Sangaré Sita (Pdt de la Fédération burkinabè de football) «Nous voulons nous servir de l'exemple ivoirien »


16/04/2012
Le président Sangaré Sita pense que le modèle ivoirien doit faire école en Afrique
Un mois après son élection à la tête de la Fédération burkinabè de football (Fbf), le Colonel Sangaré Sita, par ailleurs Commissaire du gouvernement, est venu s’imprégner de la gestion du football ivoirien. Dans cet entretien à nous accordé à l'Hôtel Ibis, au Plateau, le mardi 10 avril 2012, il parle de sa vision pour le football burkinabè. Du choix du Belge, Paul Put comme sélectionneur national, des éliminatoires du Mondial 2014, des compétitions locales. Il dit tout.

Quel sens peut-on donner à votre visite en Côte d'Ivoire en tant que président de la Fédération burkinabè de football?

Je voudrais avant tout propos remercier Soir Info d'être venu à moi. Cela fait tout juste un mois que la nouvelle équipe a été portée aux affaires du football burkinabé. C'est tout d'abord pour moi un sentiment de joie d'être ici en terre ivoirienne. Et comme vous le savez, la Côte d'Ivoire abrite la plus grande communauté Burkinabé vivant à l'étranger. Il y a aussi que j'ai eu l'occasion d'étudier à l'Empt de Bingerville que j'ai quitté en 1985. C'est donc naturellement un plaisir pour moi de me retrouver ici après mon élection. D'ailleurs j'avais dis, après mon élection, que mon premier voyage à l'étranger serait en Côte d'Ivoire. Cela s'explique par l'histoire et la géographie qui ont toujours uni nos deux peuples, toute démagogie mise à part. Nous venons ici pour nous enquérir de l'expérience réussie de nos frères ivoiriens, leur demander de nous accompagner à la réalisation de nos objectifs.

Cela fait plus d'un mois que vous avez pris les rênes de la Fédération Burkinabé de football. A ce jour, pouvez vous nous faire l'état des lieux

Il faut dire qu'après un mois, nous nous sommes rendus compte que le football burkinabé était confronté à beaucoup de défis et de difficultés. Avant que nous n'arrivions aux affaires, le championnat national était bloqué. Des litiges n'avaient pas été bien traités. Ce qui a généré de nombreuses frustrations au sein des différents clubs. L'équipe nationale connaissait également une gestion approximative et le doute avait commencé à gagner tous les compartiments de notre football. Il fallait très rapidement donner de l'espoir aux uns et aux autres pour faire redémarrer la machine ''Faso-foot''. En accord avec les acteurs de notre football, nous avons révisé sommairement les textes régissant notre football sur proposition des clubs. C'est cela qui a rendu possible le démarrage du championnat national le 30 mars 2012 dernier. Je me réjouis que tout se passe bien pour l'instant. Les stades connaissent à nouveau de l'affluence, ce qui est de bonne augure pour le devenir du football burkinabé car sans supporter, il ne peut y avoir de vrai football.

Vous avez été élu avec 203 voix sur 213. C'est un plébiscite. Avez-vous la pression ?

Je dirai à la fois oui et non. Le plébiscite est dû au fait qu'il y a de nombreuses attentes de la part des acteurs de notre football. Je dirais également qu'il n'y a pas de pression parce qu'il s'agissait des choses dont nous étions déjà informées. Parce qu'en vérité, notre programme a été conçu avec la participation de l'ensemble des acteurs du football. Donc nous savions les attentes des clubs et avons conscience que nous bénéficierons de leur soutien. De notre côté, nous n'avions jamais douté de leur volonté réelle de le faire. Même s'il est vrai que nous avons commencé avec quelques difficultés.

Vous avez déclaré, après votre élection, qu'il faut redorer le blason du football burkinabé à travers l'union sacré. Aujourd'hui, pensez-vous que les acteurs du football burkinabé peuvent être unis ?

