Côte d’Ivoire

Yagba Dogbo aux dirigeants de l’Africa Sports : « Quand les résultats ne sont pas bons, tu tires les conséquences »

« L’Africa Sports n’est pas fait pour être dans cet état-là »
« Si je reviens un jour, je dirai toujours ce que je pense »
Yagba Dogbo pense que les dirigeants actuels de l'Africa Sports doivent tirer les conséquences des mauvais résultats

Dans cette seconde partie de l’entretien qu’il a accordé à Linfodrome, l’ex-responsable des supporters de l’Africa Sports d’Abidjan, Yagba Dogbo, s’adresse directement aux dirigeants du club et leur demande de faire leur propre introspection au regard des mauvais résultats de l’équipe de football. Suivez-le !

A votre avis, les gens devaient se lever pour donner de la voix ?

Oui, mais il faut que les gens donnent de la voix, pas dans l’anarchie. Il faut que les dirigeants prennent conscience de ce que rien ne va et qu’ils appellent à une rencontre importante. Il faut que les gens s’asseyent et qu’ils réalisent qu’il y a quelque chose à faire. Il faut que les gens prennent conscience, et je sais qu’ils en sont déjà conscients. Il faut que les gens aient le courage de s’asseoir pour dire que ça ne va pas à l’Africa Sports. Quand je dis les gens, je parle des dirigeants eux-mêmes. Je ne comprends pas, les dirigeants actuels sont de la même culture que moi (culture bété : ndlr). Chez nous, on prend sur soi de se juger soi-même. Il n’y a pas de chef à vie chez nous. Mon père a été pendant 27 ans chef de village et il mettait toujours ses décisions à référendum. On juge chez nous les gens sur le résultat. Il n’y a pas de chef à vie chez nous. On est de la même culture, il n’y pas de chef à vie. Quand les résultats ne sont pas bons, tu tires les conséquences toi-même. Il faut que les dirigeants eux-mêmes tirent les conséquences. Tu ne peux pas dire je suis de toute façon le président, même si l’Africa Sports est dernier, 4ème, 5ème ou 20ème. Mais ça n’existe pas chez nous. Je pense que la direction actuelle doit tirer les conséquences de ses résultats.

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Pour être plus concret, la direction actuelle du club peut céder la place à quelqu’un d’autre ?

Oui ! Pas forcément. Elle peut même demander humblement du soutien, en disant, je n’en peux plus, venez m’aider. Ça aussi, ça se dit. Ote-toi que moi, je m’y installe, ce n’est pas ça qui est mon problème. Elle reconnait qu’elle a échoué parce que sur plusieurs saisons, tu mets l’Africa Sports dans cet état, tu as échoué. Donc tu prends conscience et puis tu dis : « J’ai un mal, venez m’aider ». C’est ceux qui viennent qui disent que : « Si tu veux qu’on t’aide, voici… ». Les pays africains se mettent devant le FMI et la banque mondiale et on leur administre des plans d’ajustement. S’ils supportent ce plan, ils font avec, s’ils ne supportent pas, ils cèdent. Je ne suis pas pour une révolution de palais mais je dis que l’Africa Sports n’est pas fait pour être dans cet état-là.

Vous-même, vous avez soutenu des révolutions de palais ?

Jamais ! Ah justement, la question est bien venue. Quand le président Zinsou m’a remercié, je suis parti tranquillement. A l’époque, le président m’a appelé pour qu’on restructure l’Africa Sports. Moi, je suis économiste. Il a expliqué pourquoi on devait restructurer. Il a dit que les supporters n’apportaient pas leurs contributions et qu’il était seul à supporter le club. Il fallait changer de structure pour qu’on crée les conditions de mobilisation des ressources. Je suis venu à la restructuration. Quand on a restructuré, il fallait mettre une équipe en place. J’ai souhaité qu’on élise le président, mais il y avait d’autres voix qui ont dit qu’on n’avait pas besoin d’élire le président du club et qu’on devait le désigner. J’ai dit que c’était dangereux et que si le président (Zinsou : ndlr) désignait le président du club, et que si demain, le président en exercice ne travaille pas dans le sens que le président Zinsou voulait, il allait l’enlever. On a dit non, non, c’est la pratique, pour ne pas qu’il y ait des palabres, il fallait que le président Zinsou désigne le président du club. Donc le président Zinsou a désigné Doré Lansiné comme le président du club. Et puis ce qui devait arriver arriva. A un moment donné, le travail de M. Doré ne plaisait certainement pas au président Zinsou qui a décidé de l’enlever. Les gens ont élevé la voix. J’ai dit non, non. Quand je vous ai dit qu’il fallait qu’on élise le président, vous avez refusé, Doré était en tête. Il a voulu que le président Zinsou choisisse quelqu’un. Mais il a choisi quelqu’un et il n’en veut plus. Il le laisse. Il prend celui qu’il veut, c’est comme ça que M. Zinou a repris l’Africa Sports et l’a donné à Sidibé Moussa. Voilà ! Et puis après, M. Doré est revenu par la voie démocratique.

