31 mars 2020. Déjà, en arrivant devant l'entrée secondaire, du côté du siège de la Sotra, c'est une foule immense que nous apercevons. Et certains, sous le couvert de l'anonymat, ne cachent pas leur frustration. ''Je suis là depuis 6h du matin. On nous a demandé de faire des listes que nous remettons aux policiers qui font des appels et font entrer les gens 10 par 10. Mais c'est vraiment lent'', déplore un requérant. Une situation qui repousse très loin les barrières sanitaires préconisées. A savoir le respect d’un mètre de distance entre les personnes.

A l'intérieur, des policiers essayent de faire respecter l'ordre, sans grand succès. Il est déjà 10h et les premiers arrivés semblent fatigués d'attendre leur tour qui n'arrive jamais. C'est le cas de l'ancien joueur de l'As Divo et de l'Asec Mimosas, Koffi Koffi Maestro. Depuis 6h, il est en ces lieux pour formuler une demande, afin de pouvoir assister au dernier voyage d'un parent décédé.

Dans la salle d’enrôlement, il y a un seul agent avec un seul registre. À 10h27, il a déjà enrôlé 85 personnes. Une fréquence que le vice-président du Conseil régional du Guémon, Maurice Yeoué Glarou Alfred, trouve ''lente''. Lui également est là pour une autorisation de sortie, pour une mission de deux mois, dans sa région natale. Pour lui, ''il faut plusieurs policiers pour enregistrer ceux qui formulent les demandes. Cela pourrait rendre le processus plus fluide''.

A la question de savoir pourquoi il y a un seul policier pour faire l'enrôlement, un agent du ministère, que nous avons trouvé sur les lieux, a tenté d'expliquer : ''nous avons un seul registre parce qu'il y a un numéro que nous attribuons à chaque dossier. Pour un registre, deux agents ne peuvent pas remplir. Avec deux registres, les numéros pourraient se mélanger''. Toutefois, il reconnaît qu'il faut trouver un mécanisme pour rendre le processus plus fluide ''puisque la discipline est un véritable problème''. Heureusement, pour les nombreux demandeurs qui commençaient à ''cuire'' sous le chaud soleil, le Commissaire principal, Bleu Charlemagne, porte-parole du ministère de la sécurité et de la protection civile arrive, à 11h20 mn.

Bleu Charlemagne change tout

Il se rend tout de suite compte que la machine ne tourne pas bien.

Surtout, au niveau des dispositions sanitaires. Comment dans la salle d'enregistrement, qui était sensée accueillir 10 personnes en respectant la distance minimale d’un mètre, se retrouve avec une trentaine de personnes ? Inacceptable !

Bleu Charlemagne décide donc de bouleverser le protocole. Celui qui veut que les demandeurs soient reçus individuellement. ''Vous avez remarqué le nombre de personnes qui nous ont assaillis, alors que cela devrait être des cas d'exception. Nous sommes dans une situation d'astreinte et exceptionnelle. Donc, nous sommes venus pour dire aux uns et aux autres, que tout cela doit se faire dans le respect des règles barrières édictées par l’État de Côte d'Ivoire. C'est d'ailleurs pour ça que personne ne doit encore faire le rang. Nous allons nous charger de les enregistrer pour éviter cet engorgement. Et nous nous ferons fort de leur faire un retour dans 24 heures ou 48 heures maximum.'', martèle Bleu Charlemagne qui enjoint, dans la foulée, ses collaborateurs présents à mettre en pratique, séance tenante, les nouvelles dispositions. Qui règlent plusieurs problèmes à la fois. Les requérants peuvent aller vaquer tranquillement à d'autres occupations et revenir le lendemain pour connaître la réponse à leur requête. Cela met fin aux attroupements de personnes. Par ailleurs, avec plusieurs registres, les enregistrements peuvent aller plus vite que d'ordinaire.

Pour l'envoyé du ministre de la sécurité et de la protection civile, il n'est pas question de décentraliser ce service. Car, ''ce que nous recherchons, c'est de décourager les nombreuses demandes. Car, si ça devient une affaire d'enrôlement, l'état d'urgence n'aura plus son sens. Plus ce sera difficile, moins les gens vont venir.'', fait savoir Bleu Charlemagne. Qui a profité de son passage pour lancer un appel aux Ivoiriens : «Il faut que les gens qui sont dans le grand Abidjan s'abstiennent de voyager, si ce n'est pas vraiment nécessaire, jusqu’au 15 avril. Car, après la mort, il n'y a plus d'urgence. Il faut sauver ceux qui sont vivants et demain, nous nous occuperons de nos morts. Notre problème, c'est que nous ne savons pas qui a le virus. On ne doit donc pas exposer nos populations à la maladie.''.

Et si on informatisait le processus

Avec ce que nous avons vu à l'école de police, sur le dossier des demandes d'autorisation de sortir du grand Abidjan, le processus physique a montré ses limites. Notamment sur le plan sanitaire. Puisque les requérants ne font pas toujours preuve de discipline au niveau des règles basiques. Notamment le respect de la distance d'un mètre entre les individus.

Le ministère de la sécurité et de la protection civile pourrait donc étudier la possibilité de faire les demandes et les réponses en ligne. Ce qui éviterait aux populations de se déplacer et de se regrouper, mais surtout d'être en contact avec les agents de sécurité. Car, depuis chez eux, ils peuvent imprimer le précieux sésame. Bien entendu, tout doit être mis en œuvre pour éviter que des petits malins fraudent, en faisant de la contrefaçon.

Voici ceux qui ont droit à l'autorisation

Le premier jour, ce sont plus de 400 demandes d'autorisation de sortie d'Abidjan qui ont été enregistrées par les collaborateurs du ministre Vagondo Diomandé. Hier mardi à 10h27, ils étaient 85 à avoir déposé leurs dossiers. Des chiffres qui montrent que la demande est très forte. Et pourtant, ''les autorisations sont signées sur la base des urgences humanitaires, certainement à l'intérieur du pays.'', selon Bleu Charlemagne. Le corps médical, les approvisionnements en nourriture d'Abidjan, les sanitaires, les structures d'électricité, d'eau, de gaz...sont concernés par la demande d'autorisation de sortir d'Abidjan.

Mais comme l'a signifié le Commissaire principal, Bleu Charlemagne, ''80 à 90% des cas que nous recevons depuis hier (ndlr : lundi), ce sont les cas de funérailles.''. Or, dans les dispositions arrêtées par le gouvernement, il y a la suspension des regroupements de plus de 50 personnes. Dans ce cas, les demandes pour les funérailles ont vite fait d'être rejetées. Tout comme les demandes pour les baptêmes, les mariages ou anniversaires. '' Ceux qui ont un défunt à Abidjan et qui veulent l'accompagner, sont autorisés. Mais pas plus de deux personnes. Mais ceux qui ont des corps au village, ce n'est pas la peine. Au besoin, vous pouvez envoyer les moyens aux parents pour faire face aux dépenses.'', précise Bleu Charlemagne. Pour le porte-parole du ministère de la sécurité, ''la maladie nous guette tous, donc il faut faire en sorte que nous n'arrivions pas au confinement général. Parce que les chiffres sont en train de grimper. Or si ça continue, le chef de l’État et son gouvernement seront emmenés à nous confiner tous.''.

 

Guillaume AHOUTOU

 

Guillaume Ahoutou

|

  • SOURCE: Soir info

1 | 2

 

Videodrome