Lorsqu'un tissu social a été fragilisé, il n'est jamais très facile de recoller les morceaux. Ce qui est certain, c'est qu'immédiatement après notre élection, les premières tâches que nous avons effectuées étaient de nous rendre auprès des anciens présidents de la fédération. A ce jour, nous en avons rencontré trois et nous avons bénéficié de leur écoute, de leur compréhension et surtout de leur disponibilité à nous accompagner. Il nous ont fait beaucoup de suggestion et nous ont prodigué beaucoup de conseils. Nous les remercions au passage pour cette compréhension parce que véritablement, sans union, nous ne pouvons pas avancer. J'ai toujours dit que les successions à la tête de notre fédération ne se sont pas toujours bien passées. Parce que ceux qui partaient avaient l'impression que les arrivants sont ceux là qui ont favorisé leur chute. Et donc en partant, eux aussi faisaient tout pour que nouvelle équipe échoue. La première chose qu'ils faisaient, c'est qu'ils se désintéressait du football. Ce qui est préjudiciable à l’essor du football parce que lorsque vous avez été aux affaires, vous devez pouvoir apporter votre expérience à la nouvelle équipe pour que nous puissions avancer. Parce que si nous devons à chaque fois repartir à zéro, ce n'est pas une bonne chose. Pour le moment, les choses se passent bien. Nous avons également rencontré d'autres personnes ressources au niveau de notre pays pour échanger avec eux. Nous avons bon espoir, en tout cas, de parvenir, peut-être pas à une adhésion totale, mais à l'adhésion de la plus grande partie des acteurs de notre football pour le faire avancer.

Quel regard portez-vous sur le football ivoirien de façon globale surtout que vous ayez dit que vous êtes venu vous imprégnez de ce football ivoirien ?

Vous savez, en 1984, quand la Côte d'Ivoire a organisé la Can de football, nous étions là et je me souviens encore, comme si c'était hier, de l'opposition Côte d'Ivoire- Egypte où Taher Abou avait marqué deux buts et les Ivoiriens s'étaient finalement inclinés 2-1. Lorsque les Eléphants ont été éliminés, Houphouet-Boigny qui était assurément un sage a dit au public sportif ivoirien de considérer que les Éléphants qui avaient pris part à cette compétition n'étaient encore que des Éléphanteaux et qu'il se donnerait les moyens pour qu'ils soient véritablement des Éléphants. Je pense que c'est cela qu'il faut retenir. Des efforts ont été faits et cela a commencé d'abord par des clubs forts au niveau du championnat national. Et la Côte d'Ivoire aujourd'hui, est devenue une référence en Afrique. Elle est d'ailleurs la première nation africaine dans le classement Fifa. C'est une excellente chose. Et donc nous voulons nous inspirer du modèle ivoirien.

Comment allez-vous y prendre ?

Chez nous, au Burkina Faso, le Président de la République est un très grand sportif puisqu'il a évolué en première division. Il s'investit donc beaucoup pour la promotion du football. Malheureusement, j'ai l'impression que chez nous, nous avons voulu commencer par le sommet. Nous avons inversé les choses. Car lorsque nous avons organisé la Can 1998 au Burkina Faso où nous avons atteints les demi-finales, il y a eu une véritable adhésion populaire autour de l'équipe nationale. Et depuis lors, le public sportif ne retient du football que les performances des Etalons. Nous, nous disons que cela ne doit pas être ainsi. Il faut que nous travaillons à reconstruire le football à la base. Nous devons faire en sorte que notre championnat devienne attractif et attrayant. Ce qui nous permettra de trouver de la matière pour alimenter l'équipe nationale.

Encore faut-il qu'il y ait des joueurs talentueux susceptibles d'intégrer la sélection nationale ?

Les différents entraîneurs nationaux qui se sont succédés ne s'intéressaient pratiquement pas à notre championnat. Car ils disaient qu'il était d'un niveau très bas. Ils se contentaient de constituer leur équipe avec les joueurs qui évoluent à l'étranger. Ce n'est certes pas une mauvaise chose, mais je pense que quelque part, cela contribue à accentuer la décrédibilisation de notre championnat. Et cela n'est pas une bonne chose. Car nous pensons qu'il faut encourager et motiver les jeunes gens qui jouent au pays. Il faut qu'ils aient la possibilité d'intégrer un jour l'équipe nationale parce que défendre les couleurs nationales c'est assurément une lourde tâche et un honneur. Et je pense que si un jour ces jeunes gens ont cet espoir d'enfiler le maillot national, ils se battront davantage. Ce sont les orientations que nous avons données au nouvel entraîneur national pour qu'il soit regardant sur le championnat national et qu'il nous aide à relever son niveau. Et depuis le début de la saison, il a assisté à quelques matches et je vous assure que les joueurs se battent et c'est bon pour le niveau du jeu.

