L’esprit du soir

Lamouchi : Du simulateur de vol à un Boeing


01/06/2012
Un apprenti gbaka qui vient juste d’avoir son permis de conduire et qui s’installe au volant d’une Ferrari ou d’une voiture de Formule 1. Ou encore, un élève pilote, qui a certes son brevet de pilotage, mais qui n’a à son actif aucune minute de vol, qui ne s’entraîne que sur des simulateurs de vols et qui prend les commandes d’un Airbus A 320 ou d’un Boeing.

Bonjour le crash ! C’est l’image que renvoie aux Ivoiriens, la désignation, par Sidy Diallo, d’un certain Sabri Lamouchi, entraineur «stagiaire», à la tête de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire. Comment Sidy Diallo a pu opérer un tel choix dans un environnement où les entraîneurs qualifiés, expérimentés ayant un profil qui fait corps avec la notoriété des Eléphants ne manquent pas ? C’est en tout cas la question que continuent de se poser les Ivoiriens qui rêvaient de voir à la tête de leur onze national, non pas un blanc-bec, mais un entraineur aux compétences avérées.

Que le président de la Fédération ivoirienne de football se garde surtout de parler de critères. Car aucun critère, objectif, qui va au-delà du raisonnable, ne peut expliquer le choix d’un entraîneur de l’espèce, voire la «race» de Sabri Lamouchi à la tête d’une sélection qui fait office de meilleure équipe d’Afrique et la 15è au monde. Tous les pays qui se respectent ont toujours choisi, à la tête de leur sélection nationale, des entraîneurs présentant un palmarès riche, des techniciens capés et bardés de trophées, afin d’ajouter une case à leur réputation. Certainement que Sidy Diallo a été sublimé par les analyses et autres théories ronflantes que développe cet illustre inconnu dans la sphère des entraîneurs de football sur Canal Horizon. Mais que le président de la Fif ne perde pas de vue qu’un consultant, même avec un diplôme d’entraîneur en poche, a besoin de débuter sa carrière par le bas. Sidy Diallo aurait recruté Lamouchi pour conduire l’équipe nationale Olympique ou celle des juniors que les Ivoiriens n’auraient pas été aussi critiques avec son choix. Nous avons entendu Lamouchi, lui-même, débiter des propos du genre «Toute chose commence toujours par la première fois». Pourquoi c’est par notre sélection nationale A que Lamouchi doit-il débuter sa carrière d’entraîneur? C’est par cette question que les Ivoiriens presqu’unanime répondent à Lamouchi.

Tous les entraîneurs de football qui ont marqué leurs temps et font parler d’eux dans le monde notamment Pep Guadiola, José Mourinho, Vicente del Bosque, Alex Ferguson, Arsène Wenger…ont débuté leur carrière par le bas de l’échelle, parce qu’ils sont restés convaincus que le métier d’entraîneur requiert non pas forcément une pile de diplômes mais une somme d’expérience dans la praticabilité, beaucoup de modestie et d’humilité. Faut-il dès lors désespérer de Sidy Diallo qui donne le sentiment, avec ce recrutement de bas étage, qu’il n’a aucune ambition pour le sport-roi ivoirien ? Quand le ministre des sports, Philippe Légré, soutient que «c’est cet entraîneur qui va donner la Can à la Côte d’Ivoire» cela ne fait que conforter les populations ivoiriennes dans l’idée que le football ivoirien est sur le point d’écrire les pages les plus sombres de son histoire avec comme principaux acteurs, lui-même Philippe Légré et Sidy Diallo. Car l’argument qu’il développe ne s’appuie sur aucun élément objectif, mais plutôt sur du hasard.

Qu’est-ce qui peut faire dire à Philippe Légré que c’est avec Lamouchi que les Eléphants vont remporter la prochaine Can ? Sans doute parce qu’il n’a jamais entraîné d’équipe, parce qu’il ne connaît pas la Can, parce qu’il n’a aucune expérience…Et dire qu’il empochera un salaire qui pourrait dépasser les 50 millions de Fcfa par mois, c’est-à-dire deux voire trois fois plus élevé que celui de François Zahoui, il y a vraiment de quoi s’immoler par le feu. Franchement, à défaut d’avoir du respect pour les contribuables dans la gestion des fonds publics, que certaines autorités épargnent les Ivoiriens de commentaires souvent vexatoires, voire même révoltants.

Quand on doit puiser dans les caisses de l’Etat plusieurs dizaines de millions de Fcfa chaque mois pour payer un entraîneur, cela doit se faire sur la base d’éléments techniques objectifs et non sur la base d’un argumentaire qui relève de l’impondérable. Il nous revient que certains cadres de l’équipe militaient depuis quelques mois auprès de la Fédération en faveur du départ de Zahoui François, cela est possible et même compréhensible. Mais cette situation ne saurait justifier la nomination à la tête de l’encadrement technique de l’équipe nationale ivoirienne, un consultant qui n’a qu’un diplôme d’entraîneur.

Cette décision, au plan purement sportif, manque non seulement logique, mais elle s’apparente à une atteinte grave aux intérêts des sportifs ivoiriens. Alors, que ceux qui ont recruté Lamouchi, notamment le ministre des sports et le président de la Fif soient présents à l’heure du bilan pour assumer entièrement leurs responsabilités. Car les Ivoiriens ne leur pardonneront pas, alors là pas du tout, que leur équipe nationale ne soit pas présente à la Coupe du monde 2014 par la faute d’un entraîneur inexpérimenté.

A bientôt

COULIBALY Vamara

Guillaume Ahoutou

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  • SOURCE: Soir info

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