Procès de Laurent Gbagbo : témoignage de l'ex-Cema à la Cpi : Voici la position de Philippe Mangou


Le prétoire de la Cour pénale internationale (Cpi), dans le cadre du procès conjoint de Laurent Gbagbo et de son bras droit Charles Blé Goudé, recevra, lundi 25 septembre 2017, un grand sachant (témoin initié) dont le témoignage pourrait apporter un éclairage nouveau aux débats.

Il s'agit de Philippe Mangou, ancien chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité (Fds) de Côte d'Ivoire, aujourd'hui dans les costumes d’Ambassadeur de la République de Côte d''Ivoire près la République du Gabon. Fonction qu'il doit à un décret présidentiel pris par Alassane Ouattara, actuel chef de l’État. Au plus fort de la crise post-électorale, il avait demandé à Laurent Gbagbo de rendre sa démission au profit d'Alassane Ouattara. En pure perte. Sa « manœuvre », dans le prétoire de la Cpi pourrait s’avérer, délicate, voire cornélienne. En raison du devoir moral de reconnaissance envers Laurent Gbagbo qui l'a élevé au grade de chef d’état-major général 4 étoiles et Alassane Ouattara qui l'a recyclé en tant qu’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire.

A relire: Cpi/ Philippe Mangou prochain témoin dans le procès de Laurent Gbagbo

L'ancien Cema devrait, au cours de l'interrogatoire, marcher, comme sur des œufs, pour ne pas paraître déplaisant ou ingrat envers l'un ou l'autre. Il ne devrait pas donner le sentiment de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Mais, bien que Général de division ou Ambassadeur plénipotentiaire, Philippe Mangou n'en demeure pas moins homme, qui a son honneur et sa dignité à défendre ou à préserver. C'est pourquoi, cet Ebrié bon teint du village Kouté ( Yopougon), fils de Pasteur, a déjà donné sa position et le ton de ce que sera son témoignage à la Cpi : «  Je vais parler, non pas pour faire condamner qui que ce soit, mais pour permettre aux Ivoiriens et à l'opinion internationale de connaître la vérité », réagissait-il, dans un communiqué rendu public le 8 février 2016, en réponse aux critiques de « trahison de Gbagbo », dont il était la cible de la part des partisans du «  Woody de Mama ».

« Beaucoup de gens parlent sans savoir ce qui s'est réellement passé. Si encourager Monsieur Laurent Gbagbo, le 11 mars 2011, à démissionner au moment où, lui-même demandait mon avis sur la question, pendant que l'armée était à cours d'armes et de munitions ( vous et moi saurions certainement la provenance des armes et munitions stockées au palais de la présidence), que les Ivoiriens mourraient et qu'ils ne pouvaient, ni manger, ni se soigner, c'est trahir, alors, j'ai trahi » s'était-il emporté, face au lynchage persistant des pro-Gbagbo. A la lumière de ses propos, l'on peut s'attendre à un grand déballage de la part de Philippe Mangou qui, il faut le rappeler, s'était réfugié dans les locaux de l’ambassade de l'Afrique du Sud où il est resté du 1er au 3 avril 2011, avant de réapparaître.

Et, il s'en était expliqué dans une vidéo diffusée le 17 mars 2016. « J’attends des instructions qui ne viennent pas et après, je vois une bande déroulante sur la télévision annonçant que le chef de l’État va faire une déclaration. Je me dis, bon, il va peut-être annoncer sa démission. Et j’attends et rien ne se fait », explique Mangou. Alors, dit-il, il s’en ouvre à l’Amiral Vagba Faussignaux, venu le voir dans son bureau. « Je lui ai dit, Amiral j’ai discuté avec le président Gbagbo qui m’a dit de ne rien dire à personne. Mais comme, c’est toi je vais te faire part de ce qu’il m’a dit. J’ai discuté avec le Président Gbagbo et voici la réponse qu’il m’a donnée, c’est pour voir si tu es encore dans la confidence.

Et depuis, rien jusqu’à ce que ma résidence soit attaquée et c’est moi qui ai donné l’ordre aux militaires de quitter la ligne de front pour rentrer chez eux, mais en ordre (…) J’ai quitté le palais et j’ai dit à mon épouse que je viens dans 15 minutes. J’ai aussi demandé qu’elle prenne ce qu’elle peut prendre comme affaires. De Cocody à Yopougon, tout était mélangé et j’ai croisé l’Ambassadeur de l’Afrique du Sud chez Méambly. On était le 30 mars. Je lui ai demandé si je pouvais demander un départ en exil en Afrique du Sud. Je suis resté dans les locaux de l’ambassade du 1er au 3 avril ». En tout cas, l'interrogatoire et le contre-interrogatoire vont mettre en lumière, ce qu'il s'est réellement passé pendant la crise-électorale qui a fait, selon l'Onu, 3000 morts en Côte d'Ivoire.

 

  Armand B. DEPEYLA

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de linfodrome.ci, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

Armand B. Depeyla

|

  • SOURCE: Soir info
Previous ◁ | ▷ Next

Videodrome

Vous n'avez pas de compte? Créez votre compte

Connectez vous a votre compte