C'est pour cela que vous vous êtes séparés de Paulo Duarté ?

Il faut savoir que le contrat de Paulo Duarté arrivait à expiration le 31 mars 2012. Et nous avions des échéances très rapprochées. Car le 1er juin 2012, déjà, les Étalons doivent rencontrer le Congo Brazzaville à Ouagadougou dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde. Il fallait donc aller très vite. Et pour Paolo Duarte, nous avions même à un moment donné, envisager de le reconduire. En dépit de nombreuses candidatures dont celle d'Henri Karzperzack que nous avons eues. Mais lorsque le comité exécutif a planché sur ces nombreuses candidatures, il s'agissait de prendre d'abord quelqu'un qui a une connaissance de notre équipe nationale. Car il n'était pas question pour nous de recruter un sélectionneur qui allait apprendre à découvrir les joueurs et l'équipe. Il n'aurait certainement pas eu le temps avant que les échéances ne débutent. Par rapport à ce critère, nous sommes arrivés à un nombre réduit par rapport aux candidatures qui nous sont parvenues. Outre les nationaux, il nous restait Philippe Troussier, Paulo Duarté et Paul Put. Philippe Troussier était vraiment volontaire. Il voulait venir. Mais nous l'avons écarté parce qu'il était lié par un contrat avec la Chine et il nous proposait de venir uniquement pendant les journées Fifa. Par rapport à notre vision, nous avons dit que nous ne voulions pas d'un entraîneur qui ne résiderait par au Burkina Faso. Pour Paulo Duarté, c'était également la même chose, parce qu'il ne vivait pas au Burkina Faso. Donc pour nous, il est clair que la collaboration s’avérait impossible. Paul Put lui s'est engagé à résider au Burkina Faso. Il était précédemment l’entraîneur de la Gambie avec qui nous eue une double confrontation qui s'est soldée à l'avantage du Burkina Faso (3-1 et 1-1). Nous nous sommes ainsi dit que le fait qu'il ait affronté le Burkina Faso lui donne une idée de cette équipe. Et comme il s'engageait à résider au Burkina Faso, il était pour nous la piste la plus logique. C'est ainsi que nous l'avons retenu.

Quels sont vos ambitions et objectifs relativement aux compétitions internationales dont Brésil 2014 ?

Je vais peut-être surprendre, mais je pense que tout est ouvert et nous avons bel et bien nos chances pour participer pour la première fois aux phases finales d'une Coupe du monde. Notre poule est composée du Niger, du Congo Brazzaville et du Gabon. Le Gabon est assurément l'adversaire le plus redoutable eu égard à la dernière Can et aux performances réalisées par cette équipe. Mais au football, le ballon est rond pour tout le monde et c'est une question de détermination. Nous avons la chance, de mon point de vue, de recevoir pour la première journée le Congo Brazzaville à Ouagadougou et pour la dernière journée l'équipe nationale du Gabon. Donc, nous pensons que le coup est plus que jouable. Il suffit de motiver les garçons. Parce qu'en vérité, ce n'est pas le talent qui nous fait défaut mais plutôt les mesures d'accompagnement qui ne suivaient pas. Nous allons veiller à restaurer la discipline au sein du groupe et à cultiver davantage l'engagement patriotique. Nous pensons que si ces facteurs sont bien compris par les jeunes gens, nous pouvons espérer en des lendemains meilleurs.

En parlant de discipline, allez-vous utiliser la rigueur militaire pour mettre au pas les joueurs ?

