Entretien avec …

Eugène Diomandé (Président de Séwé) : « Le choix de Sabri Lamouchi est un pari risqué »


31/05/2012
Eugène Diomandé aurait préféré Alain Giresse ou Bruno Metsu à la place de Lamouchi
Répondant aux questions de Christophe Bouabouvier (Rfi), Eugène Diomandé, président du Séwé de San Pedro, dit ce qu'il pense de la nomination de Sabri Lamouchi à la tête de l'encadrement technique des Éléphants. Mais aussi du rôle qu'auraient joué certains joueurs comme Didier Drogba, Yaya Touré dans le limogeage de Zahoui François.

Êtes -vous surpris par le choix de Sabri Lamouchi à la tête des Éléphants de Côte d'Ivoire ?

(…) Je tiens à préciser tout d'abord que mes propos ne sont entâchés d'aucuns vilains sentiments qu'on pourrait m'attribuer en tant que candidat potentiel depuis dix ans de la présidence de la Fédération ivoirienne de football (Fif), mais tout simplement en tant qu'Ivoirien et acteur sportif. Il est clair que cela pose problème.

Alors, Sabri Lamouchi est un Français d'origine tunisienne, il a 40 ans et a eu 8 sélections en équipe de France. Il n'a jamais entraîné de club et il a obtenu son diplôme d'entraîneur il y a quelques jours. Ce n'est pas un peu court ?

Effectivement, il a un parcours de footballeur qui est respectable mais il a un curriculum vitae d'entraîneur parfaitement vide.

Zahoui limogé, la Fédération préfère le stagiaire Lamouchi, titre le Temps. Le pari risqué de Sidy Diallo, affirme le Patriote, êtes-vous d'accord avec ces confrères ivoiriens ?

C'est un pari risqué, parce que je crois qu'aujourd'hui nonobstant sa qualité de Consultant de Canal Plus, Sabri Lamouchi n'a pas encore commencé à faire ses preuves en qualité d’entraîneur de football de club officiellement. Et aujourd'hui, il est accueilli avec beaucoup de scepticisme.

Après un passage en 2010, le Suédois Steven Goran Erickson était pressenti pour revenir à Abidjan, pourquoi est-ce que cela ne s'est pas fait ?

Steven Goran Erickson est quelqu'un de très exigeant au plan financier. Cela dit, ce n'est pas une excuse totale et pleine. Parce qu'aujourd'hui, je suis convaincu qu'il y a d'autres entraîneurs qui sont moins exigeants et qui ont un peu plus d'expériences que Lamouchi. Je pense notamment à Alain Giresse qui est sans doute en rupture de banc avec la Fédération malienne, je suppose. Il y a également Bruno Metsu et d'autres entraîneurs qui sont libres.

On dit qu'Erickson est entre 150 et 300 mille euros par mois. Est-ce trop cher pour la Fif ?

Oui, je le pense sincèrement. Effectivement c'est trop cher. Ce sont peut-être des prix qui sont pratiqués au niveau européen mais pour nous en Afrique, c'est énorme. Seulement, je dis qu'il y a des entraîneurs qui se contenteraient peut être du tiers de cette somme là et qui pourraient à mon avis relever le défi de Côte d'Ivoire.

Lors du recrutement d'Erickson en Côte d'Ivoire en 2010, la présidence ivoirienne avait donné un coup de pouce financier à la Fif du temps de Laurent Gbagbo. Est-ce que cela peut se reproduire aujourd'hui ?

Le gouvernement ivoirien se charge souvent du salaire de l'entraîneur du football. Maintenant, je ne sais pas quelles sont les préoccupations du gouvernement actuel qui peuvent-être différentes de celles du gouvernement que présidait Laurent Gbagbo. Mais je crois qu'il y a matière à discuter avec le gouvernement pour ne pas se tromper. C'est cela qui surprend un peu, c'est la souveraineté et nous nous demandons encore si la fédération n'a pas subi de pression. Si oui, lesquelles ? Certains parlent de joueurs, mais je n'ose pas croire. Je pense que les joueurs ivoiriens sont des gens qui aiment leur pays, ils ne feraient pas venir en sélection un entraîneur et imposer à un président de fédération leur diktat ?

Il faut dire que les temps pressent puisque les qualifications pour la Coupe du monde 2014 au Brésil s'annoncent ce week-end prochain, est-il vrai que le sélectionneur débarqué, l'Ivoirien François Zahoui, a été limogé à la demande de plusieurs joueurs dont Didier Drogba et Yaya Touré ?

Je ne saurai vous l'affirmer car, comme vous effectivement, j'ai entendu des choses et je pense que ce sont des rumeurs. Je sais qu'il y a eu beaucoup de frustrations, de grincements de dents, notamment après la finale perdue contre la Zambie.

Ce n'est pas la première fois qu'un sélectionneur africain est débarqué au profit d'un collègue européen. Pourquoi les Africains sont-ils minoritaires sur leur propre continent ?

Certains parleraient de complexe. La plupart des joueurs africains qui évoluent en club professionnel estiment souvent qu'ils ne peuvent pas subir l'autorité d'un entraîneur local. Au niveau des dirigeants aussi, il y a également ce problème-là. Souvent, ils prennent un entraîneur expatrié pour pouvoir ouvrir un parapluie. Ils se disent souvent qu'ils ont pris un entraîneur expatrié et que si le résultat ne suit pas, ils ne sont pas responsables. Mais, c'est plutôt les joueurs.

Zahoui, Lamouchi ou Sidy Diallo, est-ce que tout cela n'est pas secondaire ? Le vrai patron du football ivoirien n'est-il pas Didier Drogba, vainqueur de la ligue des champions ?

Sur le principe, nous ne pouvons pas permettre qu'un joueur qui évolue sur le champ de jeu puisse avoir une importance au niveau des décisions aussi grandes. Maintenant il est clair que lorsque nous avons un joueur de la trempe de Didier Drogba et qui a un impact au niveau du football dans le monde entier, nous tenons compte de son avis mais il n'est pas le seul. Il y a d'autres très bons joueurs mais je pense qu'il ne serait pas bon qu'un seul joueur puisse influencer les choix qui concernent le collectif. Cela dit, je n'ai pas d'éléments démontrant que Didier Drogba ait forcément pesé de tout son poids. Ce n'est pas forcément vrai.

Propos retranscrits par Séverin DJAHA (Stg)

Source Rfi

Severin Djaha

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  • SOURCE: Soir info

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