Côte d’Ivoire

Face aux mauvais résultats de l’Africa Sports, Yagba Dogbo, l’ex-responsable des supporters du club se déchaîne

« Je suis malheureux au regard des résultats. Ils sont désastreux»
« Je veux que les dirigeants nous expliquent ce qui se passe »
L'ex-responsable des supporters de l'Africa Sports, Yagba Dogbo, aujourd'hui chef de village à Gogoguhé et chef de canton de Boguedia

De passage récemment à Abidjan, l’ex-président des supporters de l’Africa Sports d’Abidjan, Yagba Dogbo, désormais chef du village de Gogoguhé et chef de canton de Boguedia, s’est dit « malheureux » face au bilan peu enviable de son club. Dans cette première partie de l’entretien qu’il a accordé à Linfodrome, il voudrait des explications auprès de ceux qui dirigent actuellement le club vert et rouge.

Depuis quand êtes-vous parti de l’Africa Sports ?

C’est en décembre 2002, quand nous sommes revenus d’une mission de France, de Belgique et de l’Allemagne, le président Doré Lansiné et moi, pour prendre des contacts, et pour nous imprégner du fonctionnement des clubs européens, notamment Metz où nous avons placé le gardien Agassa Kossi. Les membres d’honneur de l’Africa Sports nous ont approchés pour nous demander de céder l’Africa Sports à d’autres dirigeants. Doré était réticent, je lui ai dit non, si des membres d’honneur ont estimé, après un mandat fructueux, où nous avons été champions de Côte d’Ivoire, vainqueur de la Coupe de Côte d’Ivoire, vainqueur de la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupes et demi-finaliste de la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupes. Après un mandat de 4 ans où nous avons fait tout ce travail, avec le début de la construction du siège à Treichville, les membres d’honneur nous ont intimé l’ordre de céder le club. Donc nous sommes venus en assemblée générale à leur demande au Palais de la Culture et nous avons cédé le club. Et depuis, je suis dans mon coin. Comme à l’Africa Sports, le régime est présidentiel, je n’ai jamais été président, je n’ai été que supporter, délégué à l’organisation. D’abord par le président Zinsou. Après lui, le président Sidibé Moussa m’a appelé. Après lui aussi, le président Koffi N’guessan m’a appelé. Et enfin le président Doré m’a appelé pour organiser les supporters. Donc je n’étais que délégué à l’organisation des supporters. Et quand le président Doré est parti de l’Africa Sports, sa direction est partie avec lui, y compris moi. Et depuis, je suis chez moi.

Un an après votre départ de l’Africa Sports, vous avez été appelé pour d’autres besoins au village…

Oui ! Même avant ça, quand le président Donwahi a pris l’Africa Sports, il m’a approché. Nous étions aux obsèques de Bamba National quand il m’a approché. Je lui ai dit que je pense avoir donné le meilleur de moi-même à l’Africa Sports. Quand le président Zinsou m’a demandé d’organiser les supporters du club, je n’étais pas venu comme Bamba National, Vieux Foulard, Kohou Gabriel (tous des supporters du club décédés : ndlr). J’ai une formation, un parcours, une expérience. Je suis professeur d’économie et de gestion des entreprises. J’ai considéré que l’Africa Sports est une entreprise du secteur sportif. Et donc j’ai créé un marché d’écoulement des produits de l’Africa Sports d’Abidjan, c’est-à-dire que je vendais le spectacle et les produits dérivés. L’entraineur et les joueurs produisaient le spectacle, mais moi, je le vendais, je venais à la télé, j’ai créé des canaux de distribution, je vendais et le journal et les produits dérivés. Je versais plus de 100 millions de francs cfa à l’Africa Sports chaque année. Demandez à Kaba Koné (ex-secrétaire général du club : ndlr). Je suis un professionnel et j’ai fait le travail comme un professionnel et je pense que si on m’a demandé de partir, c’est qu’on a fait mon bilan. Et on a estimé que je suis arrivé à un stade où quelqu’un d’autre pouvait prendre le relai et faire mieux que moi. Et j’espère que ceux qui sont en train de travailler le font mieux que moi, je l’espère bien pour les supporters et pour l’Africa Sports. Donc je suis dans mon coin et comme je suis un formateur, un encadreur, un enseignant, je suis en train de gérer au village la survie des populations et je me sens bien. J’ai 40 mille personnes, je suis chef de mon canton avec 14 communautés. Le gouvernement vient de me demander de partager mon expérience de gestion et de consolidation de la cohésion sociale avec tous les Ivoiriens. Je viens d’être distingué par le gouvernement de la République et je suis heureux.

Avant d’être chef de canton, vous étiez chef de village…

Oui, je suis chef de canton. Chez nous, on ne peut pas être chef de canton si on n’est pas chef de son village. C’est le minimum. Ce sont les chefs de village qui désignent le chef de canton. Je cumule donc les deux fonctions…Donc je suis toujours chef de mon village Gogoguhé et chef de canton de Boguedia où il y a le sous-préfet. J’ai une résidence construite par le gouvernement à Boguedia, un centre multiethnique de médiation et d’arbitrage à l’intérieur duquel il y a le logement du chef de canton. Donc j’ai ma résidence personnelle, privée à Gogoguhé et j’ai ma résidence au sein du centre de médiation à Boguedia. Et je travaille pour la Côte d’Ivoire. Et je suis heureux.