En 1996-1997, n’étiez-vous pas dans une petite rébellion, vous et feu Kallet Bialy ?

Ce n’était pas une rébellion. Le président Zinsou a recruté des joueurs. L’Africa Sports pratique un sport collectif où on a sur le stade 11 joueurs dont 10 joueurs de champ et 1 gardien de but. Pour marquer un but, il faut que les joueurs se fassent la passe. Donc quand des joueurs qui sont champions, demandent une prime pour renouveler leur licence et que tu refuses et que tu leur dis que vous avez la coupe d’Afrique à jouer. Celui qui ne veut pas signer qu’il s’en aille et que ce sont ceux qui s’en iront qui en perdraient gros. Et que dans le même temps, tu recrutes 4 joueurs à plus de 60 millions de francs cfa et que tu annonces sur les antennes alors que ces 4 joueurs doivent faire partie de ce collectif (l’équipe : ndlr), il faut t’attendre à ce qu’il y ait des problèmes. Parce que pour que le meilleur avant-centre d’Afrique que tu recrutes marque, il faut qu’on lui fasse la passe. Il ne peut pas prendre le ballon dans ses propres filets et shooter ça dans les buts du gardien adverse. Il faut qu’on lui fasse la passe. Ceux qui doivent faire la passe-là, n’ont pas eu de prime de 5 millions, de 2 millions, de 500 mille. Et puis tu dis que tu as recruté un avant-centre à 60 millions, tu ne peux pas t’attendre à des résultats. Donc cet Africa Sports qui a joué avec des joueurs heureux et des joueurs malheureux a perdu contre un club quelconque, je crois au Tchad (Contre le Primero d’Angola : ndlr). Et le président (Zinsou) dit qu’il y a une révolution et qu’il y a des gens qui sont contre lui. Je lui ai dit non. Moi, je lui ai dit non. J’ai pris la parole pour dire président, ce ne sont pas des gens qui sont contre toi. C’est l’équipe qui est sur le stade qui n’est pas homogène. Il y en a qui sont mécontents parce qu’ils n’ont rien obtenu comme prime à la signature alors qu’ils sont devenus champions. Et il y en a que tu as recrutés qui n’ont pas caché leur cachet. Donc c’est pourquoi ils ont perdu. Le président avait des gens qui étaient tout autour de lui, et il a pris cela en mal. Moi, je lui ai conseillé, mais en public puisque c’est lui-même qui a convoqué une conférence de presse, un débat à l’Hôtel Ivoire. Donc je suis allé au débat et je lui ai dit pourquoi l’Africa Sports a fait de mauvais résultats. Si moi, j’ai l’Africa Sports et que je sais que c’est un sport collectif, tous les joueurs auront un traitement décent. Je ne peux pas dire à quelqu’un je ne te donne rien comme prime à la signature et puis donner 60 millions à un autre qui signe. Et puis celui qui n’a rien eu-là va te faire la passe, ce n’est pas possible. C’est ça que j’ai dénoncé, je n’ai même pas souhaité qu’il (le président Zinsou : ndlr) parte.

« Nous sommes adultes, nous allons gérer l’Africa Sports comme nous pouvons »

Il a dit qu’il va partir et je lui ai dit : cher ami, si tu veux partir, il faut partir. Nous sommes adultes, nous allons gérer l’Africa Sports comme nous pouvons. J’ai donné mon point de vue. Chez moi au village, on dit à son père ce qu’on pense avec respect et courtoisie. Mais on dit tout ce qu’on pense. Moi, mes enfants quand ils vivaient encore chez moi, ils me disaient ce qu’ils pensaient à table, mais avec respect et courtoisie. Souvent, je suis mis en minorité. Il n’y a pas de problème. Là où on dit oui, oui, oui président, je ne suis pas dedans. Je dis ce que je pense. Je peux dire oui, mais…Donc il n’y avait pas de révolution. Le président Zinsou est un grand président. C’est lui qui m’a fait, c’est lui qui m’a fait parcourir et l’Afrique, et l’Europe. C’est lui qui m’a donné un carnet d’adresse. C’est un grand président. Et puis, il aime l’Africa Sports, il aime l’Africa Sports parce que moi, j’ai effectué des voyages avec lui. Il aime l’Africa Sports et puis il connait le football. Mais, il n’a pas accepté qu’on lui dise ce qu’on pense. Moi, je lui ai dit ce que je pense. Si je reviens un jour, je dirai toujours ce que je pense.

 

Adolphe Angoua

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Adolphe ANGOUA

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  • SOURCE: Linfodrome
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