Réconciliation nationale: Ouattara ignore les appels des religieux et des leaders politiques, ce que le Cardinal Kutwa et des évêques lui ont demandé


Le président de la République, Alassane Ouattara, a quasiment fait fi de la question de la réconciliation dans son discours à la Nation, à la faveur du nouvel an

S’il y a un sujet sur lequel beaucoup d’Ivoiriens semblaient attendre le président de la République, Alassane Ouattara, dans son adresse à la Nation, c’est bel et bien la réconciliation nationale. Le chef de l’Etat n’a certes pas omis la question dans son discours du 31 décembre dernier. Mais, pendant la trentaine de minutes où il a parlé, l’actuel tenant du pouvoir en Côte d’Ivoire n’aura consacré qu’une petite minute à la réconciliation. Le chef de l’Etat a préféré faire le point de ses réalisations et de ses chantiers en cours et à venir sans trop s’appesantir sur les questions politiques. Il a fait un clin d’œil à la réconciliation en évoquant à ce sujet la nécessité de préserver un  environnement de paix, gage du succès de ses actions. « Tous ces succès que je viens d’évoquer n’auraient pas été possibles sans le retour de la sécurité et de la paix. La paix est notre bien le plus précieux ! Nous devons tout mettre en œuvre pour la préserver. Je vous exhorte à toujours recourir au dialogue et à la concertation comme nous l’a enseigné le Président Félix Houphouët-Boigny. Cultivons la paix, gage de la cohésion sociale et de notre développement !».

Ces propos du président de la République, beaucoup auraient souhaité qu’ils soient suivis d’actes. A propos, la grâce accordée à 4 132 détenus de droit commun, condamnés pour des infractions mineures, en application de l'article 66 de la Constitution, ne semblent pas avoir impressionné biens d’observateurs de la vie politique en Côte d’Ivoire. Ceux-ci auraient voulu que le chef de l’Etat, à mi-chemin de son second mandat, ait le courage de poser un acte fort dans le sens de la réconciliation, en œuvrant à la libération de prisonniers politiques comme Simone Gbagbo, Assoa Adou, etc. Un geste qui aurait contribué largement à la décrispation sur la sphère politique et encouragé les partisans de ces derniers, demeurés en exil depuis bientôt une décennie, à regagner la terre natale. Le chef de l’Etat n’a-t-il pas affiché cette nécessité dans son discours quand il indiquait : « Nous devons continuer, sans relâche, à rassembler tous les fils et toutes les filles de notre pays, à intensifier toutes nos actions en faveur du pardon et de la concorde nationale ». C’est ce pardon que certains leaders d’opinion auraient voulu voir le président de la République, accorder à ses adversaires d’hier.

 

L’appel en chœur des guides religieux

Célébrant la messe de la paix, deux jours avant le discours présidentiel de fin d’année, l’Archevêque d’Abidjan interpellait déjà le chef de l’Etat sur certains maux qui menacent encore la stabilité dans le pays. Le Cardinal Jean Pierre Kutwa citait au nombre de ces maux la question des détenus et des exilés. « Puis-je me permettre d’insister aussi sur l’épineuse et délicate question des exilés, des prisonniers sans jugement, etc. », interrogeait le cardinal qui se préoccupe de la question de la réconciliation et de la restauration de la cohésion nationale.

cardinal Jean Pierre Kutwa

L’Archevêque d’Abidjan, le cardinal Jean Pierre Kutwa, a tenu à attirer l’attention du pouvoir sur les problèmes qui peuvent être une menace sur la Côte d’Ivoire….

 

Outre l’Archevêque d’Abidjan, l’Evêque de Yamoussoukro, interpellait quelques heures avant le discours du chef de l’Etat, les dirigeants ivoiriens sur la question de la réconciliation. Mgr Marcelin Kouadio, qui n’est pas à son premier sermon sur la question, y est allé sans fioritures. « Aimons nos ennemis et prions pour ceux qui nous persécutent. Pour 2018, faisons tous des efforts dans ce sens. Il y va de la paix dans notre pays, où le processus de la réconciliation est dans l’impasse en raison du manque de volonté, de l’hypocrisie, de l’esprit de haine et de vengeance des hommes politiques. (…). Beaucoup parlent de paix et de réconciliation, mais avec un cœur trop chargé de haine et de vengeance », déplorait l’Evêque de Yamoussoukro. Son homologue de San-Pedro, lui, regrettait que le chef de l’Etat n’ait pas entendu cette voix pour poser  un acte fort en faveur des détenus et prisonniers de la crise post-électorale. Mgr Jean Jacques Koffi, présidant la messe du dimanche 31 décembre 2017,  dans une paroisse de son diocèse, a lancé indirectement un message au chef de l’Etat en présence du préfet de région Ousmane Coulibaly, dit ‘’Ben Laden’’. Il a demandé au président de la République de revoir sa copie pour donner une chance à la réconciliation toujours plombée en Côte d’Ivoire. « Nous avons appris que certains prisonniers ont été condamnés à vingt ans et plus. Et en mon âme de pasteur, nous sommes vers la fin d'année, et pour désirer la paix, il faut parler en homme de  paix en artisan de paix. C'est pourquoi j'invite le président de la République à revoir sa copie pour que la réconciliation puisse se faire, il faut penser à ces prisonniers quelque soit ce qu'ils ont fait », a lancé le prélat, qui invite le président de la République et son entourage à faire en sorte que « la paix soit concrétisée en acte ».