Quand vous jetez un regard sur le football ivoirien, que pouvez-vous dire de votre club, l’Africa Sports que vous avez dirigé ?

Oh, au regard des résultats, je suis malheureux. Je ne suis pas là pour juger les gens. Quand on a géré, on ne juge pas les autres, on constate. Je constate que pendant 12 ans où j’ai été dirigeant de l’Africa Sports avec le président Zinsou, on était super champion d’Afrique, on déplaçait au stade plus de 30 à 40 mille supporters. Je fais seulement des constats. Je suis allé au Togo avec plus de 22 cars remplis de supporters. Et quand je passais à Accra à minuit, le président Jerry Rawlings (ex-président du Ghana : ndlr) a appelé le président Zinsou qui était à Marseille. Quand nous sommes arrivés à Lomé, Kaba Koné et le président Zinsou m’ont appelé pour me féliciter pour me dire que le président Jerry Rawlings l’a appelé pour dire que l’Africa Sports d’Abidjan est passé au Ghana avec 22 cars. Arrivé au Togo, le Premier ministre Joseph Koffigo m’a reçu. Et c’était merveilleux. L’Africa Sports était une organisation sociale importante et internationalement reconnue et respectée. Est-ce que c’est le cas maintenant ? Je ne sais pas. Au plan national, le ministre Emile Constant Bombé (ex-ministre de l’Intérieur : ndlr) nous recevait souvent pour me dire, monsieur le président des supporters, faites en sorte qu’il n’y ait pas de dérapage parce que l’Africa Sports était une force sociale qu’il fallait encadrer de sorte qu’il n’y ait pas de dérapage. Donc l’Africa Sports était une force respectée, une force qui comptait sur l’échiquier national et international. Est-ce que c’est le cas aujourd’hui ? Je ne sais pas, je m’interroge, mais je ne juge pas les gens. Moi, je ne payais pas le titre de transport des supporters, je ne louais pas les cars, mais je vendais le club, à la télévision. Je vendais les produits du club. L’Africa Sports produit du spectacle, je vends le spectacle, l’Africa Sports produit des produits dérivés, je les vends. Même les cartes de supporters, je les vendais comme de réels produits. Ce sont des choses que j’ai apprises à l’école. Quand on fait de l’économie, on sait créer un marché de consommation. C’est ce que je faisais. Maintenant que les dirigeants payent les billets d’entrée des supporters, ils payent leur carte, bon, je crois que l’Africa Sports est redevenu un club…Bon, je ne voudrais pas juger les gens. Et je souhaite que les choses aillent de l’avant et que l’Africa Sports redevienne comme l’Africa Sports qu’on a connu et mieux que ce qu’on a connu. Quand on travaille et qu’on cède le pouvoir, on veut que celui qui vient, fasse mieux que ce qu’on a fait. C’est à ça nous nous attendions. Est-ce que ceux qui sont là font mieux que ce que nous avons fait ? Nous nous interrogeons.

Comme avez-vous accueilli les résultats de fin de saison de l’Africa Sports au cours de l’exercice 2018 ?

Mais ils sont désastreux. Mais je n’ai jamais été supporter du Stella parce que j’ai dit aux dirigeants de ce club que je ne peux pas avoir deux problèmes : un au foyer et un avec les résultats de mon club. J’ai dit ça aux dirigeants du Stella. Je leur ai dit, mais vous, vous êtes toujours vice-champions, c’est-à-dire que vous êtes un club qui devrait mieux faire. Non, non, l’Africa Sports fait bien. On ne peut pas être heureux d’être supporter de l’Africa Sports puisque en même temps que tu as des problèmes au foyer, tu as aussi des problèmes des résultats de l’Africa Sports. Ce n’est pas du tout bien. Il faut que les choses reprennent, que les gens se retrouvent. Il faut qu’on nous dise pourquoi c’est comme ça. Est-ce que ce sont les recrutements qui sont mauvais ? Est-ce que ce sont les dirigeants qui ne sont pas à la hauteur ? Est-ce que c’est l’encadrement qui est mauvais. Il faut qu’on nous dise ça. On ne peut pas aller de déclin en déclin sans jamais savoir de quoi il s’agit et pourquoi c’est comme ça. Je ne réclame pas une assemblée générale, je veux que les dirigeants nous expliquent ce qui se passe. Parce qu’à l’Africa Sports, je crois et je le dis puisque je connais la maison que j’ai pratiquée pendant 12 ans, il y a des compétences. Ce ne sont pas les compétences qui manquent. Et pour diriger, et pour encadrer et pour conduire les supporters. Ce ne sont pas les compétences qui manquent. Nous sommes dans un pays libéral où tout doit être mis en compétition. L’Africa Sports fonctionne comme dans un pays de l’Est, où on ne dit rien et on avance. On ne dit rien, mais ça, c’est fini depuis que l’Union Soviétique s’est effondrée. Nous sommes dans une ville de compétitivité où on veut le résultat. Le monde est régi par le système libéral parce que c’est lui qui crée la production et la croissance. Mais l’Africa Sports vit comme dans une gestion étatique. Silence, on ne dit rien. Mais pourquoi silence, on ne dit rien alors que les résultats sont mauvais ? Je m’interroge.

La suite arrive bientôt…

 

Entretien réalisé par Adolphe Angoua

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Adolphe ANGOUA

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  • SOURCE: Linfodrome
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