Après la sortie de Hollande à Dakar

Ouattara : « Nous n'accepterons pas de leçon de l'extérieur »


02/12/2014
Alassane Ouattara, pas content de la mise en garde de François Hollande. (Photo d'archives)
La mise en garde du président français aux dirigeants africains, relativement au tripatouillage des constitutions en vue d’un troisième mandat, n’est pas du goût d’Alassane Ouattara.

Et c’est peu dire. C’est du reste le sentiment que laisse la cinglante réplique qu’il donne aux propos tenus par François Hollande à Dakar au sujet de la tentation du 3e mandat, qui conduit certains chefs d’Etat africains à passer la constitution au bistouri. « Il nous appartient, nous Africains, de mieux saisir les aspirations de nos peuples, notamment la jeunesse. Mais nous n’accepterons pas de leçons de l’extérieur », a craché Alassane Ouattara, hier lundi 1er décembre 2014 sur Rfi, visiblement irrité par cette attitude jugée paternaliste des autorités françaises à l’égard des chefs d’Etat du continent.

Au dernier sommet de la Francophonie, qui s’est tenue à Dakar au Sénégal, le président français a en effet clairement interpellé ses homologues africains, sur la propension de modifier la loi fondamentale pour se maintenir au pouvoir en s’offrant un énième mandat. « Il peut y avoir de révision de constitution, mais lorsqu’il y a eu une constitution qui a été adoptée par un peuple et qu’il y a eu des règles qui ont été posées pour les candidatures à l’élection présidentielle, alors, il ne peut pas être question, à la veille d’un scrutin, de changer l’ordre constitutionnel », a-t-il asséné devant un parterre de chefs d’Etat africains. Et François Hollande de citer l’exemple burkinabé.

Bien avant de s’envoler pour Dakar, le président français s’était fendu d’un même commentaire dans une interview accordée à des confrères français. Il s’était du reste montré très ferme quant à la volonté de Paris de ne pas cautionner de telle pratique à l’avenir. « Quand on fait voter des peuples pour des constitutions à travers des référendums, on ne peut pas les modifier impunément. Quand un chef d’Etat reste plusieurs mandats de suite, alors même qu’à un moment, il est fixé une limite d’âge ou il est fixé un nombre de mandats qui ne peut pas être dépassé, il ne peut pas être décidé autrement », a-t-il prévenu, avant d’ajouter en des termes à peine menaçants : « On ne change pas l’ordre constitutionnel par intérêt personnel ». Des propos qui ont visiblement provoqué l’ire des gouvernants africains, notamment ceux à qui l’on prête l’intention de vouloir passer un coup de canif dans leur loi fondamentale pour s’offrir un 3e mandat. Comme le Rwandais Paul Kagamé, dont la ministre des Affaires étrangères a rué dans les brancards suite aux propos de Hollande. « Je trouve que ce n’est pas normal qu’un président français vienne à Dakar et dise aux Africains : Attention je vous regarde ; si vous faites ci, si vous faites ça. Non, Paris devrait dialoguer avec les autres capitales pour essayer de voir ce qui convient aux citoyens. On devrait se parler avec respect », a-t-elle chargé le président français. Puis Mme Louise Mushikiwabo d’asséner : « Si des chefs d’Etat abusent de leur pouvoir ou sont corrompus, ne s’occupent de leurs citoyens, eh bien, qu’il y ait des conséquences. Mais ces conséquences ne devraient pas être dictées d’ailleurs, qui décide de l’avenir politique des Africains. Ce n’est pas Paris qui décide, c’est du ressort des citoyens africains ».

Assane NIADA

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Assane Niada

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  • SOURCE: Soir info

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