Il ne s'agit pas de mettre les gens au pas mais plutôt de leur rappeler des vérités élémentaires. Parce que le football de haut niveau requiert naturellement un minimum de discipline. Je pense que c'est cela. Car lorsqu'une équipe nationale joue partout dans le monde, il y a que le peuple se mobilise fortement pour suivre avec intérêt ses rencontres. J'ai un ami à Ouagadougou qui est un ancien dirigeant de football. Il a été frappé d'hémiplégie au cours du match Burkina -Côte d'Ivoire à la Coupe d'Afrique. Il suivait le match et après le premier but ivoirien, il s'est écrié. Puis il a été transporté dans sa chambre. Mais après lorsqu'il a voulu quitté le lit, il n'a pu le faire. Il était paralysé. Donc lorsque les joueurs jouent, il doivent avoir cela à l'esprit. Ils doivent se dire qu'ils ne jouent pas pour eux seulement, mais aussi pour le peuple qui les suit. C'est ce langage que nous voulons tenir à tous les futurs postulants à l'équipe nationale. Qu'ils jouent avec engagement, maintenant s'ils sont battus par un adversaire plus fort qu'eux, c'est la loi du sport. Car il y a ce qu'on veut et ce qu'on peut. Si ce sont nos limites objectives, il n'y a pas de problème. Mais nous voulons nous assurer que les joueurs donneront le meilleur d'eux-mêmes. Nous mettront tout en œuvre pour qu'ils n'aient plus de soucis et qu'ils se consacrent à ce qu'ils savent faire, c'est-à-dire jouer.

Quels commentaires vous inspirent les gradins vides que nous voyons de plus en plus à la Can et à l'occasion d'autres compétitions continentales ?

Je pense que c'est une réflexion que nous devons mener un peu partout. Cela commence d'abord par les championnats nationaux. Quand j'étais encore à l'Empt de Bingerville, je sais que lorsque nous partions assister aux derbie Asec- Africa, les gradins étaient copieusement garnis. Mais j'ai eu un pincement au cœur lorsque j'ai assisté au match Asec- Efo (disputé le 6 avril 2012 comptant pour les 16e de finale retour de la Coupe Caf) avec des gradins vides. Je me suis posé la question de savoir pourquoi l'Asec joue une compétition africaine sans que les Actionnaires ne prennent d'assaut les gradins? C'est pareil pour les matches de championnat de Ligue 1. De même au Burkina Faso, nous jouons devant les gradins vides. C'est pourquoi, pendant notre campagne, nous avons dit que nous allions tout faire pour que le public revienne dans les gradins. Parce que s'il n'y a pas les supporteurs, il y a un manque à gagner pour les caisses des clubs et un manque de motivation pour les joueurs. Donc si on prétend aimer son club, on doit l'encourager en venant au stade.

Le constat est le même lors des Can...

Le constat que nous faisons pendant les phases finales des Coupe d'Afrique des nations, c'est que le stade est plein lorsque le pays organisateur joue. Mais quand les autres équipes jouent, les stades sont vides. Cela doit nous interpeller tous, dirigeants de football en Afrique à rechercher les solutions pour que les gradins soient pleins. Parce que ce n'est pas vraiment à notre honneur que les stades soient dégarnis. Car s'agissant d'une Can les images sont vues dans le monde entier. Donc c'est très mauvais pour notre football parce que les sponsors ne peuvent pas venir dans les gradins vides. Il faut donc que nous travaillons car le football exige beaucoup de moyens. Or les moyens nous sont donnés par les sponsors. Il faut donc trouver la solution pour faire venir le public au stade. Je ne prétends pas avoir tout seul cette solution mais je pense qu'il faut que nous travaillions dans ce sens. Parce qu'en réalité, les peuples africains aiment le football. Maintenant, pourquoi ils n'arrivent pas à se mobiliser? C'est à cette question que nous devons répondre. Puisque le football est l'essence même du fair-play.

Cela ne pose-t-il pas un problème de réorganisation du football africain parce que nous avons le sentiment qu'il n'y a plus d'idée pour innover?

...(Rire) Je pense sincèrement qu'il y a encore des domaines dans lesquels nous devons toujours travailler.

Comme on le sait, il y a une forte colonie burkinabè en Côte d'Ivoire. Avez-vous un message pour eux en ce début de mandat ?

Je sais qu'ils sont mobilisés autour du football et de l'équipe nationale. Donc je leur demande de reprendre espoir parce qu'il y a une nouvelle équipe dirigeante qui est en place. Le slogan de cette nouvelle équipe est : servir le football burkinabé, oui, mais se servir du football burkinabè, non. Nous sommes venus dans un esprit totalement désintéressé pour servir notre football. Nous leur demandons simplement de continuer à se mobiliser autour de ce football là. Qu'ils nous fassent part de leur suggestions et de leurs observations que la nouvelle équipe fédérale est disposée à prendre en compte pour le développement du football burkinabè.

Entretien réalisé par

COULIBALY Vamara et Guillaume AHOUTOU

Guillaume Ahoutou

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  • SOURCE: Soir info

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