Caster Semenya (Médaillée olympique du 800m) : « Si les autorités ne veulent pas d’athlètes femmes, qu’elles ne viennent pas avec leurs inepties… »


19/08/2019
Caster Semenya (Médaillée olympique du 800m) : « Si les autorités ne veulent pas d’athlètes femmes, qu’elles ne viennent pas avec leurs inepties… »

Exclue du 17ème championnat du monde d’athlétisme (28 septembre au 6 octobre 2019 à Doha au Qatar) par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), la Sud-Africaine, Caster Semenya, médaillée olympique du 800 mètres ne pourra pas défendre son titre de championne du monde. Et elle ne décolère pas. Dans un entretien accordé au confrère RFI, elle a craché ses vérités autorités internationales.

Vous avez été assez discrète et silencieuse depuis quelques semaines, depuis la bataille judiciaire qui vous a opposée à la fédération internationale d’athlétisme. Comment avez-vous traversé cette période, personnellement ?

Mon silence ne signifie pas que j’accepte la décision. Je n’ai jamais été quelqu’un qui parle beaucoup en public d’habitude. Mes actions valent plus que mes paroles. Je ne peux pas trop m’exprimer sur l’affaire qui m’oppose à l’IAAF (fédération internationale) car c’est une question juridique.

Avez-vous, à l’heure actuelle, une idée précise de vos futures batailles judiciaires face à la fédération internationale ?

En termes de bataille judiciaire, je ne peux rien dire pour le moment. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que je suis en pleine forme physique, je fais mes courses de mon côté. J’échange beaucoup avec mes avocats. On progresse bien et on croit en notre cause. Pour ce qui est de moi en tant que cliente, on m’a conseillé de rester le plus discrète possible et de me concentrer sur mes entraînements.

Dans une interview, récemment, vous avez parlé d’une obsession de la fédération internationale d’athlétisme à votre encontre. Qu’est-ce que vous entendez par obsession ?

Lorsque vous êtes la meilleure coureuse au monde, ils sont obsédés par ce que vous faites. Ils pensent que j’ai un avantage particulier par rapport aux autres. Mais la vie, ça ne fonctionne pas comme ça. S’ils veulent se débarrasser de moi, ils doivent le dire honnêtement. Au lieu de ça, ils trouvent des arguments comme faire des analyses statistiques sur comment mon corps réagit, sur mon physique ou sur mes performances. Ils disent que j’ai un avantage à cause de mon taux de testostérone. Oui, bien sûr que j’en ai un. Et alors ?

Au milieu de toute cette tourmente judiciaire, de toutes ces polémiques, comment, justement, trouvez-vous les ressources pour continuer à vous entraîner, pour continuer à vous battre ?

C’est très simple. On a tous une famille. Je pense que sans sa famille, on n’est rien. Ma force provient avant tout de l’amour et du soutien de ma famille, de ceux qui m’entourent.

Pendant ces longs mois de démêlés avec la justice, de différentes décisions de justice, est-ce que vous vous êtes sentie soutenue en Afrique du Sud par les Sud-Africains, mais aussi par les autorités sud-africaines ?

Dans ce genre de situation, lorsque vous dites que vous soutenez quelqu’un, vous devez le prouver. Si c’est pour se contenter d’écrire un message de soutien sur les réseaux sociaux ou faire une conférence de presse, ça ne signifie rien pour moi.

Peu à peu, vous êtes aussi devenue une égérie du féminisme dans le sport. Pensez-vous encore qu’aujourd’hui, dans l’athlétisme et le sport en général, les athlètes femmes ne sont pas considérées comme les athlètes hommes ?

Si les autorités internationales ne veulent pas de femmes dans le sport, il faut qu’elles le disent. Qu’elles ne viennent pas avec leurs inepties et de taux de testostérone anormal. Elles ne catégorisent pas les athlètes masculins, ne disent pas « Oh, cet homme a trop de testostérone ou des jambes trop longues ». Elles disent plutôt : « Waouh, cet athlète est phénoménal, il est le plus talentueux que nous n’ayons jamais vu. » Et si une femme a les mêmes performances, ils vont dire « Ah non, elle doit avoir un avantage quelconque. » Je ne vais pas vous mentir, ce genre de discours me rend folle.

Depuis toutes ces polémiques et ces batailles judiciaires, vous êtes peu à peu devenue un modèle pour beaucoup de jeunes athlètes en Afrique. Quel est votre message pour eux, aujourd’hui ?

Ils doivent croire en leurs rêves. Ils doivent suivre leur cœur, peu importe leur passion. Ils doivent y croire et conquérir le monde.

 

Retranscrits par Adolphe Angoua

Adolphe ANGOUA

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  • SOURCE: Linfodrome
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