Cpi, procès de Gbagbo et Blé Goudé : Ces phrases chocs du Général Detoh Letoh à sa première journée d'audience


Le Gal Firmin Detoh Letoh a répondu sans faux-fuyants aux questions de l'Accusation, à la première journée de son audition à la Cpi

Comme au passage de chaque témoin, il y a eu des phrases choc à la première journée de l'audition devant la Cour pénale internationale (Cpi) du 70ème témoin du Bureau du procureur dans le procès conjoint de l'ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo et de son dernier ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, ce mardi 7 novembre 2017.

Face à Mme Park, qui conduisait l'interrogatoire pour l'Accusation, ce témoin, le Général de brigade, Firmin Detoh Letoh, Commandant des forces terrestres (Comterre) pendant la crise post-électorale en Côte d'Ivoire, ne pouvait que susciter attention pour ce qu'il sait sur ce qui s'est passé. Sur plusieurs thématiques où il a été amené à se prononcer, l'actuel Intendant de l'Armée y est allé droit dans ses réponses. Interrogé sur les réquisitions de l'armée pendant qu'il dirigeait les forces terrestres, il souligne qu'il y en a eu deux phases. Une première « pour la sécurisation des élections en 2010 », et une deuxième « pour gérer la période où le président (Gbagbo) avait prêté serment jusqu'en avril 2011, dans le même sens de toujours protéger les élections ».

Parlant de l'équipement des bataillons terrestres placés sous son commandement, le Général Detoh fera une révélation sur l'armement du Bataillon d'artillerie sol-air (Basa) dont le chef de corps était le colonel Dadi. « Etiez-vous au courant des quantités d'armes dont disposait Dadi pendant la crise post-électorale ? », lui demande le Bureau du procureur. Réponse du Comterre : « Je n'étas pas au courant de la quantité d'arme dont Dadi disposait. Je le dis, parce qu'après la crise le 11 avril, lorsque j'ai été maintenu comme Comterre, nous avons fait des visites de terrain. C'est là que j'ai découvert des bitubes en quantité énorme. Cela, je ne le savais pas avant, parce que sur le terrain, nous en avions besoin, et on n'en trouvait pas. Donc, je vais vous dire que je ne maîtrisais pas la totalité du matériel que Dadi avait ».

Sur une question relative aux réunions de la hiérarchie militaire pendant la crise, le Gal Détoh fait une autre surprise sur l'ex-patron de la Garde républicaine, le Gal Dogbo Blé, détenu à Abidjan. Il révèle que tous les généraux se retrouvaient à des réunions pour faire le point à l'Etat-major. Mais, « à ces réunions, le Gal Dogbo Blé ne venait jamais là ». Ces réunions, « c'était pour faire le point au président Gbagbo. Bien avant, nous avions mené une mission à Abobo et elle s'est très mal passée. Nous avons perdu deux (2) policiers et deux (2) véhicules. Les éléments présents étaient obligés de faire demi-tour. Le lendemain, nous avons été convoqués par le président pour savoir ce qu'il s'était passé. Le Cema a pris la parole pour lui faire le point. Kassaraté et moi-même avions pris la parole »,

Comment le Comterre rendait-il compte à sa hiérarchie de la situation sur le terrain au quotidien et comment passait-il les ordres de la hiérarchie également ? « Par le téléphone, et tout se passait au téléphone », relate-t-il. « Je n'ai jamais été sur le terrain. Je n'ai jamais rédigé un ordre quelconque. Tous les ordres venaient du Gal Philippe Mangou», ajoute-t-il. « Les rapports des commandants sur le terrain, je les recevais et les transmettais directement au chef d'Etat-major. Mais, il y a eu des moments où il (le chef d'Etat-major) a, conversé directement avec des commandants qui étaient sur le terrain. Par deux fois. Je me souviens, par deux fois». La première fois se situe à la date de la tuerie des femmes d'Abobo, le 3 mars 2011. Ce jour-là, l'ancien préfet militaire de Duékué soutiient avoir été appelé par le Gal Mangou qui voulait savoir s'il avait été informé d'une quelconque marche de femmes à Abobo. « J'ai dit que je n'étais pas du tout au courant. Bien avant, il avait appelé Basile (son collaborateur). Quand je l'ai su, j'ai appelé Basile pour lui remonter les bretelles », a-t-il dit. Le second fait, poursuit le témoin, est relatif à un coup de fil que lui avait passé le Commandant Toualy du camp commando d'Abobo. Celui-ci lui aurait fait part des difficultés de ses éléments qui y étaient cantonnés, relativement à la rupture du ravitaillement en vivres. « Avant de lui proposer de quitter les lieux, j'ai rendu compte au Cema. Quand j'ai rappelé Toulay, il m'a dit que le Cema lui a dit de rester sur place. Voici les deux cas où il (le Gal Mangou) a donné des instructions sans passer par moi »,

Des défections au sein de ses troupes, il y en a eu, avant la fin de la crise post-électorale. Tant les difficultés les y ont contraints. « J'ai fait état de l'insuffisance des effectifs, notamment à Anyama. Il n'y avait presque personne à Anyama au point où le président Gbagbo s'en était étonné. On avait beaucoup de défections et il n'y avait pas assez d'éléments dans les bataillons », devait ajouter l'ex-Cema adjoint. Le Général Kassaraté, a-t-il soutenu, avait promis d'envoyer un peloton pour soutenir les éléments postés à Abobo. « 25 personnes sont venues de Dimbokro. Ils avaient des armes qui dataient de 1949 », indique le témoin.

Ce mercredi, l'audition de l'ex-collaborateur direct du Gal Mangou, qui l'a précédé à la Cpi, se poursuivra sur d'autres chapitres relativement aux quatre chefs d'accusation retenus contre les prévenus. A savoir ''Crimes de guerre, crime contre l'humanité'' commis pendant la crise post-électorale en Côte d'Ivoire qui aurait coûté la vie à plus de 3000 personnes.

F.D.BONY 

Félix D. Bony

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  • SOURCE: Linfodrome
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