 

Des leaders politiques aussi

Alain Lobognon

L’ex-ministre des Sports de Ouattara se dit déçu et choqué…..

 

Bien avant ces religieux, et dans la perspective des grâces du président de la République, à la faveur du nouvel an, des acteurs politiques, tel son ancien ministre des Sports, Alain Lobognon, n’ont eu de cesse de souhaiter que la libération des prisonniers et le retour des exilés deviennent un acquis pour booster définitivement la réconciliation en Côte d’Ivoire. Le député de Fresco ne cache pas sa déception qu’il a clairement affichée sur sa page facebook après le discours du chef de l’Etat. « Je suis triste, déçu et choqué », a-t-il lâché, s’indignant qu’aucune décision n’ait été prise pour la libération de Simone Gbagbo, Assoa Adou, Dogbo Blé, Lida Kouassi et autres encore en détention. « Que des hommes politiques rechignent à s’engager pour le Pardon et la Réconciliation en Côte d’Ivoire, c’est leur droit de faire la politique sans opposition, si tel est leur choix, mais le bonheur recommande qu’on ne soit pas heureux tout seul », écrit l’ancien ministre de Ouattara, qui rejoint le Cardinal Kutwa disant ceci : « Puisque l’on ne détruit pas ce que l’on aime pour assouvir son égoïsme, et si vraiment nous aimons la Côte d’Ivoire, notre beau pays, si nous sommes réellement conscients que le destin de notre nation est dans nos mains à tous, alors ne sacrifions pas l’avenir lumineux de notre patrie sur l’autel de nos ambitions personnelles, qui divisent et qui portent en elles, des situations confligènes ».

Anaky Kobena

…. Tout comme Anaky Kobena, qui appelle à une « libération » du pays »

 

Même Simone Gbagbo

Des cris du cœur auxquels s’ajoute cette sortie de l’ex-Premier dame, depuis sa cellule, qui sonne comme un signal fort au régime en place. Simone Gbagbo,  qui réagissant à une polémique sur l’absence de visite à lui rendue durant le réveillon de Noël, appelait, elle aussi, au pardon et à la réconciliation. « Je souhaite un joyeux Noël à tous les Ivoiriens, à vous qui me soutenez, et même à ceux qui pensent me détester. (…). Aujourd’hui, nous devons disposer nos cœurs au pardon et à l’amour. Nous devons demander pardon à Dieu pour toutes les fautes de notre Nation, de notre peuple, de nous-mêmes, de nos pères et ancêtres. Encourageons-nous à devenir bons, excellents et levons les mains pour recevoir toutes les bénédictions que Dieu déverse dans nos vies et notre Nation ». Des propos qui ne semblent pas avoir attendri le chef de l’Etat, qui les a ignorés, tout comme les appels susmentionnés dans ces décisions du moment. De quoi effaroucher un ex-compagnon de lutte, l’ancien ministre Anaky Kobena, qui regrette que rien n’ait été fait et qu’Alassane Ouattara soit « hermétiquement fermé à toute velléité d’apaisement » alors que tout le monde lui a fait passer le message de la nécessité de réconciliation et de retour à une Côte d’Ivoire fraternelle et unie, préalable à tout nouveau départ du pays.

Simone Gbagbo

De sa prison, l’ex-Première dame, Simone Gbagbo, a donné un signal fort dans le sens du pardon et de la réconciliation

 

Faut-il déjà jeter la pierre au chef de l’Etat ? A-t-il réellement dit son dernier mot. Car 2018 vient tout juste de commencer, et même s’il voudrait bien accorder sa grâce aux détenus politiques, ceci ne pourrait se faire qu’à travers une loi d’amnistie. Chose pas encore impossible, même si le président de la République n’en a pas fait cas dans sa sortie qu’il savait tant attendue par ses compatriotes d’ici et d’ailleurs.

 

Félix D.BONY

 

 

Félix D. Bony

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  • SOURCE: Linfodrome
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